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6 juin 2019
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Quid de la destruction d'invendus au sein du secteur mode et luxe français ?

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6 juin 2019

En finir avec la destruction d’invendus. Le zéro gaspi se démocratise dans l’alimentaire et mardi, Edouard Philippe, Premier ministre français, a affirmé son ambition de l’étendre à d’autres produits. Comme révélé en début d’année lors de l’annonce de la mise en place d’un projet de loi antigaspillage et pour une économie circulaire, le textile est concerné. Les producteurs, marques, distributeurs de luxe, prêt-à-porter et accessoires vont donc devoir travailler sur ce sujet alors que l’activation de l’interdiction est annoncée pour 2021.


La destruction d'invendus pourrait être interdite à compter de 2021 - shutterstock


Du côté des marques d’habillement, les textes en cours de rédaction n’inquiètent pas. « Ce n'est pas un élément de préoccupation pour nos adhérents », explique François-Marie Grau, délégué général de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin et vice-président du Cofreet. « Cette annonce va dans le bon sens pour construire un secteur respectueux de l'environnement et des hommes. Ce sujet doit être abordé par tous les fronts, de la conception au recyclage, en passant par la production, la commercialisation et l'entretien. Mais aujourd'hui, pour les marques, les invendus partent en soldes, puis sur les braderies et les marchés », explique-t-il.

« D’après l’enquête menée chez les adhérentes de la FEH (Fédération des Enseignes d’Habillement, ndlr), on en est entre 1 et 5 % d’invendus », abonde Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du Commerce. « Et, très majoritairement, ces invendus sont déjà donnés à des associations ou confiés à des déstockeurs, notamment pour l’international. La part de produits détruits est donc très marginale. Car un très grand nombre de marques et enseignes travaillent déjà sur ces questions. »

Ce que nous confirme Alain Claudot, président d’Eco-TLC, organisme à but non-lucratif collectant les tissus usagés pour les réintégrer dans une économie circulaire. « Il faut garder à l’esprit que les premiers pénalisés, en cas d’invendus, ce sont les marques », souligne le responsable. « Elle ont investi du temps et de l’argent, de la conception à la production, et elles n’ont de cesse d’optimiser leur résultat d’exploitation en maîtrisant les quantités ». La question qui se pose à présent est de traiter correctement et de pouvoir réutiliser dans l'industrie textile les tissus collectés.

Pour Yohann Petiot, les professionnels de l’habillement qui pourraient être les plus concernés par cette question de destruction des invendus seront vraisemblablement les marques les plus haut de gamme. Certaines préfèrent détruire leurs produits plutôt que de les retrouver à prix barrés sur le marché parallèle, en concurrence directe avec les nouvelles collections. Il faut en effet se souvenir que ce sont les destructions pratiquées par le britannique Burberry qui ont l’an passé relancé la polémique sur le sujet. Sollicité, le Comité Colbert, qui réunit les grands noms du luxe français, n’a pour l’heure pas souhaité réagir aux déclarations de Matignon.

Mais concrètement, si la destruction de produits neufs devrait vraisemblablement être sanctionnée d'une amende, la destruction devra rester une option. « Le texte de loi devra prévoir une certaine souplesse, plaide François-Marie Grau. Des distributeurs peuvent se trouver avec des contrefaçons. La pratique est, là, de détruire ces produits. Dans le cas des importations parfois, certains produits ne respectent pas les critères Reach. Et il n'est pas question de réutiliser des matières contenant des composants dangereux. Il faudra donc des exceptions à la non-destruction. »

Si le bannissement des destructions s’inscrit dans une volonté gouvernementale de promouvoir une économie circulaire, les invendus ne représentent donc qu’un épiphénomène à l’échelle du recyclage textile. Dans son dernier rapport annuel, Eco-TLC faisait état de 624 000 tonnes de produits textile mis à la vente en 2017, contre seulement 223 000 tonnes collectées par les réseaux de collectes, via lesquels les pièces sont redirigées vers le recyclage ou le marché de la seconde main. La direction de l'organisme avance d'ailleurs que le sujet majeur est ailleurs.

« Il faut évidemment bannir les destructions. Mais, pendant que l’on parle de ce sujet, on parle moins d’un autre qui est beaucoup plus important : le développement de l’écoconception, insiste Alain Claudot. Pour donner une seconde vie aux matériaux, il faut leur trouver un débouché, intégrer des matériaux responsables et réutilisables dans les produits. »

Les guides et formations pour développer cette écoconception se multiplient. Laissant aux marques le soin de saisir cette opportunité.

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