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14 mai 2020
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Relocalisation : la filière textile formulera ses propositions dans un mois

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14 mai 2020

Sur demande de Bercy, le Comité stratégique de filière (CSF) mode et luxe a consulté ses différentes branches, et fait remonter ses informations sur la crise du Covid-19 au Conseil national de l'industrie. Alors que se pose la question de la relance du secteur, les dirigeants de la filière se penchent d'ores et déjà plus précisément sur un enjeu clef : la relocalisation. Un défi autour duquel se constitue actuellement un groupe de travail, qui remettra ses conclusions dans le mois qui vient, a appris FashionNetwork.com.


Shutterstock


Le dispositif rassemblerait d'ores et déjà une trentaine de personnes, chefs d'entreprises, dirigeants de fédérations, et autres centres techniques. En fait d'un groupe de travail, il s'agira en réalité de six commissions chargées de travailler en profondeur sur les différents aspects d'un retour vers la production locale. La première commission mise en place sera la Commission stratégie industrielle et commerciale du textile-habillement français. Avec notamment l'idée de mettre en place une plateforme pour mettre en relation tous les acteurs de la filière.

"Sur l'axe de la relocalisation, nous avons déjà donné beaucoup de pistes", explique à FashionNetwork.com Marc Pradal, président de l'Union française des industries de la mode et de l'habillement (UFIMH). "C'est un axe qui est à priori aujourd'hui beaucoup plus mûr pour être transposé dans les faits. C'est le moment. Cela intervient après le groupe Savoir-faire Ensemble, qui aujourd'hui regroupe 1 500 entreprises, et produit 4 millions de masques tous les jours. Et sur fond d'une grande crainte pour nos entreprises, marques ou fabricants, face à une consommation qui change, qui s'est réduite pour le vêtement. Le client revient finalement à ce côté local, régional ou national, un peu pour se rassurer de ces années de surconsommation, pour se raccrocher à plus d'authenticité, de circuit court et de durabilité. Les masques ont peut-être été l'occasion pour certains consommateurs de découvrir que la filière française n'est pas morte."

Une filière dont l'un des enjeux de relocalisation sera naturellement l'amélioration des outils de production. Un élément qui sera au cœur du travail de l'une des commissions, selon les informations de FashionNetwork.com. Avec en ligne de mire des équipements de l'industrie 4.0 permettant une gestion optimisée des coûts et de la rapidité des process. Sans oublier l'introduction de nouvelles technologies comme les imprimantes 3D. Et avec comme enjeu rien de moins qu'une indépendance industrielle que l'Elysée a elle-même appelé de ses vœux.


Marc Pradal - UFIMH



"On demande à l'exécutif une écoute plus active", prévient à ce titre Marc Pradal. "Il faut que le gouvernement donne aux entrepreneurs la confiance pour agir. Déjà en montrant l'exemple, en réalisant des achats auprès de nos entreprises. Et, plus que cela, en les impliquant davantage dans les achats publics. Nous avons les savoir-faire, nous avons tout pour répondre. Tout cela pour que les entreprises puissent avancer sereinement, conserver leurs collaborateurs, développer des emplois... Ce sont autant d'éléments qui se construisent sur le long terme."

L'enjeu de la relocalisation ne se résume pas à prendre le dessus sur des commandes extérieures. Il faut également remettre la filière en ordre de bataille. Or ses acteurs, à mesure qu'ils étaient moins nombreux et de plus en plus regroupés par métiers, avaient plus ou moins perdu le contact entre-eux.

"C'est un peu le moment pour la filière de se redécouvrir elle-même", confirme Marc Pradal. "Avec nos qualités respectives qu'il faut mettre en phase. Le monde du textile est allé chercher d'autres marchés plus techniques, a répondu à des demandes plus importantes. Tandis que le monde de l'habillement s'est retourné vers le luxe. Et ces deux filières s'étaient donc effectivement un peu perdues de vue. Aujourd'hui, c'est le moment propice pour essayer de les réconcilier. La filière y a tout intérêt, notamment en termes de coûts".

Reste à connaître l'engagement futur du Gouvernement sur ce challenge. Le 11 mai au matin, le ministère de l'Economie renouvelait son voeux de présenter pour septembre un "plan de relance". Plan dont il indique que sa seule certitude à l'heure actuelle est qu'il devra être "vert", pour une "économie décarbonée". De quoi donner espoir aux entreprises désireuses de voir les productions textile se rapprocher des consommateurs tricolores. Mais il faudra encore attendre l'été pour connaître la réalité de cette volonté. "Ce plan, il faut y réfléchir ensemble : quels instruments mettre à disposition, quelles priorités, peut-on compter sur un soutien européen ?", indique ainsi le Ministre. "Quand nous aurons achevé ces discutions, nous pourrons commencer à travailler sur ce plan". 

Les industries françaises de la mode et du luxe affichent un chiffre d'affaires direct avoisinant les 150 milliards d'euros, soit 1,7 % du PIB. Le secteur génère plus de 500 000 emplois directs, et constitue le second marché de consommation en France derrière l'alimentaire.

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