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10 juin 2016
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Pour son deuxième film, Frédéric Beigbeder cible le monde "moche" de la beauté

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AFP
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10 juin 2016

Pour son deuxième film, Frédéric Beigbeder, écrivain, réalisateur et directeur du magazine "Lui" plonge dans l'envers du décor du monde de la beauté, avec une satire transparente d'une célèbre multinationale de cosmétiques baptisée "L'Idéal".

 


Le casting de très jeunes filles russes, propulsées dans le monde du mannequinat et gavées de drogue et d'alcool fournit la toile de fond de "L'Idéal", tiré de son roman "Au secours pardon", en salles mercredi.

Beigbeder s'inspire, comme pour le fameux "99 francs", adapté au cinéma par Jan Kounen, de son expérience: il s'est lui-même beaucoup frotté au monde de la mode et aux agences de mannequins pour le magazine "Lui", et a interrogé des "model scouts" à Kiev, Moscou ou Paris.

Les "model scouts" -rien à voir avec les boy-scouts- sont des poissons pilotes de la mode, qui vont chercher les futures vedettes du mannequinat au berceau, de préférence "caucasiennes" (comprenez: blanches).

Le héros du film est joué par Gaspard Proust, sorte de double de Beigbeder, y compris physiquement (cheveux mi-longs, barbe ...), qui était déjà à l'affiche de son premier film "L'amour dure trois ans".

Il incarne Octave Parango, l'ancien concepteur-rédacteur de "99 francs", reconverti en "scout" pour le compte d'une agence russe de mannequins.

Le voici lancé à la recherche de l'égérie numéro 1 de la multinationale "L'Idéal": il faut une jouvencelle d'à peine 15 ans, fraîche et innocente, pour faire oublier la "sextape" scandaleuse circulant sur le net où l'ancienne égérie déguisée en nazi se livre à des "turpitudes" sexuelles sur un malheureux partenaire baptisé "Pologne".

Pour sa recherche, Octave Parango est flanqué de la responsable "création visuelle" de L'Idéal, une certaine Valentine Winfeld aux allures d'Anna Wintour, la célèbre rédactrice en chef du magazine américain Vogue. La rousse Audrey Fleurot incarne cette workalcoholic hystérique, vouée corps et âme à L'Idéal. C'est un peu "Le diable s'habille en Prada" version cosmétiques.

Le couple mal assorti vogue de fêtes délirantes en castings pour trouver la perle rare, qui se trouvera être la propre fille d'Octave, dont il ignorait jusqu'à l'existence.

Mené bon train en 1h30, le film traite avec la même légèreté tous les sujets: fêtes d'anthologie où coule la vodka et où circulent des bassines de coke, collaboration de la multinationale pendant la guerre, relents d'admiration pour le Reich et esclavage moderne des jeunes Russes par le monde de la mode.

Le réalisateur, qui revendique le caractère autobiographique de certaines scènes, reconnait passer "son temps à exposer ses contradictions dans tout ce qu'il fait". "Je suis fasciné par la beauté de toutes ces filles et en même temps j'ai honte de ce système, je trouve que c'est une oppression dangereuse, totalitaire, raciste et sexiste", souligne-t-il.

Le film n'a pas la violence de "The Neon Demon", le thriller érotico-fantastique de Nicolas Winding Refn qui traite aussi de la dictature de la beauté: son ironie permanente désamorce la charge politique.

Reste une forme d'autoportrait très en phase avec l'époque et qui ne se prend jamais au sérieux. Le plus drôle est à la fin, lorsque Beigbeder, grand fêtard devant l'éternel, prône la simplicité d'une vie contemplative dans une isba au bord de l'eau!

Par Marie-Pierre Ferey

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