Mobilisation en faveur des jeunes créateurs

Au mois de juin 2004, 9 mois après la signature de la convention, le Président de la Fédération française de prêt à porter féminin, Jean-Pierre Mocho, se montrait tout à fait satisfait de ce partenariat. Selon lui, "105 dossiers de création d'entreprise ont été réalisés".Pour Lyne Cohen-Solal, adjointe au maire, chargée du commerce, de l'artisanat, des professions indépendantes et des métiers d'art, "c'est à la fois une valorisation de ces métiers de la création et une aide à l'emploi contribuant au dynamisme économique de la ville de Paris". Monsieur Lamoureux, vous êtes responsable de la cellule d’aide à la création d’entreprises au sein de la Fédération française de prêt à porter féminin, pouvez-vous nous raconter brièvement l’histoire de la Fédération ? Elle a été créée au début des années 30 et regroupe des syndicats professionnels sur 17 régions françaises dont les adhérents sont des fabricants de prêt à porter féminin, des façonniers ou des créateurs de mode. Le but de cette fédération est de défendre la profession auprès des pouvoirs publics et aujourd’hui, elle est présente au MEDEF et à Bruxelles au sein d’Euratex. Que fait-elle concrètement ? Les actions menées par la Fédération sont multiples. Elle transmet l’information fiscale et sociale à ses adhérents et promeut, en France et à l’étranger, leurs produits. Elle est également très présente dans la mode, soit à travers la jeune création, soit à travers le Salon du Prêt à Porter Féminin dont nous sommes propriétaires et du salon Atmosphère qui est plus spécialisé jeunes créateurs. Elle est présente également sur des manifestations à l’export. La dernière en date étant la création d’un salon à New York qui s’appelle The Train et qui va voir le jour à l’automne. Nous sommes également présents en Asie sur des manifestations que nous animons à Taipe, Osaka, Tokyo, bientôt à Séoul, et au travers de participations sur des grands salons européens. Comment la nécessité d’aider les jeunes créateurs s’est-elle imposée ? Notre profession a souffert et souffre encore de la délocalisation. Ce phénomène pousse notre activité à s’élargir. Pour ce, nous avons fait plusieurs actions vers la jeune création qui est florissante à Paris puisque nous sommes dans un pôle d’excellence de la mode. Nous recevons depuis début 2002 des jeunes créateurs français ou étrangers qui sont, soit porteurs de projets soit en développement. Nous avons donc mis en place une vraie mission pour les aider non seulement dans la création mais aussi dans la pérennisation de leur entreprise. Pourquoi ont-ils besoin de cette aide ? Le profil d’un jeune créateur est par définition de créer, d’avoir fréquenté des écoles dans lesquelles on parle beaucoup chiffon, style, couleur et silhouette mais malheureusement très peu de l’activité économique et des fondements d’une entreprise. Nous avons bien compris que c’était une réelle lacune pour eux et nous tentons donc tous les jours de les aider, de les conseiller et de les accompagner. En quoi consiste l’aide que vous leur apportez ? En ce qui concerne les créateurs émergents, nous les aidons par exemple à trouver des locaux, (ce qui est une tâche difficile !), des façonniers parce qu’ils ont des petites séries ou à monter leur business plan. Notre aide est très variée : nous réglons également des problème d’associés qui ne s’entendent pas et pour les entreprises en développement, nous les aidons pour l’export, le financement d’une boutique etc… Nous accompagnons tous les aspects de la vie économique d’une entreprise. Quels outils leur proposez-vous ? Nous avons des fabricants, des façonniers, un service communication donc des relations avec les journalistes, un service export qui peut les conseiller, un service aux entreprises avec toute une base de données, un plan de réseau avec des institutionnels (la région, la ville…), un service salon. Nous avons beaucoup d’outils en interne et un certain nombre d’informations qui peuvent leur permettre d’avancer et d’être conseillé dans la durée, ce qui est très efficace. Comment est née l’idée d’un partenariat avec la ville de Paris ? Petit à petit nous avons noué tout naturellement des relations privilégiées avec la ville de Paris car elle dispose d’outils nombreux et efficaces et que nous avons, bien évidemment, autour de la mode et de l’emploi sur Paris, des convergences très nettes. A partir d’octobre 2003, date de la signature de cette convention, nous avons multiplié nos actions communes qui se traduisent par la mise à disposition par la ville de boutiques de gestion, d’espaces commerce-artisanat, de maisons du développement ou encore, d’outils financiers (prêts d’honneur, garanties…). Nous sommes présents à travers des manifestations et sur la couveuse où nous favorisons des rencontres et donnons des conseils aux jeunes couvés. Combien recevez-vous de jeunes créateurs par an ? Je suis arrivé début avril 2002 et je ne compte plus le nombre de visites et d’actions que nous avons menées. Entre les porteurs de projet et les entreprises en développement, je reçois par trimestre une cinquantaine de jeunes créateurs. Ceci est considérable mais très sain car cela montre bien le vivier que représente Paris puisque dans le lot, il y a entre 30 et 40% d’étrangers. Il y a donc une véritable attraction pour Paris, la mode et les actions de la Fédération et de la Ville. Quelles sont les futures actions que vous allez mener ? Nous sommes en train de créer un outil très utile, en particulier pour les jeunes créateurs : nous allons élaborer une bible, une nomenclature très précise de nos façonniers, de ce qu’ils savent faire, leur lieu d’activité, leurs clients, le personnel et matériel à leur disposition etc… Nous voulons avoir une vision la plus parfaite possible de ce savoir faire qui mérite d’être défini afin de voir si on peut l’aider et de quelle manière. Le but est, dans un second temps, d’aller voir les donneurs d’ordre pour faciliter et organiser les contacts avec les façonniers. Les jeunes créateurs sont partie prenante de cette action puisque c’est la première problématique qu’ils rencontrent : ils sont incapables de s’orienter, selon leurs besoins, vers le façonnier adéquat. La fabrication de cette bible est indispensable car nous entrons dans une période difficile où la délocalisation s’étend de plus en plus. Nos deux grands piliers sont la qualité et la créativité. Nos façonniers ont encore un avenir car il restera toujours des fabrications en France dues, soit aux séries moyenne, soit à la cherté de la matière première et au grade de qualité que les distributeurs veulent obtenir. Faites vous une sélection ou aidez vous tout le monde ? Nous aidons tout le monde quitte à décourager quelqu’un de continuer si son expérience, ses fonds et sa création sont trop insignifiants. Lui conseiller de différer son projet est un service à lui rendre. Mais il n’est pas obligé de suivre notre conseil, c’est uniquement dans son intérêt. Quel est le pourcentage de réussite des jeunes entreprises que vous aidez ? C’est difficile à dire, le même pourcentage que dans les autres secteurs. C’est un métier très dur parce qu’il est saisonnier et que les aléas extérieurs comme le SRAS ou la guerre en Irak, ont beaucoup d’influence sachant que les jeunes créateurs exportent à 80%. Les jeunes entreprises sont gourmandes en capitaux parce qu’il y a un délai important entre l’investissement et le moment où elles touchent de l’argent du client. Si à cela s’ajoute une mauvaise collection ou des phénomènes extérieurs qui vont différer la venue des acheteurs, il faut pouvoir tenir financièrement. Portez-vous un jugement artistique sur les créations de ces jeunes ? Oui, même si je n’ai pas de formation de styliste. Avec l’expérience, on différencie le produit d’image du produit marchand. Il est vivement conseillé aux jeunes créateurs de faire 80% de commercial et 20% d’image pour que la presse se charge de lui donner une notoriété. Les 80%, c’est ce qu’on appelle des produits « justes » c’est à dire qui correspondent à une clientèle. Le but final de toutes ces actions est quand même de vendre! Propos recueillis par Benoîte TAFFIN

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