Produits à l'ancienne, les flacons de luxe Waltersperger tentent de rebondir

Blangy-sur-Bresle (France) AFP - C'est une usine de produits de luxe où l'on se croirait au XIXe siècle, l'une des dernières au monde où des hommes manipulent le verre près de fours à 1.000 degrés. Mais les nouveaux propriétaires de Waltersperger sont convaincus que cette PME spécialisée dans les flacons géants, produits à l'ancienne, a de l'avenir.


Un ouvrier contrôle les flacons fabriqués chez Waltersperger - AFP/Charly Triballeau

"Ici on ne souffle pas le verre mais on cueille le verre à la main, on manipule les moules à la main. Nous sommes ainsi une des dernières verreries semi-automatiques au monde, la dernière en France" où le verre est cueilli dans le four par un opérateur, explique la nouvelle présidente de la verrerie Stéphanie Tourres.

Auparavant en charge de la gestion de Pax Corporate finance, une banque d'affaires spécialisée dans les cessions, présidée par son mari, elle a racheté avec lui le 1er avril cette PME normande d'une trentaine de salariés qui a connu deux dépôts de bilan en sept ans.

L'entreprise est située à Blangy-sur-Bresle (Seine-maritime), au coeur d'une vallée qui produit 70% des flacons de luxe dans le monde, selon les industriels. Après avoir placé fin 2017 Waltersperger en redressement judiciaire, le tribunal de commerce de Dieppe a préféré leur offre à celle du groupe mexicain Pavisa, précise Stéphanie Tourres qui a aussi dirigé pendant huit ans un service de marketing dans le secteur des parfums.

"Cueilleur" et "presseur"

Née en 1916 en Alsace, l'entreprise Waltersperger produit du verre à Blangy depuis 1927. Dans les 4 000 m2 de la PME, l'étape la plus impressionnante est celle où le "cueilleur" va chercher avec une perche au fond d'un four une goutte de verre en fusion, un geste dont l'acquisition demande "beaucoup d'années", selon Stéphanie Tourres.

Un ouvrier "presseur" coupe alors la "paraison" avec des ciseaux afin qu'elle tombe dans un moule promptement refermé. C'est dans ce moule que le verre est soufflé, par la machine. L'ouvrier démouleur extrait ensuite avec une pince le flacon encore lumineux.

Ailleurs en France, toutes ces opérations sont effectuées par des robots, assure la dirigeante, sauf chez Brosse (groupe Zignago), à Vieux-Rouen-sur-Bresle, à 15 km de Blangy. Une quarantaine des 300 salariés y produisent aussi de façon semi automatique mais c'est une machine et non un ouvrier qui cueille le verre.

Chez Waltersperger, non loin des fours, 3 000 moules sont stockés, selon Stéphanie Tourres. Le trésor de l'entreprise qui affiche des clients comme Chanel, LVMH, L'Oréal, Estée Lauder...

Les matières premières arrivent au sous-sol (150 kg de sable, 59,2 kg de soude, 30 kg de chaux, 5,5 kg de nitrate de soude, 4,5 kg de borax, 20 kg de casse pour un verre "blanc cellule"). Un peu plus haut, le verre est poli dans l'eau avec des meules de plus en plus fine (de métal, de pierre, de liège et enfin de feutre).

La place accordée à la main de l'homme nous "permet de produire de petites séries limitées" comme les flacons géants pour la décoration des boutiques, spécialité de l'entreprise, poursuit Stéphanie Tourres. Le modèle le plus célèbre est un flacon Chanel de deux litres. Ce positionnement sur un marché de niche n'a pas empêché Waltersperger de déposer le bilan en 2010 puis en 2017.

"Aujourd'hui on ne manque pas de clients. Le problème est plus de fournir que le contraire", poursuit la dirigeante. Le couple a donc commencé par demander à un maître verrier, parti à la retraire en mai 2017, de revenir travailler pour former des équipes.

Et il compte investir dans un premier temps 600 000 euros dans un robot cueilleur sur une des chaines et dans un nouveau four. Il vise un chiffre d'affaires annuel de 4 millions d'euros, d'ici deux à trois ans contre 2,5 millions en 2017, dont 10% dans les bouteilles de spiritueux, 90% dans les flacons.

Par Chloé COUPEAU

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