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8 févr. 2022
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Maxime, Waste Yarn Project, Umòja: trois labels prometteurs repérés en janvier au Pitti Uomo

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8 févr. 2022

Le prêt-à-porter chic de Maxime, les mailles créatives de Waste Yarn Project et les baskets entièrement biodégradables d’Umòja se sont distingués au Pitti Uomo par leurs concepts innovants et leurs très beaux produits. Toutes trois réunies au sein du projet spécial "Style sustainable style" dédié aux marques émergentes durables les plus intéressantes du moment, elles ont un autre point commun, une "french touch" très internationale, qui reflète assez bien le monde mouvant et fluide d’aujourd’hui.


Un modèle du label de tricots - Waste Yarn Project


Le designer français Maxime Fruit a installé sa maison Maxime à Londres. La Norvégienne Siri Johansen est installée à Paris et elle réalise ses tricots Waste Yarn Project avec son partenaire belge Sébastien Maes à Shanghai. Enfin, le Guinéen Lancine Koulibaly, installé en France depuis treize ans, a lancé depuis Brest sa marque Umòja, mettant en avant les savoir-faire africains.

Umòja, 100% biodégradable

Arrivé en Bretagne à 18 ans pour y étudier, Lancine Koulibaly s’implante à Brest, où il débute sa carrière dans les assurances (il a travaillé pour Allianz et Groupama). La mode, il y tombe par hasard. "Mon premier but était de soutenir l’artisanat et le savoir-faire très riche africain, qui est en train de disparaître, avec ses techniques de teinture et ses cultures naturelles. Certaines pratiques sont classées patrimoine culturel par l’Unesco", nous raconte le jeune entrepreneur, qui souhaitait aussi s’inscrire dans une démarche d’innovation environnementale.

Lancine Koulibaly (31 ans) se lance avec Dieuveil Ngoubou, un copain de fac originaire du Congo, mettant en place pendant un an son projet de baskets entièrement végétales et biodégradables ainsi que la filière d’approvisionnement appropriée, avant de fonder en 2018 Umòja, qui en swahili, la langue la plus parlée en Afrique subsaharienne, signifie "unité". Ils font appel à un financement participatif sur la plateforme Ulule lançant leur collection en précommande.


Lancine Koulibaly d'Umòja - ph Dominique Muret


"Nous travaillons beaucoup avec une coopérative de femmes basée au Burkina Faso, qui tissent le coton que nous utilisons et s’occupent de la teinture naturelle ou d’écorce. Nous avons cherché d’autres matières naturelles et nous avons découvert le lin et le chanvre, fabriqués en France, ainsi que le lait d’hévéa pour faire les semelles. Il s’agit de quatre matériaux 100% naturels. L’idée, c’est qu’à la fin de sa vie, la chaussure puisse se décomposer naturellement dans son petit jardin", expose-t-il, en rappelant qu’aujourd’hui "la fin de vie des chaussures, réunissant chacune une trentaine de composants, n’est pas prise en compte. Ce sont des milliards de chaussures polluantes qui sont incinérées ou finissent dans la nature".

Focalisée jusqu’ici sur une distribution digitale via son site en ligne, la PME, qui emploie cinq personnes, vient de débuter dans le canal de vente en gros. Elle est présente au Printemps à Paris, à la Rinascente à Milan et auprès d’une dizaine de revendeurs. La sneaker Umòja est assemblée au Portugal et en France et vendue à 240 euros.

Waste Yarn Project, la récup' de pelotes de laine



Waste Yarn Project est né également d’une constatation. Que faire des nombreux fils de laine laissés à l’abandon par l’industrie à la fin d’une pelote? La designer norvégienne Siri Johansen (38 ans), installée à Paris, où elle travaillait jusqu’en 2020 chez Kenzo, a trouvé la solution. Les récupérer pour en faire des tricots uniques.

Associée au Belge Sébastien Maes (36 ans), basé à Marseille et titulaire d’une usine de tricotage à Shanghai, elle a mis au point un système simple et ludique pour utiliser et agencer toutes les petites pelotes de laines multicolores inutilisées par les marques et récupérées par son partenaire.


Siri Johansen de Waste Yarn Project - ph Dominique Muret


"C’est comme une sorte de petite roue de la fortune. A l’intérieur de l’usine, les tricoteurs la font tourner et elle leur indique de manière aléatoire quels couleurs et fils utiliser pour réaliser les différents pans des pull-overs que j’ai conçus comme des patchworks", explique-t-elle.

"Il y a trop de bobines et de petites quantités. Il serait impossible de les agencer de façon industrielle. Trop compliqué pour une machine. Du coup, les groupes de couleurs, qui vont constituer les tricots, sont décidés de manière totalement aléatoire et insérés manuellement sur la machine à tricoter, ce qui les rend uniques", poursuit-elle.

Diplômée en 2008 auprès du Royal College of Art à Londres, cette spécialiste de la maille a débuté chez Burberry, avant de passer chez Pringle of Scotland et de rejoindre Kenzo. En 2020, après un bébé et la pandémie, elle décide de se lancer en solo avec la création de son propre label. "C’est une nouvelle manière de travailler. Je suis davantage axée sur la technique que sur le style", résume-t-elle.

Ses modèles sont construits par le biais de différents morceaux (le cou, les manches et demi-manches, les différentes sections du dos) tricotés chacun dans une couleur et assemblés, créant ainsi d’insolites contrastes chromatiques. Chandails, cardigans, tricots, bonnets sont vendus entre 99 et 450 euros, allant jusqu’à 850 euros pour le plaid, sur son site en ligne ou auprès d’une dizaine revendeurs, dont Merci à Paris.

Maxime, quand le design d'intérieur inspire la mode




Maxime Fruit - ph Dominique Muret


Maxime voit le jour en septembre 2020, sous l’égide du designer français Maxime Fruit (30 ans), avec l’idée de transposer les codes de l’univers du meuble et du design d’intérieur à une garde-robe masculine moderne et chic. Un thème fascinant, qui a inspiré d’autres labels ces dernières années, tel Avoc (Architecture vestimentaire et ornement corporel) du duo Laura Do et Bastien Laurent.

Pour l’automne-hiver 2022/23, le fil conducteur est le bois. Celui du parquet, que l’on retrouve en mosaïque dans un blouson en laine, celui des stores vénitiens repris dans un plissé rehaussant un pantalon, ou encore à travers cette texture particulière avec un traitement façon bois dans un top en jersey coton ou cette palette allant du beige au marron.

"Le confort est la clé de notre esthétique. Partout où va le client, il doit se sentir comme à la maison dans le vestiaire Maxime. Il n’y a rien de mieux que la maison! C’est d’ailleurs une petite maison rouge qui a été choisie comme logo et signe distinctif de la marque", souligne le créateur qui a implanté sa maison à Londres, où il vit.

Ses vêtements au design minimaliste, enrichis de détails discrets, balancent entre classique et contemporain, misant sur une allure décontractée et des matières luxueuses que Maxime Fruit source chez les meilleurs fabricants en France, Italie et au Portugal, fournisseurs pour la plupart des grandes maisons. Le styliste est bien placé pour les dénicher, puisqu’il est chef de production chez A-Cold-Wall, où il officie depuis 2018, après être passé successivement chez Damir Doma, Vetements et Yang Li.

Diplômé en management de la mode auprès de l’école parisienne Mod'Art International, il s’inscrit dans une démarche durable. "Ce sont des vêtements de qualité, qui perdurent dans le temps. Je suis très attentif aux matières et fan de tissus. C’est ce qui m’inspire dès le départ. Chaque pièce est numérotée pour redonner le sens de la valeur, invitant les clients à ralentir et savourer le produit", glisse-t-il. Positionnée haut de gamme, la marque affiche des prix allant des tee-shirts manches longues à 180 euros aux longs manteaux à 1.400-1.600 euros. Elle est vendue sur son site et chez quelques revendeurs.

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