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Procos détaille ses mesures pour éviter les fermetures de commerces

Publié le
30 juin 2020
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4 minutes
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Alors que la crise du Covid-19 ébranle les enseignes de tous secteurs, et qu'un grand plan d'aide doit être finalisé par l'État en septembre, la Fédération pour la promotion du commerce spécialisé (Procos) formule douze propositions afin d'assurer la redynamisation du commerce spécialisé. Elle s'est rapprochée du cabinet EY pour faire naître un livre blanc sur la question, qui dresse en préambule un constat implacable : si aucune mesure n'est prise, 50 000 magasins (sur 350 000 en France) pourraient baisser le rideau dans l'Hexagone dans les prochains mois. Ce qui entraînerait la suppression de 150 000 à 300 000 emplois en 2020/21.


Le secteur du commerce spécialisé craint la perte de 10 à 20% de ses emplois d'ici fin 2021. - Pixabay


Le commerce spécialisé a connu un premier semestre 2020 bien délicat, avec une chute d'activité de 31,8 % en moyenne. 50 à 60 milliards d'euros de chiffre d'affaires ont été perdus, et beaucoup d'incertitudes demeurent quant au niveau de consommation futur. Des entreprises déjà affaiblies connaissent déjà des défaillances, notamment dans le secteur de l'habillement (André, Orchestra, La Halle...).


Projections d'évolution des ventes dans l'habillement et la restauration en 2020 - Procos EY


Il faut dire que le modèle économique des enseignes, sous très forte tension, est "trop souvent limité à son chiffre d'affaires, note Olivier Macard, associé chez EY. La base de coûts engagés, avec des frais fixes élevés, est à prendre en compte". La structure du besoin en fonds de roulement pèse en effet très fortement sur la trésorerie des entreprises dès la moindre baisse d’activité. La marge, de plus en plus réduite (3 à 4 % dans l'habillement, ndlr), doit supporter des frais importants, puisque le secteur a aussi besoin de se réformer en profondeur (omnicanal, digital, RSE...). "On estime que 5 à 6 % du chiffre d'affaires est nécessaire en investissement pour mener ces transformations. Soit un effort de 9 à 15 milliards d'euros par an pour le secteur", livre la directrice générale de Kaporal, Laurence Paganini, qui tenait aujourd'hui sa première conférence en tant que présidente du Procos. Mais comment investir quand on lutte pour sa survie ?

Un risque d'effondrement du commerce spécialisé



Les difficultés constatées poussent la Fédération à parler pour la première fois d'un risque d'effondrement du commerce spécialisé. Un panel d'aides a déjà été débloqué pendant la crise (PGE, chômage partiel...), mais il ne sera selon elle pas suffisant. Le livre blanc estime par exemple qu'à fin 2020, 68 % des indépendants du commerce d'habillement afficheront un Ebitda inférieur à 2 % de leur chiffre d'affaires. Ils n'étaient que 26 % dans ce cas de figure fin 2018. Une situation qui les condamne bien souvent. Pour les enseignes, une perte de 6 à 10 points d'Ebitda est estimée pour la fin d'année, assortie d'un résultat négatif de -5 à 0 %. Un choc violent qui pourrait conduire à la disparition de 10 à 20 % des effectifs du commerce tricolore d'ici fin 2021.


De nombreux commerces de mode vont devoir faire face à une marge trop faible à fin 2020. - Procos EY


Parmi les douze mesures avancées par Procos et EY, figurent cinq points ayant trait aux finances, à savoir l'exonération des charges sociales patronales (à minima pour quatre mois), un moratoire de deux ans pour le remboursement des prêts garantis par l'Etat (PGE), la suppression ou la modulation de certains impôts de production, mais aussi le fait de faciliter les reconfigurations de réseaux (en gommant les freins aux cessions de magasins). Inciter les foncières à effacer les loyers s'impose toujours. Sur ce dernier point, "les discussions restent difficiles aujourd’hui, les risques sont loin d’être écartés, évalue Emmanuel Le Roch, délégué général de Procos. Le fait que les bailleurs accompagnent bien leur locataire dans une période aussi dangereuse sera déterminant pour que les magasins franchissent cette étape et soient en capacité d’investir sur l’avenir et de rester des locataires fidèles dans les prochaines années."


La transformation omnicanale des commerces doit aussi être prise en compte. - Livre blanc Procos EY


Le document décline ensuite trois leviers liés à la relance de la consommation, dont le déblocage défiscalisé des PEL et des plans de participation ou d'intéressement pour encourager la 'désépargne'. Ou encore le déploiement de "chèques commerces solidaires" abondés par l'État et les employeurs. Enfin, parmi les quatre mesures ayant trait à l'avenir des entreprises, se trouve la volonté de débloquer des subventions pour les investissements de transformation du commerce, et de mettre en place une politique volontariste d’aides aux collectivités locales (renforcement du programme "Action Coeur de Ville", accélération de la rénovation de zones commerciales prioritaires, formation et recrutement de 500 managers de territoires par an sur 4 ans, mise un place d’un dispositif de type "Pinel" en faveur des locaux de commerce).
 
Pour finir, le spectre d’une crise pluridimensionnelle n'est pas écarté par Procos et EY : elle induit "une tension économique avec de nombreuses entreprises fragilisées ou en faillite, une détresse sociale due aux pertes d’emplois massives et à un pouvoir d’achat en berne, une aggravation des fractures entre territoires et un risque de perte de souveraineté française face aux géants étrangers". La consommation au second semestre et la teneur du plan dévoilé par l'État seront capitaux pour l'avenir du commerce spécialisé.

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