Quand Detroit devient le Wall Street de la sneakers

(AFP) - Detroit, capitale de l'automobile américaine, abrite depuis un peu plus de deux ans une « Bourse » des baskets où ces chaussures s'échangent comme des actions, l'or et le pétrole, avec Eminem et l'acteur hollywoodien Mark Wahlberg comme actionnaires.
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Logé au dixième étage d'un immeuble du centre-ville à l'intérieur ultra moderne, StockX est un marché secondaire non règlementé mais « transparent » de baskets, dont certaines sont exclusives. Collectionneurs et particuliers lambda y cohabitent virtuellement dans l'anonymat.

Des sacs et des montres griffés et des articles de streetwear s'y échangent également depuis peu. Ici, les baskets s'assimilent à des actifs financiers et les traders s'intéressent davantage au dernier message Instagram détaillant une paire portée par Jay-Z qu'aux profits d'une entreprise.

Dans la pièce principale, équivalent du célèbre parquet de Wall Street, des Air Jordan, des Nike et Adidas de différentes couleurs sont entreposées soigneusement sur des étagères. Un bandeau affichant les prix, à la hausse ou à la baisse, des dernières transactions défile.

Des indices financiers « sectoriels » tels le « Jordan Index », le « Nike Index » ou encore l'« Adidas Index », reflétant la valeur agrégée des produits, ont été créés.

En ce matin hivernal de janvier, le dernier ordre sur des Air Jordan 10 (AJ10), était à la hausse, au prix de 400 dollars. Une dizaine de jeunes « analystes », rivés sur leurs écrans, collectent et analysent les données relatives à ce marché et gèrent le catalogue dans une pièce adjacente.

« Nous mettons en lien acheteurs et vendeurs mais la façon dont nous le faisons est identique à la façon dont la Bourse connecte acheteurs et vendeurs », explique Josh Luber, le fondateur de StockX, lui-même ancien consultant d'IBM.

Un propriétaire d'une paire d'Air Jordan voulant les vendre sur StockX doit ouvrir un compte sur la plateforme et renseigner ses informations bancaires et ensuite « littéralement ce que vous avez à faire c'est de cliquer sur "vendre" et accepter l'offre la plus élevée », raconte Josh Luber.

Tous les utilisateurs peuvent consulter l'historique de transactions similaires et avoir ainsi une idée de la valeur attribuée aux articles.

Une fois l'ordre passé et accepté, le vendeur doit faire parvenir l'article à StockX à Detroit ou dans son autre entrepôt à Phoenix (Arizona), qui s'assure que le produit n'est pas une copie.

« Chaque fois que j'ai une paire, je la sens parce que la colle diverge. Les Jordan, les Nike et les Adidas ont toutes des odeurs spécifiques (...) Les chaussures fausses ont une odeur différente. Il y a des pays qui autorisent certains produits chimiques » qui sont reconnaissables, explique Aaron Fields, responsable qualité, en passant au grill des Air Jordan 1 Retro (AJ1H), qui vont se révéler « vraies ».

Ce ne sera pas le cas pour un sac Louis Vuitton : il « a des coutures inégales, un mauvais type de fil. La matière est vraiment de mauvaise qualité et le logo a été mal mis », explique Michelle Winkfield, une « certificatrice ».

Si un article s'avère une copie, la pénalité peut aller jusqu'à 15 % du prix de la transaction et le vendeur risque l'exclusion. Le taux de transactions annulées est très faible, assure Josh Luber, parlant de moins de 2 %.

StockX exige que les baskets soient neuves, tandis que les sacs et montres doivent être en « excellent » état. La start-up prélève une commission de 9,5 % sur chaque opération de baskets, qui ont représenté 75 % de son chiffre d'affaires en 2017. La commission est de 11,9 % pour les montres et de 14,5 %  pour les sacs en main.

Démarrée avec cinq salariés, l'entreprise, dont un grand nombre d'utilisateurs vit aux Etats-Unis, en compte aujourd'hui 115 et est en pleine croissance.

Elle veut poursuivre sa diversification dans des objets Star Wars, des instruments musicaux, du vin, des voitures de collection et des pièces d'art.

Aucune levée de fonds n'est cependant prévue à court terme ni un changement d'actionnaires. Outre Josh Luber, le milliardaire américain Dan Gilbert, artisan de la renaissance de Detroit et propriétaire de l'équipe de basketball des Cleveland Cavaliers, l'acteur Mark Wahlberg et Eminem font partie des actionnaires actuels.

En décembre, le rappeur a d'ailleurs vendu sur StockX des paires de baskets de sa propre collection, dont une réédition des Air Jordan 4 Encore, sorties en 2005 en édition limitée. Ces baskets au prix de 70 000 dollars la paire environ sont considérées comme parmi les plus chères au monde.

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