×
Traduit par
Clémentine Martin
Publié le
18 avr. 2021
Temps de lecture
5 minutes
Partager
Télécharger
Télécharger l'article
Imprimer
Cliquer ici pour imprimer
Taille du texte
aA+ aA-

Pablo Isla (Inditex): "Nous allons continuer à investir massivement pendant trois ans"

Traduit par
Clémentine Martin
Publié le
18 avr. 2021

Il n’est pas vraiment un habitué des caméras. Pourtant, le président d’Inditex Pablo Isla a pris la parole lors du forum « Wake Up, Spain! », organisé par le quotidien El Español. Une occasion dont le dirigeant a profité pour appeler au consensus dans l’utilisation des fonds destinés à relancer l’économie espagnole. Il s’est montré clairement optimiste, soulignant «  le potentiel et le sérieux » des entreprises de son pays.


Pablo Isla, le président d’Inditex - Wake Up, Spain!


« Il s’agit d’une opportunité unique », a souligné Pablo Isla en évoquant les fonds européens, qui peuvent selon lui « transformer l’économie » de son pays. « Leur attribution est un défi énorme et j’aimerais appeler autant que possible au consensus », plaide-t-il. Selon lui, c’est ce dont « le pays tout entier a besoin ».

Selon le président du groupe espagnol, le boom du e-commerce et le respect de l’environnement sont « aujourd’hui deux piliers stratégiques essentiels de l’économie, tous secteurs et toutes tailles d’entreprises confondues ».

Pour Inditex, l’année 2020 a été « atypique » en raison de la situation complexe provoquée par la fermeture de « toutes les boutiques du groupe à certains moments de l’année », en avril dernier par exemple.

Les investissements sont toujours au goût du jour chez Inditex



« Depuis 2012, nous investissons dans l’intégration des stocks de nos boutiques et dans le développement de notre présence digitale. Nous avons largement accru ces investissements au cours des cinq dernières années », rappelle-t-il. La somme de ces injections de capital s’élève déjà à 11 milliards d’euros. « Plus qu’une accélération, il s’agit du fruit de tout le travail que nous réalisons depuis des années », analyse-t-il pour expliquer l’augmentation des ventes en ligne au cours de l’exercice 2020, marqué par la pandémie.

« Pendant les trois prochaines années, nous allons continuer à investir substantiellement dans tous les secteurs relatifs à la technologie et à l’innovation », dévoile-t-il. Cette stratégie affectera aussi bien les boutiques physiques que le canal digital. « Nous avons toujours l’objectif de devenir une entreprise complètement intégrée et numérique, sans oublier notre ADN : le produit », continue-t-il. Pour son entreprise, c’est une « condition fondamentale ».

« Nous sommes une entreprise qui vend des produits, une entreprise commerciale, centrée sur ses clients et à visage humain. Nous ne sommes pas une entreprise technologique. Nous sommes des commerçants », rappelle-t-il. Répondre aux besoins des clients de l’entreprise est au cœur de ses priorités. « Lorsque l’on me demande quel est le principal actif d’Inditex, pour moi, ce sont les personnes qui composent notre groupe, notre culture d’entreprise, qui incarnent notre engagement et nos efforts », martèle-t-il. Ces qualités ont été particulièrement appréciées au cours de l’année 2020, un exercice dont le président s’est déclaré « particulièrement fier », saluant les efforts de tous les salariés.


Pablo Isla, le président d’Inditex


« La culture de notre entreprise reflète la personnalité d’Amancio Ortega, notre fondateur. Nous sommes une PME en même temps qu’un grand groupe, parce que nous n’oublions pas que nous avons commencé avec une seule boutique en 1975, à La Corogne. Ensuite, nous avons commencé à nous développer », rappelle-t-il. L’entreprise jouit d’une « structure très horizontale » avec une « grande capacité de décision ».

Le chômage partiel, un « outil extraordinaire »



Rappelant l’engagement d’Inditex pendant la pandémie, Pablo Isla a évoqué la collaboration logistique offerte par le groupe dans le transport de matériel sanitaire. « C’était quelque chose que nous avions la possibilité de faire. Il était inconcevable de rester les bras croisés, en ayant une telle capacité logistique et une telle connaissance du marché chinois. » Le président d’Inditex a salué comme « une mesure extraordinaire » le dispositif de chômage partiel mis en place pendant la crise sanitaire, « indispensable pour conserver le tissu productif du pays ». Cependant, « étant donné les caractéristiques d’Inditex », le groupe a préféré s’en passer.

« Selon mon point de vue, une conviction morale transcende les analyses de rentabilité », assène Pablo Isla. Le nouveau défi pour les entreprises consiste à s’engager en faveur du respect de l’environnement sans entamer leurs bénéfices. « Certains investissements pour l’environnement apportent un retour financier, mais beaucoup d’autres sont intangibles et impossibles à mesurer. La protection de l’environnement n’est pas négociable », défend-il avec aplomb. « Dans la gestion d’entreprise, il y a des sujets qui s’analysent strictement du point de vue de la rentabilité immédiate. Mais il faut toujours avoir une vision bien plus globale des objectifs à 5, 10 ou 15 ans », soutient-il.

Compétitivité et formation



« Certaines tendances étaient déjà amorcées, comme la croissance de la vente en ligne. Nous avons gagné trois ans de ce côté-là », analyse-t-il. Il attend cependant de « retrouver la normalité » pour pouvoir évaluer la proportion de cette croissance qui se maintient. « La boutique du futur, qui existe déjà aujourd’hui, est respectueuse de l’environnement, bien plus développée digitalement et doit être très humaine », résume-t-il. Selon lui, « on ne peut pas rêver d’une boutique robotisée, mais plutôt d’un espace de chaleur humaine ».

Pour l’avenir, Pablo Isla se montre optimiste. Il identifie un grand « potentiel de l’économie et des entreprises espagnoles ». Évidemment, il y a aura « des défis à relever, mais nous avons aussi des entreprises qui dominent de nombreux secteurs qui contribuent largement à l’économie ».

« Cette crise n’est pas comme d’autres situations qui sont dues à des facteurs internes. Celle-ci est due à des facteurs externes et non recherchés. Il y a eu une réponse européenne très importante pour l’Espagne, aussi bien à travers des fonds qu’à travers les mesures prises par la Banque Centrale Européenne. L’usage que nous allons en faire est crucial et nous allons devoir réfléchir soigneusement à la façon d’accompagner les réformes dont a besoin l’économie espagnole pour améliorer sa compétitivité, sans négliger la formation », conclut-il. Selon lui, la formation est essentielle pour construire l’avenir social et économique du pays.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
© 2021 FashionNetwork.com