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31 oct. 2013
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Michel Heurtault, ou le raffinement de parapluies faits pour durer

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31 oct. 2013

Michel Heurtault travaillant sur un de ses modèles. Photo : Parasolerie Heurtault.

PARIS, 31 oct 2013 (AFP) - Le parapluie, un bien de consommation non durable qui se perd, se casse et se rachète? Le maître d'art Michel Heurtault en fabrique, lui, dans les plus beaux matériaux, pour être transmis de génération en génération, mais à un coût pouvant atteindre plusieurs milliers d'euros.

Par une grise journée d'octobre, à Paris, les passants défilent, abrités sous des parapluies noirs, le long du viaduc des arts, dans le XIIe arrondissement, où se trouve la boutique de Michel Heurtault. "Tous ces parapluies sont faits en Chine", lâche l'artisan, âgé de 48 ans. Il semble d'autant plus fier de son travail: il fabrique ombrelles et parapluies pour les particuliers et pour le cinéma. Il les restaure aussi. "Chez nous, tout est fait main, ce qui est unique", vante-t-il. Il œuvre dans l'arrière-boutique, avec son apprenti de 21 ans.

Il a créé son entreprise en 2008, mais certains de ses outils datent de plus d'un siècle. Ne dites pas à Michel Heurtault qu'il est parasolier, car ce mot désigne, selon lui, le valet qui porte le parasol. Il préfère se décrire comme "créateur en parasolerie". "Le parapluie est ma passion de toujours", raconte-t-il, sourire aux lèvres. "C'était mon jouet préféré quand j'étais petit. Ca me fascinait; ma mère trouvait ça curieux!" Il raconte qu'il démontait les parapluies, en prenait deux pour n'en faire qu'un.

Aujourd'hui ses créations attirent des clients du monde entier. "Les Australiennes et les Japonaises sont gaga des ombrelles", explique son associé, Jean-Yves Thibert. Les parapluies ont aussi beaucoup de succès auprès des Américains et en Europe, en Autriche et en Allemagne. La pièce la moins chère, chez les femmes, coûte 250 euros. Elle est faite de soie, avec une poignée gainée de cuir. Les motifs sont écossais, il y a aussi un imprimé bandana.

Des parapluies pour Woody Allen

Il faut compter au moins 490 euros chez les hommes. A ce tarif-là, on peut avoir un élégant parapluie de gentleman, en twil de soie, avec un manche en érable qui a été déformé jour après jour pour se courber jusqu'à devenir une poignée. A la pointe, pas de plastique mais de la corne. "Une finition que vous ne trouvez pas ailleurs", affirme Jean-Yves Thibert.

"Les choses sont de moins en moins chères, se périment plus rapidement, sont fragiles, jetables. Ces parapluies sont faits pour durer des générations", dit-il. "Dans les années 50, on ne perdait pas son parapluie, on en prenait soin", renchérit Michel Heurtault. "Mais aujourd'hui, une fille achète un parapluie à 10 euros, le casse, en rachète un à 10 euros. Ça ne va pas pouvoir durer".

Autre univers, à la maison Heurtault, les clients peuvent opter pour du "sur-mesure", choisir leur poignée, leur tissu, leur motif, leur bois précieux. "On est dans le vrai luxe, pas la chose standardisée", souligne Jean-Yves Thibert, en montrant des poignées chinées partout en France. Une poignée est en ivoire avec des inclusions de perle. Une princesse du Qatar s'est laissée tenter par une poignée recouverte de galuchat, un cuir de raie, pour un coût dépassant les 8.000 euros.

Michel Heurtault travaille également pour le cinéma. Il a fabriqué des ombrelles pour Cendrillon, film en cours de tournage avec Cate Blanchett, ainsi que pour un film de Woody Allen tourné cet été sur la Côte d'Azur. C'est également lui qui a fait ombrelles et parapluies pour les films Adèle Blanc-Sec, de Luc Besson, et Les Adieux à la reine, de Benoît Jacquot. "Pour les films historiques, les costumiers viennent me voir, car ils n'ont pas le choix. C'est un savoir-faire ancestral qui s'est perdu", dit Michel Heurtault. Lui qui a commencé comme costumier, qui a fait des corsets pour Christian Dior, qui a travaillé à l'opéra, vient d'être nommé maître d'art. Il recevra le titre le 15 novembre. "C'est le plus haut titre pour un artisan. Je le prends comme un anoblissement par le mérite", dit-il fièrement.

Par Caroline TAIX

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