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Marguerite Capelle
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28 févr. 2020
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Off-White : “Slightly off”, un si léger décalage

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Marguerite Capelle
Publié le
28 févr. 2020

Virgil Abloh est vraiment doué pour créer un décor – pour son dernier défilé, le 27 février à Paris, une sélection de voitures Mercedes, coupées en deux à l’horizontale et à la verticale, étaient le point de convergence d’une suite d'espaces carrés autour desquels tournaient ses mannequins. Pas tout à fait du John Chamberlain (artiste plasticien américain connu pour ses sculptures métalliques réalisées à partir de pièces automobiles, ndlr), mais sacrément réussi.


Off White - Fall-Winter2020 - Womenswear - Paris - © PixelFormula


Des cameramen survoltés équipés de Steadicams enregistraient chaque passage de ce casting impressionnant, à l’intérieur de la salle de boxe Marcel Cerdan, dans l’est de Paris. Mais rares ont été celles capables de créer une vague d’excitation aussi intense que Yolanda Hadid, la maman de Bella et Gigi, qui à 56 ans défilait fièrement en blazer blanc marbré de graffitis gris, pièce appartenant à toute une série du même style.

Sa benjamine, Bella, avait effectué son premier passage dans une robe noire très raide de style pseudo-élisabéthain, avec une collerette sophistiquée et un corsage évasé. Le comte Robert Dudley aurait adoré, et elle composait un superbe tableau d’ouverture. La grande sœur, Gigi, a conclu le défilé dans un assemblage composé d’une robe de reine des fées, tranchée à 45 degrés par une parka sportive bleu outremer. Pas étonnant que le créateur ait intitulé cette collection automne-hiver 2020/21 : « Slightly Off » (légèrement décalé).

Virgil Abloh a toujours aimé les découpes, et a réalisé des versions gruyère de tricots blancs, tops et robes en coton – pas tout à fait une réussite sur Carolyn Murphy – et des trenchs à trous laissant voir des culottes bouffantes sur des mannequins comme Mariacarla Boscono. Son autre grande idée, c'étaient ces jupes, pantalons et "impers frisons" en peau de vache, en bleu égyptien et blanc. Certains trouvent que Virgil Abloh a tendance à aller trop voir ailleurs pour trouver ses idées – mais les pièces décrites ci-dessus sont vraiment des concepts qui lui sont propres.

Ce créateur vit confortablement de ses activités nocturnes de DJ, et sa bande-son était la meilleure de Paris à ce jour : du jazz dramatique de musiciens comme Chick Corea et Yussef Dayes. Même si ceux d’entre nous qui ont tenté de danser sur ses mix dans les soirées mode ont eu un peu de mal.
 

Off White - Fall-Winter2020 - Womenswear - Paris - © PixelFormula


En résumé, c’était globalement un spectacle sur podium et une collection tout à fait respectable, même si tout cela n’avait rien d’un renversement de paradigme. Tout particulièrement cette semaine, alors que le New York Times a consacré un long article à spéculer sur la capacité de Virgil Abloh à devenir le prochain Karl Lagerfeld, même si le papier était à prendre avec des pincettes. L’argument étant que Karl, tout comme Virgil, était un touche-à-tout multi-casquettes qui vendait ses services à diverses griffes.

Nul ne peut remettre en cause l’attrait commercial indubitable du travail de Virgil Abloh : c’est la qualité, l’envergure et l’âme de ce dernier qui suscitent des interrogations. De même que son sens de la modestie. Lagerfeld était certainement la personne la plus calculatrice de toute l’histoire de la mode, mais c’était aussi quelqu’un qui ne se donnait pas de faux airs de grandeur. Moi qui l’ai côtoyé pendant 30 ans, je ne me souviens pas l’avoir déjà entendu se présenter comme un artiste. On ne peut pas en dire autant de Virgil Abloh.

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