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Pierre-André Cauche (IKKS) : "L'entreprise ressort plus forte, assainie et plus affûtée"

Publié le
today 4 juin 2019
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Alors que son projet de restructuration financière vient d’être homologué au terme d’un long processus, le groupe IKKS entame une nouvelle phase soutenue par ses ex-créanciers devenus propriétaires. Désormais aux mains d'un consortium de porteurs de l'emprunt obligataire de 320 millions d'euros emmené par Avenue Capital, CarVal Investors et Marathon Asset Management, la société française de prêt-à-porter qui développe les marques IKKS, One Step et I.Code a une nouvelle assise financière et un nouveau plan de développement pour les cinq ans à venir. Maintenu, l'exécutif amorce donc une nouvelle phase sur laquelle le PDG, Pierre-André Cauche, s'est exprimé auprès de FashionNetwork.com.


Pierre-André Cauche - IKKS


FashionNetwork.com : Après une longue attente, vous avez annoncé ce 3 juin l'homologation du plan de restructuration financière du groupe IKKS et, en conséquence, le passage entre les mains des détenteurs de la dette. Après cette période d'incertitude, quel est le message que vous portez aujourd'hui ?

Pierre-André Cauche : Nous avons en premier lieu voulu informer nos équipes ce 3 juin, avant officialisation publique, pour leur délivrer un message qui soit équilibré et plutôt positif, sans effacer bien sûr le contexte qui était le nôtre, les efforts que l'entreprise a dû faire pour parvenir à cette solution. Plutôt positif car une solution a été trouvée et cela va permettre de faire avancer cette belle aventure qu'est IKKS. Une aventure qui dure depuis longtemps et entretient une relation fidèle avec des clients qui ont un vrai attachement. Il y avait eu une longue période portée par le groupe Zannier et depuis 2014, hélas, une instabilité avec trois changements d'actionnaires. Mais malgré tout cela, le projet reste beau !

FNW : La période a néanmoins été difficile pour IKKS jusqu'à cette homologation de la nouvelle structure financière...

PAC : Dans cette belle aventure, il y a eu cet incident à la suite de la prise de participation de LBO France, suivi d'un mauvais exercice 2016. Depuis, la priorité des priorités était devenue la réduction de la dette. Cela faisait 18 mois que nous étions mobilisés par cette recherche de solution et la volonté de limiter l'effet de halo négatif qui aurait pu en résulter. Evidemment, il y a eu des points de tension, mais nos interlocuteurs ont globalement montré beaucoup de bienveillance vis-à-vis de l'entreprise. Je pense que l'entreprise en ressort plus forte, car assainie en termes financiers, mais aussi plus affutée, car nous avons travaillé dur à renouer avec la croissance, notamment pour le prêt-à-porter féminin, pour vraiment améliorer nos performances.

FNW : Quelles sont les perspectives pour IKKS ?

PAC :
Elles sont bonnes dans la mesure où, maintenant cette restructuration financière passée, l'ensemble des équipes va pouvoir se consacrer pleinement à son coeur de métier. Même si bien sûr il y aura du reporting aux actionnaires, le management va pouvoir avancer sur la feuille de route fixée. Après une bonne année 2018 par rapport au reste du marché, 2019 démarre bien également avec une croissance de +4,3 % en comparable à fin avril. Toutes les marques adultes sont en croissance sur le retail et le digital, avec même une progression forte pour la femme et à deux chiffres sur l'été.

FNW : Qu'en est-il alors du canal wholesale ? Et de l'enfant ?

PAC : Le wholesale reste le seul canal négatif, il représente aujourd'hui 10 % de l'activité du groupe. Et l'enfant est un marché très difficile... Le segment reste en négatif chez nous, même si cela s'atténue un peu sur les premiers mois de 2019. Remobiliser l'enfant est un des axes de notre plan. Nous avons déjà commencé un diagnostic à 360 degrés et nous comptons réinventer cette catégorie en 2020, après avoir validé la stratégie sur des boutiques test dès l'automne-hiver prochain. C'est le dernier segment à faire ce travail, après la femme avec succès puisqu'elle avait renoué avec la croissance dès 2017, et l'homme également, qui a mis plus de temps, mais qui a suivi et est nettement dans le positif depuis deux saisons. Comme pour la femme en 2019, avec la campagne portée par Laetitia Casta, ce travail sur la marque homme sera d'ailleurs amplifié par une prise de parole et une action en 2020.

FNW : Quelle est aujourd'hui la priorité fixée avec les nouveaux actionnaires ?

PAC : 2019 est une année fondatrice en quelque sorte pour nous. Nous sommes tournés vers l'efficacité : la priorité, c'est le « like for like » évidemment (croissance comparable ndlr). Mais si on regarde ce que nous avons prévu sur trois à cinq ans, le développement international devra être fort, pour porter sa part à 40 % du chiffre d'affaires à terme, et ce dans un contexte de croissance attendue en France, ce qui sera un beau challenge. Nous devrons amener l'expérience omnicanale à chaque client et donc pousser le digital de 10 à 25 % des ventes, et, bien évidemment, nul ne sert de se cacher : défendre notre niveau de profitabilité, ce qui est un enjeu fort. L'objectif fixé est de porter de 10 à 15 % la marge d'Ebitda. 


Boutique IKKS du boulevard des Capucines à Paris - IKKS


FNW : En ce qui concerne cette profitabilité recherchée, vous aviez amorcé une rationalisation du réseau (800 points de vente : 200 corners, 300 succursales et 300 franchisés). Quelques dizaines de fermetures ont eu lieu, vont-elles se poursuivre ?

PAC : De façon plus aigüe depuis 18 mois oui, nous avons passé le réseau au microscope. En cherchant d'abord comment redynamiser certains points de vente, avec des efforts intenses, et parfois, faute de résultats, des fermetures oui, en France, mais aussi dans d'autres pays européens. Nous aurons ainsi assaini le réseau prochainement, cette actualisation aura pris deux ans.

FNW : Comment s'articulera d'ailleurs le reporting, la relation avec les nouveaux actionnaires ? Et peut-on craindre une nouvelle instabilité lorsque ce sont des créanciers qui reprennent la main ?

PAC : Les nouveaux propriétaires n'ont pas vocation à diriger l'entreprise. Nous allons travailler avec un conseil de surveillance composé d'experts de notre industrie qu'ils s'apprêtent à nommer le 20 juin prochain. Celui-ci travaillera avec notre comité de direction créé il y a deux ans maintenant et qui est bien en place ! Quand au futur, je ne suis pas devin, mais effectivement le métier des fonds de dette est de faire une plus-value. Néanmoins, nous avons pu compter sur les trois fonds qui ont pris la tête du consortium dès le départ, ils nous ont permis de discuter facilement et d'emporter l'adhésion de l'ensemble des bond-holders. L'un de ces fonds est d'ailleurs engagé à hauteur de 40 %, c'est un signal fort de confiance ! En toute logique, leur présence à nos côtés est prévue entre trois et cinq ans, nous verrons ensuite. Pour l'instant, nous allons pouvoir nous reconcentrer pleinement sur IKKS !

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