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Mode responsable : les citoyens appelés à donner leur avis

Publié le
3 sept. 2020
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5 minutes
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"Cette consultation sur le thème de la mode durable est probablement la première de cette envergure au niveau mondial. Elle implique de nombreux acteurs et des institutionnels. Chacun malgré la période très compliquée avec la pandémie a maintenu un budget et du temps pour que ce projet puisse voir le jour" : ce jeudi matin, Isabelle Lefort, cofondatrice de l'association Paris Good Fashion lançait officiellement la première consultation citoyenne sur la mode durable.


Initiée par Paris Good Fashion, la consultation citoyenne est soutenue par les acteurs privés et publics liés à la mode - FNW



Au-delà de la prouesse d'organiser un évènement en ce début septembre réunissant dirigeants de la filière mode et journalistes (tous masqués et assis à plus d'un mètre de distance), dans le cadre du grand magasin Galeries Lafayette du boulevard Haussmann, cette initiative affiche une ambition de poids pour tout le secteur.

En effet, cette consultation citoyenne, disponible sur la plateforme Make.org vise à recueillir les avis et propositions de quelque 100.000 personnes jusqu'au 25 octobre. Ceux-ci devront simplement répondre à la question : " Comment agir ensemble pour une mode plus responsable ?"

Le point spécifique c'est que cette consultation n'est pas l'apanage d'un sondeur ou d'un groupe privé. Initié par Paris Good Fashion ce projet est porté par un florilège d'acteurs majeurs comme les Galeries Lafayette, le groupe Etam, Petit Bateau, La Redoute, le groupe Eram, le salon Who's Next mais aussi soutenu par les fédérations du secteur, le ministère de la Transition écologique et la Mairie de Paris.

"Ce qui est intéressant c'est que cette consultation, même si elle sera ouverte à tous au niveau international, devrait donner principalement les attentes des clients français, explique Sylvie Bénard, présidente de Paris Good Fashion. Chaque pays a sa propre interprétation de la mode responsable et là les grands groupes comme les plus petits labels pourront avoir accès aux attentes des Français. Les marques bougent depuis longtemps sur ces sujets, avec de nouveaux matériaux, des procédés innovants, mais le client est indispensable dans le cycle. Il faut l'accompagner et l'aider à faire le tri entre le changement et le greenwashing. Cette consultation les associe au changement."


Sylvie Bénard, présidente de Paris Good Fashion - FNW



Alors qu'il vient de donner le coup d'envoi, au sein du grand magasin Galeries Lafayette de l'opération Changeons de mode qui met en avant les initiatives durables, Guillaume Houzé, directeur de la communication et de l'image du groupe Galeries Lafayette, s'est impliqué dans cette démarche collective. "Nous avons une feuille de route claire. En trois ans avec Go for Good nous sommes passés de 500 à 800 marques. Nos grands magasins sont des lieux de vie, comme le disait mon arrière grand-père Max Heilbronn, des agents moteurs de la transformation sociale. On est très attentifs à ce que cette consultation va donner. Et on a hâte de découvrir les suggestions qui nous permettrons de continuer à proposer des solutions nouvelles. Une grande partie du plan de relance annoncé ce jour par le Premier ministre est dédié au verdissement de l'économie. Il est évident que notre secteur et notre filière ont besoin de se transformer".

Une quinzaine de questions et la possibilité de formuler une proposition



Concrètement en quoi consiste cette consultation ? La plateforme Make.org héberge l'initiative et chaque citoyen peut participer et apporter son analyse en quelques minutes de son temps. Le 3 septembre au matin 3.000 votes et 75 propositions avaient été enregistrées. "D'abord nous demandons au citoyen de se positionner sur des propositions qui ont déjà été formulées. Après une dizaine d'avis donnés, il participera et pourra apporter une réponse à la question, détaille Axel Dauchez, président de Make.org. Ces centaines de milliers de vote doivent permettre de ressortir les consensus engageants et comprendre pourquoi il y a des clivages sur d'autres points. En réalité beaucoup d’industries sont confrontées à des changements de paradigmes colossaux. Généralement elles réagissent par le déni et ont du mal à réagir. Là ce n’est pas le cas pour l’industrie de la mode. Cette consultation est une nouvelle étape par la coconstruction de l’avenir de l’industrie avec les clients".

Une industrie qui est hétéroclite avec des problématiques différentes entre les jeunes marques locales et les groupes présents à l'international ou encore les acteurs du luxe et les acteurs proposant des produits plus accessibles.

"J’ai la responsabilité de représenter les marques sur le grand public avec des prix accessibles, souriait ce jeudi Laurent Milchior, patron du groupe Etam. C’est une période d’accélération de nos comportements. On parle beaucoup du made in France, et nous le faisons avec une marque qui vient de lancer son made in Paris avec Livy, on a un atelier à 60 personnes. Mais sur le marché d'Undiz ou d'Etam il y a une une question de pouvoir d’achat. Un soutien gorge c’est entre 10 et 40 euros mais si nous le produisions en France ce serait notre coût de production. Sur notre marché, la question est de savoir comment apporter un produit délivré fréquemment, au prix du marché mais produit de manière plus durable. Et c'est là qu'il est important de travailler collectivement. La consultation nous donnera aussi un indicateur des points clés pour les clients."

Un bilan qui pourrait donner lieu à des prises d'engagements collectives d'acteurs du secteur, en complément d'autres initiatives sur ce thème comme le Fashion Pact lancé en août 2019, et qui est appelée de ses voeux par les institutions comme la Mairie de Paris qui entend mettre en lien les acteurs du secteur avec ses réseaux d'ateliers ou de recycleries .

"Le contexte est complexe, mais il s'agit aussi d'un levier pour le changement, estime Olivia Polski, adjointe à la maire de Paris en charge du commerce, de l'artisanat et des professions libérales. Quand on accélère il y a des choses plus compliquées à faire, mais cela crée aussi des opportunités. Nous avons l’opportunité de faire de Paris cette capitale de la mode durable. Nous avons le levier des Jeux Olympiques en 2024 pour accélérer et amplifier ce changement. Associer les concitoyens à cela est un élément stratégique majeur."

Car l'ambition est bien de pouvoir présenter, en décembre lors d'un évènement au Palais de Tokyo, les résultats et surtout des axes d'engagements pour les acteurs du secteur en fonction des attentes des citoyens. L'initiative pourrait alors avoir un impact direct et concret sur le secteur.



 

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