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23 sept. 2021
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Recyclage: à la découverte des lignes de tri textile automatisées

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23 sept. 2021

Les flux collectés de tissus à recycler sont amenés à exploser. Pour s'y préparer, la filière du tri travaille à l'industrialisation de ses process. Là où des yeux et mains expertes remplissaient jusque-là cette tâche, des machines commencent à apparaitre à travers l'Europe. C'est récemment le cas dans l'entreprise allemande Soex, qui trie chaque année 115.000 tonnes de textiles et chaussures usagés, et qui prépare sa première ligne de tri automatisée, avec le soutien financier de l'habillement français, via ReFashion. Visite guidée.


MG/FNW



À une heure au nord de Leipzig, dans la ville de Wolfen, Soex continue un travail de tri entamé voilà plus de 40 ans. Dans son très vaste bâtiment, 1.350 salariés s'appliquent à réceptionner, trier, et orienter chaque jour quelque 400 tonnes de textiles usagés, destinés tantôt à la réutilisation, tantôt au recyclage. Ces produits sont collectés via 30.000 conteneurs répartis en Allemagne et au-delà. Leur contenu est déversé dans d'imposants sacs jaunes circulant par un rail aérien, jusqu'à une première phase de pré-tri.

En quelques secondes, les vêtements passent entre les mains de trieurs, qui les jettent dans des contenants dédiés aux différentes catégories de pièces. Ces différents flux sont en effet redirigés, quelques mètres plus loin, vers des postes de tri dédiés à des catégories spécifiques comme les pulls, pantalons, robes… "Ce tri plus fin nous permet d'identifier la condition du produit", explique Paul Doertenbach, directeur général de la filiale collecte de Soex, baptisée Ico. "La priorité reste la réutilisation des produits qui peuvent l'être".

Parmi cette catégorie, la "crème", constituée des produits de bonne valeur et qualité, va notamment gagner le réseau PickWeight de magasins proposant, à travers l'Allemagne, la vente de produits d'occasion au kilo. Les autres produits réutilisables, classés par catégorie, iront nourrir la seconde main dans d'autres pays.


MG/FNW


Reste que plus de 30% des produits réceptionnés ne pourront être réutilisés. Ces produits vont être déchirés mécaniquement, à hauteur de 110.000 tonnes par an, afin de créer une matière première secondaire grisâtre, constituée d'un mélange de fibres recyclées: étape durant laquelle les déchets sont d'ordinaire exportés vers l'Inde et d'autres pays d'Asie.

Chez Soex, le matériel obtenu permet notamment de produire des isolants pour voitures et habitations, et sa production génère une poussière volatile. "Nous aspirons donc cette poussière pour la recycler aussi", indique Paul Doertenbach, désignant au-dessus de la bruyante déchiqueteuse des tuyaux transparents où se précipite un nuage sombre. "Cela nous donne une sorte de pâte, qui s'intègre dans la conception de sacs en papier ou tickets de caisse", explique-t-il.

Faire revivre le textile



Reste que le projet de Soex est aussi de pouvoir créer du textile à partir du textile. Un projet qui dépend largement de la capacité à identifier correctement le matériau des produits, ce qui n'est pas sans piège. "Parfois, même les étiquettes se trompent sur la nature du tissu", explique ainsi Louisa Temal, d'Ico-France. C'est là qu'intervient le projet "TexID", qui consiste à créer une ligne de tri automatisée. Un projet soutenu à hauteur de 232.647 euros par ReFashion. L'écoorganisme financé par tous les acteurs français de l'habillement en a fait l'un des quatre lauréats de son Challenge Innovation 2020.


Le spectromètre d'identification des matières textiles développé par Soex - MG/FNW



Au cœur du dispositif, un tapis roulant surmonté d'un spectromètre basé sur le proche infrarouge (ou NIR), va identifier matériaux et couleurs grâce aux radiations typiques à chacune. "Sur toute la largeur du tapis, chaque mètre est scanné 50 fois", précise même le Docteur Carsten Stecker, qui a programmé le dispositif. "Nous avons commencé à 50 kilos analysés par heure, mais nous pouvons monter à 600, et même une tonne quand cela sera nécessaire", car le tapis va se voir équiper d'un dispositif "d'alimentation", qui y déposera une succession homogène de pièces. A l'autre extrémité, des bras pourront diriger les pièces dans différents bacs dédiés.

"C'est l'avenir", insiste Cécile Martin, spécialiste recyclage de ReFashion. "Sans massification d'un tri précis, on ne pourra pas recycler de façon industrielle". Et les industriels ne s'y sont pas trompés. L'entreprise suédoise Siptex travaille ainsi déjà sur quatre lignes de tri automatisées aux principes approchants. Tandis que l'industriel Valvan Baling a déjà positionné des lignes équipées de sa technologie Fibersort en Belgique, Hollande ou Pologne.

Changement de paradigme et quête de débouchés



Plus qu'à un enjeu de durabilité, cette automatisation répond à la transformation de la collecte elle-même. Sur les masques collectés, quelque 60% pouvaient précédemment être réutilisés, contre 40% allant au recyclage. Une tendance amenée à s'inverser d'ici à 2030, en raison de la baisse de qualité des produits, mais également parce que les consommateurs revendent désormais eux-mêmes la "crème" via des plateformes de seconde main. Et, dès 2025, une directive européenne imposera d'extraire les déchets textiles des ordures ménagères. La filière du tri se prépare donc à un fort accroissement des quantités à traiter. Et donc à recycler.


La broyeuse développée par Soex peut générer jusqu'à une tonne par heure de copeaux destinés à la confection de semelles - MG/FNW



Mais se pose alors la question des débouchés pour ces futurs matériaux recyclés. Ce qu'illustre parfaitement chez Soex un récent dispositif de broyage de chaussures non réutilisables. Réduites en copeaux, celles-ci peuvent être transformées en semelles de chaussures. La marque française Ector de l'Atelier Insoft (Romans-sur-Isère) propose elle déjà des chaussures issues du procédé. Mais cette offre de matière recyclée peine encore à trouver des débouchés, confie l'entreprise, qui mène divers projets pilotes avec de grandes marques.

Soex est ainsi l'illustration d'une filière historique du tri qui se modernise, désireuse d'automatiser des processus souvent complexes et chronophages, en prévision d'un afflux croissant de matériaux, et d'une demande grandissante de pièces recyclées. Mais l'entreprise symbolise également l'importance d'un engagement des marques autour des matériaux recyclés, préalable incontournable au développement d'une circularité au niveau industriel.

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