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11 janv. 2022
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Relocaliser: possible, mais pas si facile

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AFP
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11 janv. 2022

Le manque de masques au début de la crise sanitaire, en 2020, a révélé l’ampleur de la délocalisation de pans entiers de l'industrie française. A l’image de la production textile, dont le retour en France s’observe toutefois mais par petites touches, très loin encore de ses niveaux d’autrefois.


L'entrepreneur Pierre Schmitt dans une filature de lin, à Hirsingue, le 8 novembre 2021. - AFP/Archives


"Il n'y a aucune fatalité, il faut rêver", assure à l'AFP Pierre Schmitt, qui a sauvé de la liquidation en 2013 une entreprise textile alsacienne qui a fait parler d'elle sept ans plus tard en produisant d'urgence des masques dans la région de Mulhouse, alors frappée de plein fouet par le coronavirus.

Alors que cette question du "Made in France" figure parmi les thèmes dominants de la campagne présidentielle, le PDG de Velcorex est allé plus loin en relançant une filature de lin dans l'Est de la France, pays qui a laissé filer son industrie textile en Asie et ailleurs depuis plus de vingt ans.

Après avoir sauvé une machine de filature promise à la casse en Hongrie, M. Schmitt a sorti d'une retraite paisible d'anciens salariés du fabricant de machines Schlumberger pour retrouver leur savoir-faire, délocalisé en Chine depuis longtemps.

"Nous avons trouvé une deuxième machine en Suisse, et aujourd'hui nous avons une filière textile complète et opérationnelle après 20 ans de disparition de la filière du sol français", dit-il au sujet de sa filature de Mulhouse.

"Nous parvenons à faire du fil de lin sans une seule goutte d'eau", dit-il. Le lin envoyé sec vers les usines chinoises doit lui être humidifié à son arrivée.

Depuis la fermeture des filatures françaises, 80% du lin récolté en France part en Chine et 20% dans l'est de l'Europe. Il revient sous forme du dernier tee-shirt à la mode. Presque rien n'est valorisé en France, où sont pourtant produits les deux tiers du lin textile mondial, essentiellement en Normandie et dans le Nord.

L'autre secret est le maillage serré nécessaire pour monter une filière rentable, des producteurs de Terre de Lin en Normandie aux écoles d'ingénieurs de Mulhouse, en passant par l'industrie chimique locale.

"C'est ce qui fait le secret des Italiens, leur filière laine par exemple, ce sont des écosystèmes de proximité, où les constructeurs de machines travaillent avec les utilisateurs, ça se passait comme ça à Mulhouse au XIXe siècle", ajoute M. Schmitt.

"Une chance"



Le textile n'est néanmoins pas près de rattraper ses niveaux d'antan. Le nombre d'emplois est tombé de 600.000 à 60.000 en 20 ans. Chaque année, 88 millions de jeans sont vendus en France, dont "à peine 100.000 y sont fabriqués", relève Fabienne Delahaye, fondatrice du salon "Made in France".


Présidentielle 2022 : le recul de l'industrie en France. - AFP



Malgré l'argent public des plans de relance et d'investissement, pour le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, réindustrialisation ne veut pas dire "rapatriement sur le territoire français de toutes les productions de base". "Nous ne serions pas compétitifs", a-t-il d'abord dit en octobre, avant d'annoncer la semaine dernière qu'il faudrait "continuer à baisser les impôts de production et les charges sur les salaires supérieurs à 2,5 fois le SMIC" pour réindustrialiser la France durant le prochain quinquennat.

S'il admet une haute valeur ajoutée liée à un savoir-faire, une technicité ou un design français dans le textile ou le petit électroménager, il dit "ne pas croire à l'idée de relocaliser en France toute la production textile".
Car "produire en France reste trois fois plus cher que produire en Chine", relève Sandrine Conseiller, la patronne d'Aigle.

Ce groupe français est néanmoins parvenu à relocaliser dans la Vienne une partie de sa production asiatique de bottes en caoutchouc.

"Si vous achetez une botte fabriquée en France, vous diminuez votre empreinte carbone de 50%", dit Mme Conseiller.

La transition énergétique et environnementale est d'ailleurs vue comme une "chance", aussi bien par Agnès Pannier-Runacher, la ministre chargée de l'Industrie, que par Barbara Pompili, à la transition écologique.
"C'est l'industrie et ses ingénieurs qui innovent et trouvent les solutions" pour de nouveaux matériaux recyclables, allégés pour les avions, plus isolants pour le logement, et des batteries électriques pour l'automobile, disent-elles.

Dans les secteurs traditionnels, réindustrialiser veut aussi dire moderniser, robotiser l'automobile, l'aéronautique, l'agroalimentaire ou même le nucléaire et leurs sous-traitants, qui ont besoin de lourds investissements pour supprimer les gaz à effet de serre de leurs procédés et de leurs produits tout en restant compétitifs.

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