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Fashion Jobs
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4 janv. 2021
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Plus de 7.000 postes menacés ou supprimés dans le secteur français de la mode en 2020

Publié le
4 janv. 2021

Sur le marché tricolore du textile-habillement, dont les ventes ont chuté en moyenne de 20% en 2020 selon l’IFM, plus de 7.300 personnes ont vu leur poste supprimé l'an dernier – où sont en passe d’être licenciés -, selon les calculs de FashionNetwork.com*. Affaiblie structurellement depuis plus d’une décennie et ébranlée par la crise du Covid-19, qui a occasionné la fermeture des réseaux pendant près de trois mois, la distribution mode (habillement, accessoires, chaussure) est l’un des secteurs d’activité qui a annoncé le plus de vagues de suppressions de postes en France, en 2020.


Cessions, PSE et restructurations : de grands noms de la distribution mode ont réduit la voilure en 2020 - FashionNetwork


Alors qu'une nouvelle année débute, il apparaît important d’effectuer cette rétrospective plutôt douloureuse, non pas pour souligner les difficultés de chacune des entreprises citées, mais afin d’en évaluer le coût social. Précisons en outre que des licenciements annoncés en 2020 ne seront effectifs qu’en 2021, et que certains plan annoncés sont lissés sur plusieurs mois.


Shutterstock


Changements de main en série chez les enseignes poids lourds

Parmi les acteurs phares de la distribution mode en France, six enseignes sont passées par la case redressement judiciaire l'an dernier. Si des offres de reprise ont été validées par les tribunaux de commerce, de nombreux postes n’ont pas été conservés par les repreneurs.

Cela concerne ainsi environ 1.900 personnes chez l’enseigne de mode familiale La Halle, qui a quitté le giron du groupe Vivarte cet été (actifs repris par Beaumanoir et Chaussea notamment). Mais aussi près de 900 postes chez le spécialiste de l’enfant Kidiliz, dont seulement un petit périmètre a été conservé par le biais de plusieurs offres cumulées (formulées entre autres par ÏD Kids et CWF).

Trois acteurs du prêt-à-porter féminin moyen de gamme ont subi le même sort: la chaîne féminine Camaïeu, reprise par la Financière Immobilière Bordelaise, a laissé sur le côté 487 salariés, tandis que l’enseigne de mode senior Un Jour Ailleurs a vu son plan de cession ne concerner que 98 salariés, ce qui a occasionné la suppression de près de 450 emplois. En outre, pour Naf Naf, acquise par son fournisseur SY International, ce sont 226 postes qui n’ont pas été repris. Enfin, chez André, 188 emplois n’étaient pas concernés par l’offre de rachat de son ancien patron François Feijoo, qui a été validée fin juillet.


Orchestra


Les sociétés reprises par leur patron



Trois distributeurs, visés eux aussi par un redressement judiciaire en 2020, ont pu être repris à la barre du tribunal par leur direction actuelle, effaçant leur dette et resserrant leur périmètre au passage.

Le géant de la mode enfant Orchestra-Prémaman va ainsi se relancer sous l’impulsion de son fondateur Pierre Mestre, mais avec 600 personnes de moins à bord. Le spécialiste de la maille et du tricot Phildar bénéficie d’une nouvelle stratégie pensée par son patron Eric Vandendriessche, toujours épaulé d’actionnaires de la famille Mulliez: 125 postes n’entrent pas dans ce périmètre. Tout récemment repris Jöel Toulemonde, son président de longue date, le groupe Verywear a conduit plus tôt dans l’année un PSE portant sur la suppression de 109 emplois.


Le siège du groupe Royer à Fougères, enIlle-et-Vilaine. - Groupe Royer


Réduire la voilure au siège



D’autres entreprises du secteur ne sont pas passées par la case judiciaire mais ont décidé de se réorganiser pour mieux affronter la tempête. Ces PSE touchent principalement les sièges sociaux pour deux d’entre elles, à savoir le groupe breton Royer, spécialiste de la chaussure (200 postes menacés dans les différents sièges et entrepôts), et l’enseigne de mode féminine Promod (83 emplois supprimés au siège à Marcq-en-Barœul, dans le Nord, et à la logistique).

Selon la CFDT, le chausseur Repetto préparerait également un PSE portant sur 51 postes (sur 240), dont 35 emplois liés à la société Repetto (fonctions support et production) et 16 à la structure Repetto Retail, qui pilote le réseau de boutiques.

Enfin, 22 personnes (pôle création et production) se sont vues licenciées lors de l’acquisition à la barre du tribunal du groupe de mode pour homme et femme Dellalui, repris par son fournisseur chinois Dandong Huayang Textile & Garnment, associé à deux de ses cadres.


Magasin Celio présentant le concept le plus récent - Celio


Des fermetures de boutiques



Pour d’autres, les plans sociaux divulgués concernent principalement le parc de magasins. L’enseigne de mode masculine Celio a ainsi annoncé la fermeture de 102 points de vente en France, menant au licenciement de 383 personnes (344 en boutique et 39 dans les fonctions support).

En février dernier, la marque de prêt-à-porter homme OllyGan a elle aussi décidé de se restructurer en baissant le rideau de 21 magasins. 64 postes ont fait l’objet d’un PSE.

En juin, le groupe Damartex a indiqué qu’il allait se séparer de trois magasins Damart et revoir son portefeuille de marques, conduisant au licenciement de 195 personnes, dont 159 en France (contre 25 postes créés).

Un nom historique du retail a aussi disparu cette année, Tati, dont il ne restait déjà plus depuis un an que son navire amiral du boulevard Barbès à Paris. Un point de vente qu’a finalement décidé de fermer l'été dernier le groupe Gifi, son propriétaire depuis 2017. 34 emplois y sont supprimés.


Le magasin de Strasbourg, que compte fermer le Printemps. - DR


Les grands magasins se restructurent



L’année 2020 a été particulièrement difficile aussi pour les grands magasins, privés de leur clientèle internationale. Le groupe Printemps entend fermer 7 de ses 27 points de vente, ce qui concerne 428 emplois selon la direction. Ce sont plutôt 600 à 800 emplois qui sont en danger selon la CGT, qui interpelle sur le sort des démonstrateurs de ces points de vente, qui sont employés directement par les marques. A noter que certaines de ces adresses cherchent un nouvel acquéreur, qui pourrait le cas échéant conserver une partie du personnel.

Chez le voisin des Galeries Lafayette, 185 postes au total sont menacés: un plan de départ de 132 personnes est envisagé au siège, tandis que 43 emplois vont être supprimés dans le réseau Lafayette Voyage, dont la dizaine d’adresses va baisser le rideau.

Le repli des marques internationales



En octobre, le géant Gap a annoncé qu'il allait se retirer du continent européen. Et donc y fermer ses boutiques, dont 19 sont installées sur le marché français, une filiale qui compte 337 salariés.

Quelques semaines plus tard, c'est Abercormbie & Fitch qui décidait de se retirer des Champs-Elysées, une adresse phare que la marque américaine avait inaugurée en 2011. Le nombre de salariés concernés n'est pas connu.

En début d'année 2020, l'enseigne néerlandaise C&A a également dévoilé son intention de fermer 30  magasins sur le sol tricolore, menaçant 200 postes. En 2019, 14 points de vente français avaient déjà fermé leurs portes.

Le groupe H&M étudie quant à lui une restructuration de son siège en France, qui pourrait toucher jusqu’à 66 postes dans ses bureaux parisiens.

Enfin, il faut signaler la stratégie de resserrement du parc du groupe espagnol Inditex. Un plan qui inclut la fermeture de 1.200 adresses à travers le monde, surtout ses petites surfaces de vente. On ne connaît pas encore son impact sur le marché hexagonal, mais c'est à surveiller.


Aventure des Toiles


Quand les marques disparaissent



Dans le paysage mode, plusieurs liquidations judiciaires ont aussi été prononcées l'an dernier. C’est le cas de la marque de souliers historique JB Martin, dont le clap de fin intervenu en juin a laissé sur le carreau quelque 120 personnes. La marque, uniquement son nom, a été reprise il y a peu par le groupe Spartoo qui compte la redéployer. Mais sans aucun de ses anciens salariés.

Il faut aussi signaler la liquidation cette année de la marque féminine Aventures des Toiles (32 postes supprimés) et le groupe de lingerie Barbara (qui n’employait plus que 7 personnes).

Et cette année ?



Durant les mois à venir, la santé des entreprises de mode dépendra en partie de la persistance des restrictions pour lutter contre la propagation du virus, mais aussi des intentions d’achat des consommateurs. S’y ajoute l’un des paradoxes les plus marquants de cette période de crise: malgré de sévères chutes d’activité, jamais aussi peu d’entreprises françaises se sont déclarées en faillite.

Selon la Banque de France, le nombre de défaillances a chuté de 33% en 2020 (à fin novembre). Les observateurs redoutent pour 2021 une très forte recrudescence d’ouvertures de procédures judiciaires, beaucoup de sociétés étant maintenues artificiellement à flot grâce aux dispositifs de l’Etat (chômage partiel, prêt garanti, facilités de l’Urssaf…). Ce qui pourrait donc occasionner de nombreuses autres suppressions de postes, y compris dans le secteur mode.

*Ce calcul a été effectué d'après les informations portées à notre connaissance et notre travail d'investigation. Il ne saurait donc être exhaustif.

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