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3 mars 2022
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Paris: retour à la légèreté avec Coperni, Gauchere, Ludovic de Saint Sernin et Isabel Marant

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3 mars 2022

L’humeur sur les podiums parisiens semblaient s’être quelque peu délestée de la gravité, qui a marqué les premiers jours de la Semaine de la mode. Si la guerre en Ukraine inquiète beaucoup les créateurs et l’influence de la pandémie est toujours présente dans de nombreuses collections, on pouvait respirer, jeudi, une petite brise de légèreté à travers des collections automne-hiver 2022/23 mêlant tenues hivernales classiques et des looks beaucoup plus sexy et débridés. Comme chez Coperni, Gauchere, Ludovic de Saint Sernin et Isabel Marant.
 

Coperni, automne-hiver 2022/23 - DR


​La cloche retentit. C’est dans un collège américain avec ses couloirs bruyants et ses rangées de casiers, que nous catapulte Coperni, de l’autre côté du périphérique parisien, esquissant une ado qui peu à peu s’émancipe. En bas de laine noirs remontés jusqu’aux cuisses, elle s’affiche au départ dans des tenues sages. Des robes, vestes et manteaux tailleur, en drap de laine sombre ou à chevrons, qu’elle appose sur sa tête en mode capuche. Ce qui lui donne parfois une allure de bonne-sœur.

Mais il ne faut pas se fier à cette fausse ingénue, qui passe son temps à gribouiller sur son sac à main ou ses escarpins et cherche par tous les moyens à personnaliser son look, en mode coquin avec un gilet cagoule diablotin ou en portant, par exemple, le jean tellement bas, qu’il finit par s’accrocher en guêtre juste au-dessus du genou.

Les chemisettes bleu ciel à écusson et mini-jupes portefeuilles laissent bientôt place à un esprit plus rebelle et gothique avec des bodys-tricots torsadés et gants assortis, des pantalons de pirate noués d’un ruban sous le genou, ou des tops et robes ras des fesses en latex ultra moulants, déclinés dans des tons pastel (jaune, rose, céleste, blanc). Elle laisse voir flancs et nombril dans les tenues croisées signature de la marque. Pour le soir, elle sort la dentelle, les chemisiers à volants, les grandes fourrures colorées et son petit sac en cristal, à la manière de Cendrillon.
 
Son petit copain passe la chercher, l’homme étant présent depuis quelques saisons chez Coperni, par le biais de capsules. Il se déplace, non en mobylette, mais avec son casque futuriste de ski de vitesse. Seul signe futuriste visible de la collection. "Cette saison, on n’a moins mis l’accent sur l’innovation et technologie. Nous voulions être dans un esprit plus calme et pur, plus que technique", expliquent en backstage les stylistes Arnaud Vaillant et Sébastien Meyer. "Cette collection est dédiée à l’Ukraine, en particulier à notre équipe sur place. Depuis un an, on travaille avec un atelier à Kiev pour la partie tailleur. On n’arrivait pas à les joindre depuis une semaine. Mais nous venons d'apprendre qu'ils sont à l’abri", glisse le duo.
 

Gauchere, automne-hiver 2022/23 - DR


Retour au cœur de la capitale, sous les arcades animées de la rue de Rivoli, face aux Tuileries. Gauchère a voulu descendre dans la rue "pour renouer avec la vraie vie et se connecter à l’extérieur". "C’est une collection très émotionnelle. On a encore du mal à se projeter dans l’avenir. J’ai voulu habiller une femme très, très réelle", souligne la styliste allemande Marie-Christine Statz, juste avant d’envoyer sur le podium, des silhouettes très masculines.
 
Les mannequins dégagent une grande force et énergie, en débardeur de soie poudré ou brassière, dans leur jean taille basse ou leur ample pantalon à pinces, flottant dans de grandes vestes d’homme aux épaules larges à rayures banquier. L’allure oscille entre style underground berlinois et rigueur minimaliste, avec des total looks monochromes alternant volumes amples, tenues près du corps ou plus fluides, avec des soies impalpables effleurant à peine la peau.
 
Le corps se dénude par petites touches, via des mini robes et top épaule(s) nue(s) ou une fente et un décolleté profond dans le dos d’une robe austère. Les hauts et jupe couleur chair se confondent avec la peau. La douceur d’une soie ou d’un cachemire double face rencontre le cuir, le vinyle ou le denim, injectant à l’ensemble une profonde vitalité, tandis que la laine bouclée s’invite dans une robe-chandail à capuche ou dans des gilets et robes peluche.
 
Comme chez Coperni, les garçons sont présents dans ce défilé, où ils endossent les mêmes complets que les femmes. "Les hommes veulent porter mes vêtements ! Depuis presque deux ans, j’ai donc commencé à élargir ma gamme de tailles", explique-t-elle, amusée par le fait que d'habitude, "ce sont plutôt les femmes qui se servent dans le vestiaire de l'homme".


Ludovic de Saint Sernin - DR


Même logique chez Ludovic de Saint Sernin, mais poussée à l’extrême. Ses tenues, des plus sexy et féminines aux plus neutres, sont portées par l’homme et la femme exactement de la même manière et sans distinction de genre, l’une étant le reflet exact de l’autre. Le créateur, qui se partage entre Paris et Londres, convie ses invités dans un sous-sol, qui se transforme en discothèque dès que les projecteurs se braquent sur la piste.
 
Pour ce retour à un show physique, il s’amuse à défiler (quasi) incognito au milieu des mannequins, dévoilant une collection équilibrée entre vêtements de jour et de nuit, mixant le typique vestiaire hivernal, dans une palette sombre de bruns, gris et noir, à des tenues beaucoup plus légères et affriolantes.
 
Manteaux, maxi jupes et pantalons en laine ou en toile, fermés par le biais de lacets, sont associés, ton sur ton, à de belles chemises, qui peuvent tout aussi bien se porter telle quelle en robe, jambes nues chaussées de bottes. De même le gros chandail col roulé à côtes se transforme en robe-tricot. La maille, encore, est utilisée pour confectionner des cache-cœurs, jupes droites, pantalons et gilets avec ou sans manches, qui caressent le corps avec douceur.
 
La nuit, les vêtements perdent de leur poids, comme cet ensemble chemisier-pantalon diaphane en soie transparente, ces robes qui rétrécissent, dénudant entièrement le dos, ou ces mini robes bustiers en python fendues latéralement très haut sur les cuisses. Des cottes de maille réduites à peau de chagrin couvrent le torse, en mouchoir suspendu à une chaîne autour du cou chez l’homme et en soutien-gorge chez la femme. Des strass illuminent tricots et débardeurs-filets. Une combinaison à larges mailles laisse voir des dessous chics. Une longue robe noire transparente ne cache rien…


Isabel Marant, automne-hiver 2022/23 - DR


Même désir de légèreté et envie de s’amuser à nouveau chez Isabel Marant, avec une collection d’une grande énergie. "C’est la ballade d’une fille bien dans ses bottes. Elle enfile une robe avec une grande veste ou un bomber par-dessus, et c’est parti pour arpenter le bitume ! C’est la fille que je voulais montrer", résume la créatrice dans les coulisses. En bande-son, un morceau de Kazu, la chanteuse du groupe culte new-yorkais Blonde Redhead, véritable muse pour Isabel Marant.
 
Les mannequins déboulent chaussées de bottes de sept lieues en cuir blanc, jaune ou rouille, en imprimé tapisserie, mais aussi bleu métallisé ou argentées. Elles y enfilent une combinaison de motard écru ou recouvertes de paillettes, des jeans ou de superbes salopettes en cuir. Mais le top, c’est de les porter jambes nues avec des robes fluides, des micro tenues peluches ou très moulantes en velours stretch. Encore mieux, juste avec un sage pull en V sur une chemise, en oubliant de mettre la jupe.
 
"J’ai pensé à des pièces faciles à porter, presque des vêtements de sport. L’idée est d’aller à l’essentiel. C’est simple, pas prise de tête, avec des textures qui clashent et un grand travail sur la couleur", poursuit la styliste, qui s’est lâchée sur les teintes vitaminées (orange pétant, bleu électrique, framboise, ocre) toutes en les intégrant dans une palette plus classique (noir, crème, marine).
 
A la fin du show, Isabel Marant sort avec un sweater  aux couleurs bleu et jaune de l’Ukraine. "Nous sommes avec les Ukrainiens de tout cœur, mais malheureusement on ne peut pas faire grand-chose, si ce n’est de les aider matériellement. Mais c’est bien peu. Le défilé est un peu une parenthèse, car on doit aller au bout. Mais demain, ce sera le dur retour à la réalité", lâche-t-elle.
 

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