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Priscilla Jokhoo (FFPAPF) : "Aujourd’hui, les jeunes marques sont plus agiles et authentiques"

Publié le
29 mai 2020
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6 minutes
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A la tête du service Entreprise de la Fédération Française du prêt-à-porter féminin (FFPAPF) depuis huit ans, Priscilla Jokhoo explique à FashionNetwork.com comment elle aide les jeunes marques à se structurer, en particulier à travers le programme Talents qu’elle a mis en place il y a trois ans et dont la quatrième promotion vient d’être lancée cette semaine. L’occasion de faire le point sur la situation de ces labels émergents et sur leur résilience en temps de coronavirus.


Priscilla Jokhoo - FFPAPF


FashionNetwork.com : Quel est votre rôle au sein de la FFPAPF ?

Priscilla Jokhoo :
Ma mission principale est d’accompagner les marques émergentes en phase de structuration. C’est-à-dire des entreprises en phase d’amorçage et de première croissance avec une moyenne d’âge de cinq ans et un chiffre d’affaires allant de 0 à 10 millions d’euros, soit 900 000 euros à 1 million en moyenne. Nous accompagnons entre 50 et 75 marques par an. C’est du coaching individuel personnalisé, qui se traduit par 200 à 250 rendez-vous sur un an.

FNW : Comment aidez-vous ces labels ?

PJ :
Nous passons tout en revue. La stratégie globale de l’entreprise, sa politique de distribution, le positionnement sur le marché, la plateforme de marque, son identité, les opérations marketing pour faire en sorte que ces jeunes labels s’expriment correctement en lien avec leurs valeurs. Sans oublier le volet du financement pour leur croissance, comment aller chercher les bons interlocuteurs au bon moment, etc.

FNW : C’est aussi ce que vous faites avec Talents, comment est né ce programme ?

PJ :
J’avais noté des manques dans notre démarche habituelle et, surtout, nous n'avions pas toutes les compétences en interne pour répondre à l'ensemble des problématiques évoquées par les dirigeants. C’est ainsi qu’en 2017 est née l’idée de Talents, un programme pensé sur un an, de septembre à juillet, auquel peuvent accéder cinq à six marques. Nous avons lancé lundi l’appel à candidature pour la quatrième promotion. Jusqu’à présent seize labels sont passés par ce dispositif.

FNW : Quelles sont les particularités de Talents ?

PJ :
C’est un programme d’accélération organisé autour de cinq piliers. Tout d’abord, chaque marque bénéficie d’un ‘coaching business’ animé par deux experts, en général un directeur général et un directeur financier, qui les encadrent de manière très serrée. Elles sont aussi accompagnées par un ‘coaching expert’, choisi en fonction de leurs besoins et du diagnostic posé en début de programme, où l’on va déceler des chantiers prioritaires tels que digital, communication, sourcing, production, marketing, etc. On fait un état des lieux à mi-parcours. Trois formats d’accompagnement collectifs complètent le programme.

FNW : Lesquels ?

PJ 
: Il y a d’abord les masterclass, soit cinq matinées dans l’année consacrées à différentes thématiques avec un ou plusieurs experts. Il y a ensuite ‘les communautés’. Ce sont cinq moments en soirée organisés avec l’ensemble des marques et des promotions. Nous invitons aussi quelques personnalités extérieures mais c’est surtout un vrai moment d’échanges, chacune ayant des compétences qui peuvent être mutualisées. Enfin, il y a trois rencontres importantes avec le 'Comité de suivi, un groupe d’une quinzaine de personnalités du secteur avec des profils très différents, tels Alix Morabito des Galeries Lafayette, Pascal Conte-Jodra, DG de Mugler et ex-coach du programme ou encore le fondateur du Slip Français Guillaume Gibault. Ils jouent les mentors avec beaucoup de générosité et bienveillance donnant des conseils constructifs.

FNW : Quel bilan dressez-vous des premières promotions de Talents ?

PJ :
Cela a été un joli succès, en tout j'en suis très fière. Les marques sélectionnées à Talents depuis 2017 ont dans l’ensemble continué à se développer en ayant pu asseoir une vraie stratégie. Certaines se sont distinguées dans des grands concours, telle Atlein d'Antonin Tron avec le grand prix de l’Andam ou encore d'autres à travers de magnifiques collaborations nouées avec Monoprix, la Redoute, Sarenza et Nike, tels que Côme Editions ou Maison Château Rouge.

FNW : Où se situe Talents par rapport aux autres dispositifs mis en place en France pour les jeunes marques ?

PJ :
Aujourd’hui, il y a un écosystème assez complet sur l’accompagnement. Avec les Ateliers de Paris, par exemple, incubateur de la ville de Paris, Talents, qui accompagne les labels émergents dans leur première phase de croissance, l’IFM Label, qui s’adresse aux marques plus avancées mais aussi plus couture, et l’Accélérateur Mode & Luxe avec Bpifrance orienté sur des marques de plus de 2 millions de chiffre d'affaires. A noter que ce dernier dispositif, tout comme l'IFM Labels et Talents sont financés par le DEFI, sans qui ce type de soutien ne pourrait exister. Ce panorama couvre différents stades de développement sans empiéter les uns sur les autres. 

FNW : Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les jeunes marques ?

PJ :
Le discours de marque n’est pas toujours très clair. Ces entrepreneurs créatifs savent ce qu’ils veulent faire, mais ils ont la tête dans le guidon. Il y a un problème de compétences. Ils se construisent sans avoir d’emblée tous les codes, les process, les réseaux. Notre rôle est de les emmener plus loin dans leur réflexion, leur faire prendre du recul.

FNW : Comment ces jeunes entreprises ont-elles affronté la crise actuelle ?

PJ :
La situation n’est pas des plus roses, mais personne ne s’est laissé abattre. Chacun s’est montré très créatif à tous les niveaux. Honnêtement, dans l’ensemble, j’ai trouvé les marques très combatives et motivées pour inventer toutes sortes d’initiatives. Cette manière de les voir réagir m’a donné confiance. Les marques 100% wholesale ont été sans doute les plus touchées. Il est clair que ce ne sera pas très facile avec la distribution wholesale dans les prochains mois, mais la plupart des labels sont présents sur des plateformes.

FNW : Comment voyez-vous le marché aujourd’hui ?

PJ :
Il y a beaucoup de concurrence, mais il y a aussi beaucoup plus de diversité dans l’approche des modèles de business. Aujourd’hui, les jeunes marques sont plus agiles et authentiques dans leur démarche, avec des partis pris qui sont plus forts. Ces partis pris de la part de ces entrepreneurs sont beaucoup plus incisifs et c’est ce qui marche le mieux. Ils savent où ils veulent aller et ce sont ces modèles qui réussissent. Il est important de suivre son instinct d’entrepreneur. Parallèlement, cet instinct est devenu de plus en plus important car les entrepreneurs créateurs ont beaucoup plus d’outils à disposition.

FNW : Le rôle joué par la communauté développée par ces marques est essentiel aussi ?

PJ :
Les jeunes marques sont très proches de leur communauté et en cela dépendent un peu moins des Fashion Weeks et des calendriers traditionnels. Le média privilégié est Instagram, elles sont nées avec. Cette grande proximité avec leur communauté leur permet de s’adapter très rapidement et vite. Le time to market s’est raccourci, alors que le B2B traditionnel court sur six mois. C’est une autre prise de risque, mais le fait de cumuler différents réseaux comme le retail, le B2B et l’e-commerce permet de mieux s’adapter et gérer des situations comme celle que nous vivons actuellement.

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