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6 janv. 2023
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Quand les marques de mode font appel au financement participatif en actions

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6 janv. 2023

Face aux incertitudes du marché, les acteurs du financement traditionnel, banques et autres fonds, redoublent désormais de prudence avant d’investir. Résultat, le financement participatif, porté par une nouvelle génération connectée d’investisseurs particuliers, a le vent en poupe. En effet, selon le baromètre Mazars pour Finances Participatif France, en 2021 dans l’Hexagone, 1,88 milliard d'euros ont été levés sur les plateformes web de financement participatif comme Ulule, Lita ou Kickstarter, en hausse de 84% par rapport à 2020.


Robe de la collection Plume Paris - DR


Le nom de financement participatif, crowdfunding en anglais, regroupe différents modes de financement. Il y a d’abord celui qui reste encore le plus populaire, le financement en don, qu'il soit sans ou avec contrepartie (une marque peut par exemple offrir en échange un produit ou un accès prioritaire à une précommande). Le financement participatif par dette, ou le crowdlending, permet quant à lui de soutenir les projets d'une entreprise contre rémunération via les intérêts (obligations…). Une solution populaire dans le secteur de l’immobilier mais encore très minoritaire dans les autres secteurs. Enfin, le financement participatif en actions, ou le crowdequity, permet aux petits porteurs d'investir dans le capital d’une entreprise. Une solution de financement choisie par de plus en plus de marques de mode.

Des investisseurs plus impliqués

La griffe française de prêt-à-porter féminin Plume Paris est en pleine levée de fonds sur la plateforme bordelaise Happy Capital. L’objectif à atteindre: un premier palier de 400.000 euros. À J-25 de l’échéance, la marque qui souhaite notamment ouvrir ses premières boutiques et se développer à l’international a déjà levé 95% de la somme. Pour cette seconde levée de fonds, la griffe éthique basée sur le système de la précommande a choisi une nouvelle fois le financement participatif en actions.

"Dans la mode, pour passer des paliers, il faut de la trésorerie. En novembre 2020, dix mois à peine après nous être lancés, nous avions déjà 11.000 abonnés sur les réseaux sociaux et nous avons levé 200.000 euros sur Happy Capital en quinze jours. 95% des participants étaient des clients très impliqués dans la marque", raconte Céline Lescure Inquel, la cofondatrice de Plume Paris avec Elise Durand. Pour cette seconde levée de fonds, la cheffe d’entreprise basée à Bordeaux note un changement dans le profil des investisseurs, qui se professionnalise.

Car le crowdlending et le crowdequity attirent souvent des investisseurs plus engagés professionnellement. "Lors de sa levée de fonds sur notre plateforme, Art of Soule, la marque d’espadrilles fabriquées en France, a notamment vu entrer à son capital des fournisseurs, donc des actionnaires très impliqués", raconte Philippe Gaborieau, PDG et fondateur de la plateforme de financement participatif Happy Capital.


Chaussons Le Slip Français - DR


Autre avantage de ces levées de fonds: son montant moyen. "Même si la communication est principalement axée sur celles qui surperforment, le montant moyen des levées en dons est de 5.000 euros. Avec un financement participatif en actions, on est plutôt autour de 200.000 euros", détaille Philippe Gaborieau.

En 2022, l’ensemble de la société Happy Capital, qui compte trois plateformes de financement, dont une spécialisée dans l’immobilier, a accompagné 30 projets et levé 17 millions d’euros. "Les projets présentés sont sélectionnés en amont car nous devons rendre des comptes à l’AMF (l’Autorité des marchés financiers). Dans ce cadre, nous soumettons également à chaque actionnaire un questionnaire", indique Philippe Gaborieau.

Lui qui finance notamment des sociétés du domaine de la santé et de l’environnement précise également pour que le système fonctionne, les projets présentés, surtout dans le secteur de la mode, doivent avoir un impact positif social ou environnemental. Car les gens veulent plus que jamais "faire quelque chose de bien avec leur argent".   

Pour prétendre au financement participatif en actions, les entreprises doivent toutefois répondre à un certain nombre de critères. Tout d'abord la société doit être enregistrée au registre du Commerce et des Sociétés (RCS) en France. Le montant à lever doit pour sa part être supérieur à 100.000 euros, et la valorisation de l'entreprise pré-money, c'est-à-dire avant la levée, doit être supérieure à la levée de fonds. Ce qui signifie donc que les nouveaux investisseurs devront être minoritaires. Happy Capital, qui indique se rémunérer à hauteur de 6 à 8 %, hors taxes, du montant levé, conseille également aux entreprises d'avoir une forte présence sur les réseaux sociaux avant de se lancer. En effet, c'est la force la communauté qui décidera in fine du succès de la levée. 


Financer des projets à impact positif



En pleine levée de fonds sur la plateforme Lita.co, dont la vocation est d’orienter l’épargne des particuliers vers des entreprises à impact social ou environnemental, Le Slip Français, qui propose depuis 2011 une ligne de vêtements fabriquée en France, veut financer son nouveau projet. Baptisée les Ateliers du Slip, cette nouvelle activité B2B a pour ambition de proposer à d'autres entreprises un service d'accompagnement à la relocalisation. Pour mener à bien son projet, la société veut lever 3 millions d’euros en obligations. La levée de fonds, qui devait se clôturer le 31 décembre mais qui est finalement toujours en cours, a en date 6 janvier 2023, atteint les 2,93 millions d’euros.

Saola, une marque de chaussures écologique en matière recyclée dont le siège est établi à Annecy (Haute-Savoie), vient de son côté de clôturer sa campagne de financement participatif sur Sowefund. L’entreprise, qui a vendu 27.000 paires de chaussures en 2022 pour un chiffre d’affaires de 1,4 million d'euros, avait pour objectif de récolter 1,5 million d’euros en capital afin de se renforcer sur le volet international et la recherche et développement. Si la marque ne communique pas le montant atteint, elle indique poursuivre la levée via d'autres canaux. Prochainement, c’est N'Go Shoes, une autre marque française de chaussures éthiques, qui se lancera dans l’aventure du financement participatif en actions, avec un objectif affiché: lever 500.000 euros.

Mais avant de se lancer les prétendants doivent se soumettre à quelques formalités administratives. "Je ne sais pas s'il s'agit d'une grosse préparation mais il y a pas mal de démarche en effet entre la création de la holding d'investissements, les pactes des actionnaires et les démarches au greffe", explique Céline Lescure Inquel. 

Second Sew, la marque française de vêtements pour enfants de 0 à 6 ans, qui joue la carte de l'upcycling en donnant une seconde vie aux anciens linges de maison, mais aussi à la solidarité en faisant confectionner ces pièces en France par des personnes en insertion a choisi pour grandir une autre méthode. La marque opère ainsi sur la plateforme We Do Good, une première levée de fonds en royalties. 

" Les investisseurs et investisseuses, nous avons 69% de femmes,  ne deviennent pas actionnaires de notre société mais toucheront un pourcentage de notre chiffre d'affaires tous les trimestres pendant 5 ans. Cela permet notamment de limiter les démarches administratives, notamment juridiques, et nous permet à nous, petite société, de conserver notre capital pour une éventuelle prochaine levée, cette fois en actions", explique Camille Brun-Jeckel co-fondatrice de Second Sew. 

Face à des acteurs du financement traditionnel sur leurs gardes, le financement participatif apparaît pour certains comme une alternative solide pour développer un projet entrepreneurial auquel il n'est pas seulement question de croire au potentiel financier mais aussi d'adhérer aux principes et valeurs défendus. Une finance plus humaine et porteuse de sens en somme?
 
 
 

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