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Publié le
19 janv. 2023
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Paris entre Orient et Scandinavie avec Rains, Issey Miyake et Sean Suen

Publié le
19 janv. 2023

Ce jeudi, acheteurs, journalistes et fashionistas ont parcouru un Paris tantôt vidé, tantôt en proie à un trafic hystérique, du fait d'une grande journée de grève contre un projet de réforme du système des retraites annoncée par le gouvernement français. Trois maisons internationales, la danoise Rains, la japonaise Issey Miyake et le créateur chinois Sean Suen ont ainsi dévoilé leur collection, dans une ambiance inhabituelle en cette période de l'année dans la capitale française, se distinguant chacun par une vision forte.


Rains - Fall-Winter2023 - 2024 - Menswear - France - Paris - © ImaxTree




Les héros post-apocalyptiques de Rains 



Comme un symbole de l'ambiance de ce 19 janvier 2022, la population mode se pressait à l'entrée du défilé de la marque danoise dans la fraîcheur matinale, patientant devant la façade du Dernier bar avant la fin du monde, dans le quartier du Châtelet. Un clin d'œil également à la thématique du show présenté par Philip Lotko, Daniel Brix Hesselager et leur équipe. Après quelques étages gravis par un escalier de sécurité, l'audience s'installait dans une grande salle plongée dans la pénombre avec une immense hauteur de plafond. Un intense morceau de violoncelle marquait le début du show, un grand rideau dévoilant alors la salle du Théâtre du Châtelet: le catwalk et ses spectateurs étaient en fait sur la scène de la grande scène parisienne construite en 1862 et qui accueille chaque année la remise des Césars du cinéma français.

Et d'inspiration cinématographique il était largement question. Dans une ambiance sombre, portée par une bande-son tendue et oppressante, les mannequins de Rains s'élancent décidés afin de faire face aux défis d'une ère névrosée. Comme les survivants d'un cataclysme, ces garçons et filles portent des tenues futuristes parés à faire face à la rudesse des éléments comme de leurs congénères. Plus que des silhouettes, les looks en appellent à des références du cinéma d'anticipation et de science-fiction. Pour la présentation de cette collection automne-hiver 2023/24, le label spécialiste des pièces à manches a poussé le curseur dans l'interprétation de son univers.

"Notre idée était de célébrer des héros du quotidien, prêts à faire face à des situations difficiles. Notre approche n'est pas sombre et beaucoup de pièces sont colorées et même la musique est à certains moments entraînante, mais même les super-héros ont leur part d'ombre, expliquait Philip Lotko au terme du show. Bien sûr, commercialement beaucoup de pièces du défilés ne sont pas imaginables. Mais nous utilisons nos matières, les bases de nos patrons et impliquons toute l'équipe design dans le process. Cela permet aussi de libérer la créativité de l'équipe et cela se ressent sur l'ensemble de la collection".


Rains - Fall-Winter2023 - 2024 - Menswear - France - Paris - © ImaxTree


C'est une véritable galerie de personnages aux coupes déstructurées et au maquillages parfois malaisants. Il s'agit tantôt de vagabonds, rappelant La Route de McCarthy aux coupes néo-punks dressées sur le crane, portant plusieurs doudounes en strates, avec ou sans manches, des tenues kakis aux multiples poches, ou d'immense parkas frôlant le sol, le tout toujours avec des sacs aux formats surprenants permettant de conserver on ne sait quelle ressource vitale.

Tantôt, les silhouettes en appelle à des castes ou des néo-noblesses, comme dans Dune ou Star Wars. Les jeunes femmes élancées portent des robes bustiers anthracite, sans manches et dotées d'une courte traîne, le visage perdu dans une capuche noire, ou de larges manteaux bleu roi.

L'homme avance dans un grand pardessus jaune clair, en ton sur ton avec un ample pantalon en doudoune qui pourrait lui permettre de chausser des bottes de ski... sauf qu'il porte la nouvelle collaboration avec la marque de sneakers imprimées en 3D allemande Zellerfeld (qui a notamment collaboré avec Heron Preston) et qui sera prochainement commercialisée.


Rains - Fall-Winter2023 - 2024 - Menswear - France - Paris - © ImaxTree



Certaines de ces vestes sont dotées d'un col oversize qui recouvre quasiment l'intégralité de la tête... mais laissent, par une entaille au niveau des omoplates, s'échapper de longues chevelures qui flottent jusqu'au milieu du dos. Plus excentriques encore, ces doudounes courtes, longues ou même sous forme de robe, dont les manches se rejoignent en un ample cordon dans le dos des mannequins. Un duo féminin, tel de futures siamoises, est ainsi lié et contraint d'avancer aligné. 

Certains de ces personnages arborent sur l'épaule ou le poitrail, un R stylisé, tel des superhéros de demain. Pour conclure cette galerie de personnages, une mariée puissante et déterminée à marquer de sa présence la scène. Cet immense R se retrouvait embossé en grand format dans le dos de sa volumineuse robe alors qu'elle rejoignait sa tribu dans les ors du théâtre du Châtelet. Le temps d'un show, Rains a su investir un monde onirique sans pour autant perdre la trame de son identité de marque.


Homme Plisse Issey Miyake, automne/hiver 2023/24 - © ImaxTree


 

Retour au calme chez Issey Miyake


 
Retour au calme chez Issey Miyake, qui a dévoilé au Palais de Tokyo la nouvelle collection de sa ligne Homme plissé. Moment suspendu de poésie  Loin du trafic et des bouchons, la mode va de l’avant, comme si de rien n’était. La scène plongée dans la pénombre s’illumine d’une myriade de points lumineux, projetant le public dans la galaxie ou dans une troisième dimension virtuelle.
 
Les danseurs acrobates de la compagnie d’Adrien Mondot et de Claire Bardainne manient un long voile dans un délicat mouvement de vagues, en esquissant roues et roulades, tandis que des nuages s’étirent en volutes sur les parois. Les mannequins enchaînent, arpentant le podium dans leurs tenues plissées et colorées. Ils combinent pantalons courts flottants et larges shorts avec tops, chemises mi-longues et vestes légères dans différentes couleurs. Vert intense et gris taupe, orange vitaminé et kaki, violet et lime.
 
Les gilets sans manches s’allongent en tuniques, ou se transforment en combishorts. Toujours en travaillant la technique de son emblématique plissé, la maison japonaise propose des ensembles en tricot, ou dans une veine plus sportive, des pantalons et coupe-vent à capuche en nylon. Elle y explore différentes variations de plissés, plus larges dans des pardessus rouille ou bleu cendre, aplatis en diagonale dans un gilet vert menthe matelassé, froncés sur épaules et bords de certaines pièces.
 
Issey Miyake joue aussi avec les constructions, en arrondissant les épaules et la silhouettes de vestes et manteaux, en assemblant des triangles de tissu pour confectionner certains vêtements, ou en rabattant des pans en poches détachables par le biais de boutons pression. Le dressing est confortable et léger permettant une grande liberté de mouvement. Un mouvement accentué dans certains modèles par des imprimés graphiques.

Sean Suen, automne/hiver 2023/24 - © ImaxTree



Les silhouettes puissantes de Sean Suen


 
Les silhouettes sont puissantes chez Sean Suen, qui a puisé son inspiration dans la culture ancestrale du peule Yi issu des régions montagneuses du Sichuan. Le designer chinois découpe avec rigueur costumes, cabans, vestes et manteaux dans des précieux draps de laine noirs, qui sont boutonnés à droite, comme les costumes traditionnels de ce peuple.
 
D’autres éléments inspirés de leurs habits s’immiscent dans cet imposant vestiaire sartorial. A l’instar du turban surmonté d’une plume, de l’écharpe frangée portée en bandoulière, ou encore de volumineux pantalons plissés. De gros boutons bijoux métalliques ornent les silhouettes, portés en broche, sur la boucle d’une ceinture, en bagues cousues sur des gants en laine ou en clous bordant les souliers en cuir noir.
 
Le cuir, en particulier, est travaillé dans différentes textures, lisse ou avec des effets lézardés, servant à confectionner des costumes aux coupes impeccables ainsi qu’un manteau et un pantalon à l’allure de jupe. Des grandes pelisses complètent ce vestiaire à la palette sombre, illuminé par l’éclat orange d’une chemise et d’un pantalon en satin. Solennité et spiritualité semblent traverser la collection, en particulier, via les amples pantalons, qui font penser aux longues robes des moines, tout comme ce maxi manteau porté à l’envers, façon soutane.



 

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