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16 mars 2022
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Ouzbékistan: fin de boycott pour la filière textile

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16 mars 2022

Le groupe d'ONG Cotton Campaign a officialisé le 10 mars la suspension de son appel au boycott visant l'industrie ouzbèke, depuis plusieurs années ciblée pour son recours au travail forcé et à celui des enfants dans la récolte du coton. 331 marques internationales avaient suivi ce boycott depuis 2011. Pour l'organisation, les efforts menés par le gouvernement ouzbek se sont concrétisés à l'occasion de la saison de récolte de 2021.


Rencontre entre membres du gouvernement ouzbek et dirigeants de Cotton Campaign en décembre 2021 - Cotton Campaign


Cotton Campaign indique ainsi que l'instance indépendante suivant depuis 2009 les conditions de récolte du coton, l'Uzbek Human Rights Forum, a pour la première fois fait état d'une absence de recours systématique au travail forcé en 2021.

Le fruit d'un programme de réformes établi en 2017 par le gouvernement ouzbek, en coordination avec Cotton Campaign, et qui avait conduit à criminaliser le travail forcé dans le pays deux ans plus tard. Avaient dans le même temps été supprimés les quotas de production, tandis que les salaires avaient été augmentés, multipliant le nombre de volontaires pour participer aux récoltes.

"Les membres de la coalition (Cotton Campaign, ndlr) notent que cette réalisation historique est le résultat de nombreuses années de travail acharné de la part de militants de la société civile ouzbèke, de militants internationaux des droits de l'homme et de marques transnationales, ainsi que de l'engagement du gouvernement de l'Ouzbékistan à éradiquer le travail forcé", indique l'organisation.

"Dans le même temps, reconnaissant la nécessité de prendre des mesures supplémentaires pour renforcer le rôle de la société civile et créer un environnement propice à un contrôle indépendant ultérieur du respect des droits des travailleurs, les parties ont exprimé leur volonté de poursuivre une coopération active afin d'assurer la transparence et la traçabilité de la chaîne d'approvisionnement.", poursuit-elle.

Pour mesurer le chemin parcouru, il faut se rappeler que Cotton Campaign faisait encore pression en 2016 sur Washington afin d'obtenir que l'Ouzbékistan soit maintenu dans le classement des pires pays en termes de travail forcé et infantile. Dès l'année suivante, l'UE relâchait la pression sur l'industrie ouzbèke, trop tôt au goût de certaines ONG. En 2019, les premiers effets de la politique gouvernementale d'éradication du travail forcé faisait naître l'espoir de voir l'ancienne enclave soviétique, qui compte parmi les plus gros producteurs mondiaux de coton, normaliser sa situation à l'export.

Les chiffres derrière le retour en grâce



C'est dans cette optique qu'une délégation ouzbèke prenait part en février au salon textile et cuir parisien Texworld. "Nous étions précédemment critiqués (…) pour le recours au travail infantile ou forcé", soulignait de lui-même l'ambassadeur ouzbek en France Sardor Rustambaev. "C'est une pratique qui a été complétement stoppée voilà cinq ans", insistait le diplomate auprès des professionnels. Le 9 février, l'Ambassadeur signait avec l'Union française des Industries textile (UIT) un accord de coopération, visant à "promouvoir le commerce bilatéral en fournissant les informations nécessaires pour déterminer les opportunités". 


La filière ouzbèke indique avoir produit un million de tonnes de fibres de coton en 2021 - Shutterstock


Le vice-président de l'Uztekstilprom (l'association ouzbèke de l'industrie textile) Davron Vakhabov pointait de son côté en février que les exportations textiles du pays vers l'UE ont augmenté de 169% à 144 millions de dollars (131 millions d'euros) en 2021. Et devraient atteindre 246 millions de dollars cette année.

Côté production, selon le responsable, ce sont un million de tonnes de fibres de coton qui ont été produites en 2021 dans le pays. Plaçant l'Ouzbékistan au 6e rang mondial, derrière Inde, Chine, Etats-Unis, Pakistan et Brésil. Des fibres auxquelles s'ajoutent 862 tonnes de fils (exportés à 65%), 716 millions de mètres carrés de tissus (44% à l'export), et 203.000 tonnes de mailles (23% à export).

"Nous misons sur de grands projets pour moderniser notre filière, qui est verticalisée", explique Davron Vakhabov, qui évoque 4 milliards de dollars d'investissements industriels engagés sur les cinq années à venir. Et qui pointe que sur 1,9 milliard de produits d'habillement fabriqués l'an passé dans le pays, un tiers a exporté. Parmi lesquels 458 millions de pièces de bonneterie, faisant du textile-habillement un pilier de l'économie locale, avec 45% des exportations totales.

Fort de plus de 7.000 entreprises de textile (dont six fabricants de machines), employant plus de 400.000 personnes, l'Ouzbékistan aurait ainsi exporté l'an passé pour 3,04 milliards de dollars de marchandises. Le pays mise sur la fréquentabilité nouvelle pour porter ce chiffre à 3,3 milliards sur l'exercice 2021.

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