×
Publicités
Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
3 oct. 2021
Temps de lecture
6 minutes
Partager
Télécharger
Télécharger l'article
Imprimer
Cliquer ici pour imprimer
Taille du texte
aA+ aA-

Pendant ce temps à Paris: Isabel Marant, Leonard, Moynat et Baccarat

Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
3 oct. 2021

Malgré le déluge venu du golfe de Gascogne engloutir la Ville Lumière, l'humeur était au beau fixe chez Isabel Marant et Leonard, sereine chez Moynat et effervescente chez Baccarat.


Isabel Marant - Printemps-Été 2022 - Prêt-à-porter féminin - Paris - © PixelFormula


Isabel Marant: des superhéroïnes en tenue de plage



Si une créatrice est connue pour sa bienveillance, c'est bien Isabel Marant ; d'ailleurs, en coulisse, ses mannequins se comportent avec elle comme avec leur grande soeur.

Pour la créatrice, imaginer une collection n'a rien de ce calvaire insupportable qui semble frapper les designers — chez Isabel Marant, l'inspiration vient avec légèreté, à l'image de son prêt-à-porter: insouciant, enjoué, lisible et, de manière générale, décontracté.

Le défilé avait peut-être lieu dans la splendeur du Palais Royal — juste avant un cocktail fort animé —, cette collection printemps-été 2022 semblait destinée presque exclusivement à la plage. De préférence au crépuscule, sous une lumière orangée mettant en valeur les amples blouses et pantalons, flottant sur la silhouette, déclinés dans des imprimés japonisants ou inspirés de l'univers du graff.

Isabel Marant comprend parfaitement la silhouette féminine — ses shorts de boxeur munis de profondes poches et ses pantalons parachute renforçaient l'allure des mannequins sans jamais les engloutir, portés avec des brassières à froufrous, des bustiers ou des mini-gilets hippie-chic d'inspiration indienne. Un début de défilé particulièrement réussi.

La créatrice française a puisé son inspiration dans des photos de femmes sportives des années 1990, capturées par le photographe suisse Hans Feurer, connu pour ses images associant athlétisme et tension érotique, à l'instar de cette collection très convaincante.


Moynat - Printemps-Été 2022 - Paris - Photo : Moynat


Moynat se réinvente



Moynat est une vénérable maison — restée un peu trop vénérable à vrai dire —, mais l'arrivée du nouveau directeur de la création Nicholas Knightly, nommé l'année dernière, laisse penser que la marque française est peut-être sur le point de prendre un nouvel élan.

Pour ses premiers pas, le designer s'est inspiré de son histoire personnelle, notamment pour son premier sac, un élégant modèle en forme de coquillage appelé Flori. Nicholas Knightly l'a baptisé d'après son cheval, un étalon de dressage abrité dans sa maison de campagne à Gloucester.

Souvent coupés dans la toile Art déco de la maison, ornée de "M" entrelacés, et fermés par des boucles en acier, ces nouveaux sacs sont empreints d'un style précis et séduisant. Mieux encore, la marque met gratuitement à disposition un service de personnalisation: un calligraphe peut peindre les initiales des clients et les rayures de leur choix. Dans la boutique parisienne, les artistes sont même capables de reproduire toutes sortes de styles rétro, élégants et gracieux.

"C'est une tradition qui remonte à l'époque où les paquebots débarquaient des centaines d'énormes malles dans chaque port. Le seul moyen pour les domestiques de reconnaître les bagages de leurs patrons, c'était d'y apposer une bande brillante et une décoration", explique Nicholas Knightly, un Anglais qui a passé près de 15 ans chez Louis Vuitton, avant d'être engagé l'année dernière pour remettre Moynat au goût du jour.
  
"J'adore travailler pour des marques patrimoniales comme Moynat", confie le directeur créatif de la marque, fondée en 1849 sur l'avenue de l'Opéra toute proche. Lorsqu'un journaliste émerveillé par un sac cabas au logo graphique sur fond noir sort son téléphone pour le photographier, Nicholas Knightly lui explique poliment qu'il s'agit de son sac personnel.

"Il y a encore beaucoup à faire, et pas mal de choses sont en préparation. Mais créer de grands sacs et accessoires implique un long délai de réalisation", explique le designer. Quand on lui demande pourquoi il n'existe pas encore de valise à roulettes chez Moynat, il nous explique que, comme les marques de luxe préfèrent dessiner elles-mêmes chaque élément de chaque produit, le premier modèle du genre devrait être dévoilé dans environ 12 mois.

Mais la marque devrait songer à rénover dès maintenant son flagship, dont les extérieurs en verre bordeaux terne rappellent un cabinet dentaire. Il y a donc encore beaucoup de pain sur la planche — mais le cap semble bon pour Moynat.


Leonard - Printemps-Été 2022 - Prêt-à-porter féminin - Paris - Photo : Leonard


Leonard: Néfertiti sur la Loire



Les Français ont toujours eu un penchant pour l'Égypte antique, depuis l'expédition de Napoléon en 1798. C'est un français, Jean-François Champollion, qui a réussi à déchiffrer les hiéroglyphes, devenant ainsi la première personne du monde moderne à comprendre les écrits de cette civilisation ancienne.

Cette admiration se poursuit aujourd'hui chez Leonard, où le créateur Georg Lux multiplie les références au pays des pharaons dans une collection consacrée à la fête, dévoilée par le biais d'une vidéo capturant les mannequins s'ébattant autour d'une piscine et d'un château dans la vallée de la Loire.

Georg Lux a imaginé de superbes imprimés coptes avec des frises dentelées et des fleurs du désert et les a transformés en robes à col en V idéales pour rester au bord de l'eau, en hauts et en pantalons.
 
Il a également puisé dans les archives un imprimé de dahlias particulièrement étonnant, utilisé sur plusieurs robes courtes en lycra brillant. La maison a par ailleurs développé un nouveau monogramme en "L" entrelacés, que l'on retrouve sur les polos masculins et sur les blazers féminins en jersey doux. Ainsi que sur un top transparent, confectionné en chaînette.

"Si vous le portez au soleil, vous vous retrouverez avec un logo en négatif sur la poitrine", prévient Georg Lux en riant.


Des réinterprétations du verre "Harcourt" de Baccarat - Instagram : @baccarat

 

Baccarat resplendit de mille feux grâce aux jeunes créateurs


 
Le moins qu'on puisse dire, c'est que Baccarat aime prendre des risques. Cette semaine à Paris, l'entreprise a dévoilé une série de verres en cristal surréalistes et pop, imaginés par un groupe éclectique de créateurs invités à rendre hommage à son célèbre verre Harcourt. 

Jeudi, la maison française a présenté les 11 jeunes talents et leurs visions du Harcourt, un gobelet à six facettes qui fête cette année son 180e anniversaire. Des créatifs comme le DJ ultra-branché Honey Fucking Dijon, ou Benjamin Benmoyal, la star du nouveau centre de création de La Caserne à Paris, ou encore Tom Van der Borght, le lauréat du dernier Festival de Hyères.

Les pièces de Victor Weinsanto, dont le verre "Harcourt Queer" ressemble à un cœur battant, ou le "Harcourt Family" de Charles de Vilmorin, dont les sublimes illustrations de poissons nagent paisiblement dans le verre taillé, captaient la lumière dans le magnifique hôtel particulier de Baccarat, place des États-Unis. Mira Mikati, une designer née au Liban et élevée à Paris, a imaginé "Harcourt Pop", une série de verres néo-Memphis recouverts de crochet.  
 
D'autres créateurs innovants ont participé au projet, comme Imane Ayissi, Clara Daguin, Jarel Zhang, Kévin Germanier et Yoshikimono. Une initiative spirituelle et un brin impulsive, mise sur pied par Laurence Benaïm, la plus célèbre historienne de la mode en France. 

Cette exposition intervient deux semaines après l'annonce par Baccarat de solides résultats financiers, ses revenus du premier semestre 2021 ayant dépassé les niveaux pré-pandémiques, avec une hausse de 19,9% à 86,6 millions d'euros. Il est rassurant de constater que la grande dame de la verrerie française a retrouvé un état d'esprit aussi combattif.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
© 2021 FashionNetwork.com