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18 janv. 2022
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Recyclage: Eastman et Loop Industries annoncent des investissements majeurs en France

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18 janv. 2022

Le groupe Eastman Chemical Company et Loop Industries ont annoncé le 17 janvier le déploiement de deux sites français qui seront dédiés au recyclage des plastiques et du polyester, en vu de fabriquer de nouveaux produits, notamment textiles. Des projets dont les investissements respectivement engagés devraient, s'ils voient le jour, dépasser le milliard de dollars.


Emmanuel Macron et Mark Costa le 17 janvier 2022 - Elysée


Eastman, propriétaire de la marque de fils cellulosiques Naia, a officialisé lundi 17 janvier son projet d'établir en France la plus grande usine au monde de recyclage moléculaire. Un projet dont l'investissement pourrait aller jusqu'à un milliard de dollars qui vise notamment à capter le recyclage des textiles techniques. La technologie de renouvellement du polyester d'Eastman permettait au site de recycler jusqu'à 160.000 tonnes métriques par an. Soit 2,5 fois la contenance du Stade de France, résume l'entreprise.

"Les dirigeants du groupe américain Eastman me le confirment: ils choisissent la France !", claironnait le jour même Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux. "L'entreprise va ouvrir une usine de recyclage moléculaire de plastique qui comptera 350 emplois. Réindustrialisation et transition écologique, c’est cela #ChooseFrance !"

Si le projet est mené à son terme, le site devrait théoriquement être opérationnel en 2025, générant environ 350 emplois directs, et 1.500 emplois indirects. Le projet aurait déjà reçu des engagements d'approvisionnement de LVMH Beauty, The Estée Lauder Companies, Clarins, Procter & Gamble, L'Oréal et Danone, dont les packaging utiliseront les matériaux recyclés sur place.

Côté textile, Eastman indique qu'il intégrera notamment une chaine de recyclage spécialisée dans les polymères, et qui permettra de produire une grande variété de matériaux "de première qualité", notamment destinés aux univers du textile et du packaging. Tout en générant au passage 80% moins d'émissions de gaz à effets de serre que les modes de production classiques. 

"Le principal obstacle à la création d'une économie circulaire est l'évolutivité des technologies de recyclage", indique à FashionNetwork.com Susanna Koelblin, directrice du développement de l'économie circulaire d'Eastman EMEA, qui pointe le travail similaire mené sur le marché nord-américain. "Eastman est en train d'achever sa plus grande installation de recyclage à ce jour, qui traitera plus de 110.000 tonnes de déchets plastiques par an aux États-Unis. En conséquence, la même quantité de matières premières fossiles restera dans le sol".

Fort d'un revenu de 10 milliards de dollars, l'entreprise basée à Kingsport (Tenesse) emploie à ce jour 14.000 personnes dans une centaine de pays. Fort d'une histoire remontant à 1920, l'entreprise s'était notamment illustrée en 2017 avec le lancement de Naia, une fibre cellulosique (à base de pulpe de bois) dont il entend faire une référence du secteur. C'est notamment dans cette logique que le groupe avait en 2019 racheté le fabricant espagnol de cellulose Inacsa, pour produire sa fibre en Europe.

"L'investissement en France est une étape importante dans la stratégie d'Eastman pour accélérer une économie circulaire à l'échelle mondiale", commentait lundi le CEO d'Eastman, Mark Costa. "Le projet de construction de la plus grande installation de recyclage de plastiques au monde en France est un élément important de notre stratégie globale d'économie circulaire. Nous prévoyons de franchir d'autres étapes dans les mois à venir, notamment les accords liés à la sécurisation des déchets plastiques qui constitueront l'approvisionnement en matières premières, l'obtention d'incitations gouvernementales et la décision d'implantation du site".

Une autre usine de plastiques recyclés en Normandie



Si la location du projet d'Eastman n'est pas connue, on sait où va s'installer Loop Industries. Le spécialiste canadien du recyclage des plastiques et du polyester recyclé s'associe à Suez pour créer d'ici 2025 un site à même de créer 70.000 tonnes de résines de PET (polyéthylène téréphtalate). Des matériaux recyclés et recyclables qui seront produits sur une zone de 130.000 mètres carrés située à Port-Jérôme-sur-Seine, entre Le Havre et Rouen, à proximité directe du Pont de Tancarville. Ironie ou logique, Loop sera voisin de Exxon-Mobile, qui compte sur place une massive raffinerie de pétrole, dont dépendent packaging plastiques et polyester.


Le futur site de Loop se situera en Normandie près du Pont de Tancarville (à proximité de l'A13) - Loop Industries



Les groupes L'Oréal, L'Occitane et Danone ont d'ores-et-déjà annoncé qu'elles intégreraient le futur site dans leur stratégie de packaging circulaire. Le site serait l'objet d'un investissement de 1,3 milliard d'euros, permettrait l'économie de 255.000 tonnes de CO², et générerait localement 180 emplois. Le lancement des travaux est annoncé pour 2023, pour une mise en service 18 mois plus tard. 

Le choix du site n'est pas anodin. Le futur site est raccordé par l'autoroute au Havre, première porte à conteneurs pour le commerce extérieur français. Il est de l'autre côté situé à proximité de l'autoroute A13 reliant Paris et la Normandie. Loop Industries parie sur l'avenir, et sur une généralisation du recyclage et de l'emploi des matériaux recyclés. L'entreprise investit ainsi lourdement dans la recherche, ce qui explique des pertes de 36,3 millions de dollars sur l'exercice clos fin février 2021.

Les deux projets indiquent spécifiquement miser sur l'impact qu'aura, à compter de 2025, l'obligation de collecter les vêtements usagés afin de les recycler. La direction d'Eastman rappelle que sur les 100 milliards de pièces produites à l'année, deux tiers sont en polyester mélangé. Matière partiellement recyclable. Et que les 500 millions d'Européens consomment chaque année 10 kilos de textile et chaussures. Selon l'organisme financé par la filière textile pour gérer la fin de vie des produits ReFashion, 517.200 tonnes de TLC (textile, linge et chaussures) ont été mises sur le marché en France en 2020. En revanche, seulement 204.291 ont été collectées sur l'année, via les 44.633 points d'apport volontaire (PAV) déployés sur le territoire.
 

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