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29 sept. 2021
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Olivia Polski (Mairie de Paris): "Dans la ZTL, le trafic de destination sera toujours possible"

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29 sept. 2021

Le 22 septembre, les associations de commerçants de plusieurs zones commerciales de Paris ont fait publiquement part de leurs inquiétudes vis-à-vis du projet de "zone à trafic limité", la ZTL, à Paris. Ce projet, dont les contours ne sont pas encore totalement définis, doit favoriser dans le centre de Paris, où la vitesse a été limitée à 30 kilomètre/heure, la marche à pied et l'utilisation des "mobilités douces", comme les vélos ou les trottinettes. FashionNetwork a demandé à Olivia Polski, adjointe à la maire de Paris en charge du commerce, de l'artisanat, des professions libérales et des métiers d'art et de mode, comment la mairie envisageait l'impact de ce projet sur le commerce dans la capitale.


Olivia Polski - Sophie Robichon – Ville de Paris



FashionNetwork.com : Le projet de ZTL ravive l'inquiétude des commerçants, déjà soucieux des effets de la forte réduction de la circulation routière rue Rivoli. Depuis cette décision, les commerçants du Marais estiment qu’ils ont une baisse du trafic et leur crainte est que les clients de périphérie ne se rendent plus dans Paris. Quelle est votre vision?
 
Olivia Polski: Sur la ZTL, nous travaillons avec tous ces acteurs. Nous entendons leurs inquiétudes. Nous leur avons montré les études réalisées sur toutes les grandes villes qui ont engagé ces changements. Effectivement, ce n’est plus la même clientèle. Mais il y a toujours des gens qui viennent. Et encore une fois, cela favorise le commerce physique. Mais attention, sur la ZTL, le trafic de destination sera toujours possible. C'est le trafic de transit que nous ne voulons plus voir passer dans cette zone centrale.

Nous sommes en train d’analyser les options pour que les visiteurs puissent entrer dans la zone avec leur véhicule, avoir un stationnement, et justifier avec leurs tickets de caisse de leurs achats sur place. L’idée est aussi de retravailler des emplacements pour les déposes taxis. Sur la rue de Rivoli, nous nous posons la question de savoir si elle sera intégrée dans la ZTL ou si elle conservera sa forme actuelle. En passant dans le droit commun de la ZTL, il pourrait de nouveau y avoir du trafic de destination. Autre interrogation: laissons-nous circuler les taxis, ou bien les taxis et les VTC ? Nous allons ajouter une étude environnementale poussée.

FNW: Quelle est l’échéance?

OP : Nous sommes en train de relancer ces études. Le périmètre de la zone n’est donc pas encore arrêté. L’idée c’est que cela concerne Paris centre et des parties du Ve et du VIe arrondissements. Nous sommes en pleine concertation là-dessus. Nous avons aussi entendu les inquiétudes des commerçants et en particulier le fait que pour l’heure les touristes ne sont pas encore revenus à Paris, donc que les niveaux de chiffre d’affaires ne sont pas au niveau d’avant-Covid. Le rendu des études et des consultations pourrait être pour fin 2022, début 2023. Ce ne sera donc pas effectif tout de suite.
 
Notre politique sur les mobilités douces date d’il y a vingt ans. Cela a commencé avec Bertrand Delanoë et les couloirs de bus. A chaque fois que nous avons avancé sur des sujets, il y a toujours eu des réactions pour dire que ce n’est pas le moment, que cela va être catastrophique, etc. Cela commence comme cela, puis cela finit par bien fonctionner. Mais nous sommes conscients d’être dans une période plus complexe pour le commerce. Cependant, nous avons des objectifs de réduction importante des pollutions. Cela a des conséquences marquées sur la santé publique. Evidemment, c’est rarement le bon moment pour un changement, mais il faut que nous progressions. Et nous avons une demande des Parisiens sur cette zone à trafic limité.

FNW : L’activité commerciale de beaucoup d’acteurs est liée au tourisme international. Comment analysez-vous la situation actuelle, en l’absence des visiteurs étrangers?

OP : Nous sommes globalement très optimismes sur ce point. D’abord parce que la destination Paris est, selon plusieurs études récentes, la première citée dans le cadre d’un retour au flux de touristes internationaux. Paris conserve cette attractivité. Et nous avons les JO qui vont faire que les touristes vont revenir très vite par rapport à d’autres villes. C’est demain 2024! Dans ce cadre, nous travaillons sur deux sujets: le tourisme durable et la mise en avant de nos richesses, comme la mode, le design et la gastronomie. Ce qui est intéressant, c’est d’articuler tout cela pour montrer que nous sommes cette capitale de la création qui n’a pas d’équivalent dans le monde. Nous avons sur la période de septembre à novembre énormément d’événements de grande ampleur sur ces sujets et le tourisme d’affaires est très important pour l’économie parisienne. Nous avons d'ailleurs demandé un plan de relance territorialisé pour dynamiser les opportunités.

FNW : C'est à dire?

OP : Aujourd'hui le plan de relance en France soutient des filières. Nous pensons que le plan de relance doit être adapté aux questions territoriales.A titre d’exemple, dans le plan de relance américain, New York a reçu 6 milliards. Nous, à Paris, en juillet, nous avions reçu 30 millions de l’Etat. Nous avons fait un plan de 200 millions d’euros face au Covid. Nous avons aussi besoin d’un accompagnement. Nous pensons que c’est important de relancer Paris comme destination internationale. Et ce sera utile à toute la France, car c’est un moteur.

FNW : Le commerce a vécu dix-huit mois très compliqués. Alors que les chiffres d’affaires ont été affectés, les négociations sur les loyers n’ont pas toujours été possibles. Comment observez-vous cette situation à Paris, qui a été particulièrement touché par la baisse d’activité?

OP: C’est un sujet en effet sur lequel nous observons qu’il n’y a pas eu de résolution. Mais il faudra trouver des accords car des boutiques vont finir par fermer, certains acteurs ne peuvent pas assumer seuls ces mois d’activité tronquée. Il y a certains propriétaires, notamment certaines grosses foncières, pour qui baisser le loyer fait baisser la valeur de leurs actifs. Cela explique les réticences. Mais je pense qu’ils n’auront pas le choix à terme.
 
FNW : La mairie peut-elle intervenir, ne serait-ce que pour maintenir ou dynamiser l’attractivité des rues?

OP : Nous n’avons pas du tout ce type de discussions. Il y a énormément de bailleurs privés dont nous n’avons pas connaissance. Nous n’avons pas ces données. Les commerçants nous avaient fait remonter leurs inquiétudes durant le premier confinement. Mais fin décembre 2020, nous avions fait le point avec le tribunal de commerce et nous avions moins d’entreprises en procédures collectives qu’en 2019.

Je ne vois pas tant de fermetures. Beaucoup de boutiques ont fermé durant le mois d’août, mais ce n’est pas si radical qu’annoncé. Les grandes enseignes ont communiqué, mais le sujet était déjà sur la table avant le Covid. Il y avait déjà des fermetures de magasins H&M, Zara ou encore Gap, qui a annoncé sa sortie du marché français. Ces grands acteurs du commerce, qui avaient pu beaucoup se développer, se sont un peu rétractés. L’Alliance du commerce avait communiqué sur la baisse de chiffre d’affaires, mais cela concerne un profil d’entreprise très spécifique.
 
FNW : Si les grands acteurs avaient engagé des plans de réorganisation précédemment, un certain nombre d’indépendants ont souffert ces derniers mois. Et il y a eu des fermetures de multimarques, notamment dans le prêt-à-porter. Comment voyez-vous les difficultés du commerce, comme par exemple sur la rue Saint-Honoré dans le centre de Paris?

 
OP : C’est vrai, le prêt-à-porter a été fragilisé. C’est un secteur qui n’a pas bénéficié d’aides comme l’hôtellerie-restauration. Après si l’on parle de la rue de Saint-Honoré, ils ont souffert d’abord de la présence régulière des Gilets jaunes du fait de la proximité avec le palais de l’Elysée. La situation de Saint-Honoré ne peut donner une conclusion pour tout Paris.

Ensuite, vous avez des secteurs avec une offre de prêt-à-porter forte. A Saint-Germain ou rue de Rennes, il y a eu des départs d’enseignes mais, en réalité, la vacance n’est pas si importante. A chaque fois que nous retravaillons un axe, avec l’installation de pistes cyclables par exemple, il se redynamise. Une difficulté de la rue de Rennes c’est que son modèle est à l’ancienne. Par exemple, sur la rue Saint-Antoine, début 2020, les associations de commerçants, qui étaient initialement opposés au plan de mobilité, nous ont fait remonter que leur clientèle s’est transformée mais que l’activité est toujours là. C’est plus une clientèle de proximité. Le changement est toujours source d’inquiétude. Mais tout ce qui se fait en termes de mobilité douce dans toutes les grandes villes ne pénalise pas le commerce de proximité. Au contraire car cela favorise la marche à pied qui est idéale pour le commerce physique.
 
FNW : La Fashion Week de Paris a débuté. Comment la ville s’implique-t-elle dans cet événement?

OP : Nous accompagnons la création. Nous avons remis il y a quelques jours les Grands prix de la création; nous avons aussi le label "Fabriqué à Paris". Nous proposons également des locaux à des loyers préférentiels pour aider à l’installation de jeunes créateurs. Et durant la Fashion Week, nous essayons d’aider et d'accompagner les créateurs qui ont besoin de lieux pour présenter leurs collections ou défiler. Nous travaillons avec les fédérations pour faciliter le repérage de lieux pour les jeunes créateurs comme pour les grandes maisons car, même s’il ne faut pas que les créateurs se mettent en difficulté, il est important de retrouver des événements physiques dans la capitale.
 

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