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Paolo Mascio (Yoox): "La technologie doit répondre à un besoin humain"

Publié le
22 juin 2020
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7 minutes
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Présent dans le groupe YNAP depuis 2009, Paolo Mascio a, en tant que dirigeant du groupe, été un témoin privilégié de la transformation de Yoox en un acteur majeur de la distribution mode. A l’occasion des 20 ans de l'e-commerçant, célébrés avec l'operation Share the love, il détaille pour FashionNetwork.com les transformations qu’a rencontrées la société au cours de ses deux décennies d'existence. Mais aussi comment elle a dû et continue de s’adapter à la crise du Covid-19 qui a fortement frappé l’Italie où est basée l’entreprise.
 

Paolo Mascio - DR



FashionNetwork.com : Yoox célèbre ce mois-ci ses 20 ans, notamment à travers une capsule avec JW Anderson. Que représente cet anniversaire pour l’entreprise?

Paolo Mascio :
C’est un bon moment pour célébrer ce qui a été réalisé mais aussi se projeter. Lorsque Yoox et Net-A-Porter ont débuté en 2000, il n’était pas écrit qu’elles prendraient une telle place sur la scène mode mondiale. C’est passionnant de voir qu’elles avancent aujourd’hui ensemble sur ce segment de la mode et du luxe. Yoox a fait des choix forts. En 2009, alors que ce n’était vraiment pas encore dans les agendas du secteur, nous avons lancé la catégorie écoresponsable. Yoox a donné leur chance à un grand nombre de designer émergents. Avec JW Anderson, c'est est une relation qui dure depuis longtemps ; la marque faisait partie de notre sélection de jeunes créateurs en 2011. Pour l’anniversaire des 20 ans, la marque a dessiné une collection inclusive très forte qui s'inscrit dans notre thématique "Share The Love". C'est l'une des surprises prévues pour célébrer l'événement. Nous avons voulu partager ce moment avec notre communauté. Grâce à l'intelligence artificielle, nos clients vont pouvoir partager leur expérience mais nous voulons aussi leur permettre de se rencontrer, nous allons permettre des mise en relation selon les affinités. Nous avons le souhait de faire vivre notre communauté.

FNW : Vous avez rejoint le groupe depuis une décennie. Qu'avez-vous appris durant ces dix ans?

PM :
Quand je suis arrivé, l’entreprise n’avait évidemment pas la même taille. Elle n’était pas encore entrée en Bourse. Et il y avait ce propos fort de faire rimer mode et technologie, qui pouvait encore sembler loin d’être évident à certains. Ce que j’ai découvert avec Federico Marchetti (le fondateur de Yoox, ndlr), c’est le pouvoir de l’imagination. J’ai vu ce que c’était d’avoir la volonté de faire et la force d’avoir la certitude que l’idée allait marcher.

Il y a cette dynamique d’une entreprise technologique avec le lancement d’une application, de solutions pour mobile ou le fait d’être l’un des premiers acteurs occidentaux à réellement entrer sur le marché chinois. L'autre point majeur de l’entreprise est sa capacité à faire évoluer son business model. Nous sommes une société tournée vers l’innovation technologique. Mais l’essentiel est que cette technologie est toujours développée pour répondre un besoin humain. La clé c’est l’humain.


Pour ses 20 ans Yoox lance l'opération "Share the Love". - Yoox



FNW : Avec la pandémie de Covid-19, qui a durement frappé l’Italie, les trois mois qui viennent de s'écouler n’ont certainement pas été les plus simples de vos dix ans chez Yoox. Comment analysez-vous cette période?

PM :
Durant ces trois mois, de manière globale, il a été constaté un basculement des consommateurs vers le digital. Même des gens qui ne consommaient pas via Internet s'y sont mis et semblent continuer à acheter en ligne. C’est un vent important qui gonfle nos voiles. Nous avons vu que les gens ont rapidement eu envie de continuer de consommer. Bien sûr, davantage de vêtements d'intérieur ou dédiés à la pratique sportive que des robes de soirée et des costumes.

FNW : Au niveau des ventes, quel a été l’impact ? Comment envisagez-vous l’ensemble de l’année 2020?

PM :
La dynamique des ventes a été favorable pour l’e-commerce. Pour le détail, nous faisons partie d’un groupe coté (Richemont) et je ne donnerai pas de perspectives pour l’année.

FNW : Concrètement comment avez-vous pu opérer?

PM :
Évidemment, notre priorité était la sécurité sanitaire des équipes. Nous avions anticipé et organisé le planning des équipes du siège pour avoir tout le monde impliqué. Nous avons dû fermer notre atelier logistique de Bologne à la mi-mars. Mais nous avons pu mettre en place des conditions de travail au-delà des normes imposées et rouvert trois semaines plus tard. Et durant la période, quasiment tout le monde a pu travailler.

FNW : Comme les achats e-commerce, les études sur les comportements consommateurs semblent noter des changements profonds de consommation. Travaillez-vous sur la location, la seconde main?

PM :
Nous sommes attentifs à ces différents thèmes. Cette période est une opportunité mais aussi une responsabilité. Cela renforce la nécessité d’avancer sur les questions sociales et écoresponsables. Nous proposons depuis 2009 une catégorie écoresponsable. Nous travaillons aussi sur l’inclusivité. Nous sommes focalisés sur l’expérience client et l’améliorons d’année en année.

FNW : La période de confinement a aussi rimé avec une accumulation de stocks importante pour les marques et les revendeurs. En tant que spécialiste de la démarque, est-ce une opportunité?

PM :
Cette situation crée une opportunité. Mais nous respectons l’activité des magasins et des grands magasins. Il y aura une opportunité d’achats, bien sûr, mais nous sommes en réflexion sur ce sujet. La particularité du "off-price" (modèle basé sur des collections antérieures à prix réduits, ndlr) est que nos clients ne viennent pas forcément chercher le dernier produit mais veulent dénicher la pièce rare, qui complètera leur vestiaire. Ce qu'ils aiment c'est "chasser" le bon produit.
 
FNW : Avec votre modèle, êtes-vous préoccupé par une transformation des rythmes de l’industrie de la mode, dont il a beaucoup été question durant le confinement?

PM :
Je pense que de nombreuses marques sont dans la réflexion. Il y a eu des annonces publiques, avec des volontés de changements sur les shows et les rythmes de production. Il y a la volonté de prendre en compte les questions des quantités produites et d'approche responsable. Mais je ne suis pas certain que toutes les marques vont revoir leur modèle. Nous travaillons avec ces marques. Pour elles, l’enjeu est d’être attentif à leur clients et de leur apporter du service. Je pense que notre business model est adapté à ce contexte.


8 by Yoox



FNW : Quel est le rôle de votre marque créée avec le concours d’une IA, 8 by Yoox?

PM :
Elle vient compléter notre mix en apportant un complément à l’offre des marques que nous proposons sur la plateforme. Ce qui est intéressant c’est que nous contrôlons celle-ci. Nous ne créons pas de surstocks ; pour le masculin comme pour le féminin, nous pouvons ajuster les quantités.

FNW : Quel est son poids dans votre offre? Envisagez-vous, comme d’autres pure players, de lancer d’autres marques basées sur cette technologie pour combler certaines catégories?

PM :
Nous ne voulons pas qu'elle devienne la marque principale de Yoox. Ce n'est pas notre modèle. Le propos est de compléter l’offre. Quand un consommateur achète une belle pièce Gucci ou Valentino, il pourra trouver un produit 8 by Yoox pour compléter sa silhouette. Pour le moment, nous n’avons pas la volonté d’avoir une autre marque qui aurait une vie à part.
 
FNW : À quoi pourrait ressembler l’entreprise et le secteur dans dix ans?

PM :
Notre univers change tellement rapidement que je ne peux pas annoncer ce que sera Yoox dans cinq ou dix ans. Mais la technologie est essentielle. Tout le monde cherche la personnalisation. Avec un univers qui est encore un peu plus digital et plus compétitif, il faudra avoir les bons outils de personnalisation mais aussi d’automatisation marketing.

L’autre point, c’est l’expérience client. Et là il faudra être excellent sur le sizing et le fiting (la taille et la coupe, ndlr). Nous avons implémenté une technologie sur ce sujet pour résoudre le problème des retours de produits. Pour le client, c’est toujours une contrainte et nous devons tendre à réduire leur nombre au maximum. Enfin l’élément clé sera de développer des solutions avec l’intelligence artificielle, de bien traiter la data. Ce sera critique car l’intelligence artificielle ouvre la porte vers de nombreuses innovations.

FNW : Dans une période où les capacités d’investissements seront sans doute limitées, ceux qui pourront investir dans la technologie auront donc un avantage considérable selon vous?

PM :
La technologie est un actif majeur. C’est un composant incontournable de votre capacité à apporter des services pour vos clients. Et cela demande en effet beaucoup d'investissements pour rester à la pointe. Nous avons toujours investi dans la technologie mais aussi dans la logistique. Et nous allons continuer à le faire. Ce sont deux éléments incontournables.
 
 
 
 
 
 

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