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Renaud Dutreil (Mirabaud) : "Nous voulons investir dans des game changers"

Publié le
27 janv. 2020
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En 2018, le groupe suisse Mirabaud marquait son intérêt pour le secteur du luxe et de la mode en initiant, via sa structure Mirabaud Asset Management, son fonds "Mirabaud Patrimoine vivant". Un an et demi et 150 millions d’euros investis dans six sociétés plus tard, cette première structure à clos son portfolio. Mais, en ce début 2020 l’équipe emmenée par l’ex-ministre et dirigeant de LVMH Renaud Dutreil et Luc Alban Chermette, lance un second fonds. Avec comme nouveau partenaire David Wertheimer, le fonds Lifestyle Impact et Innovation va disposer d’une enveloppe comprise entre 200 et 250 millions d’euros. Renaud Dutreil précise à FashionNetwork.com la stratégie de Mirabaud et les profils d’entreprises ciblées par la structure.
 

Renaud Dutreil va disposer d'une enveloppe de plus de 200 millions d'euros pour des investissements dans une vingtaine de sociétés - Groupe Mirabaud


FashionNetwork.com : Ces derniers mois vous avez pris des participations minoritaires dans Carel, Anne Fontaine, le holding de Zapa, le Coq Sportif et Mauboussin ainsi qu’une participation majoritaire dans le joailler Korloff. Mais avec ce second fonds ce n’est pas le même profil d’entreprises que vous ciblez ?

Renaud Dutreil : Avec le premier fonds Mirabaud Patrimoine vivant, nous avons accompagné des marques qui représentent un certain art de vivre à la française. Des labels qui ont une histoire. Avec le fonds Lifestyle Impact et Innovation nous allons cibler une autre facette de l’écosystème de l’équipement de la personne. Cette nouvelle entreprise, dans laquelle nous a rejoint David Wertheimer, qui est le fils de Gérard Wertheimer du groupe Chanel, nous regardons les marques émergentes. Nous voulons investir dans des « game changers ».

FNW :  C’est-à-dire, quelles sont les sociétés que vous ciblez ?

RD : Il peut s’agir d’entreprises en croissance solidement établies, qui sont en direct avec le consommateur sur de l’accessoire, de la mode, de la joaillerie : tout ce que les personnes portent sur elles. Cela peut-être des marques ou des designers. Mais nous ciblons aussi des acteurs du B2B qui travaillent sur les matières comme les alternatives au cuir, le développement de fibre comme le lin, l’ortie et toutes les approches plus respectueuses de l’environnement, mais aussi des sociétés qui développent de nouveaux modèles online, des solutions logistiques. Nous regardons en Europe continentale mais nous avons des relais en Asie, et nous ne nous interdisons pas de sélectionner des acteurs sur cette région du monde.

FNW : C’est donc un périmètre géographique nettement élargi par rapport au premier fonds ?

RD : Nous sommes très attentifs aux nouvelles routes de la soie. Cela peut constituer des débouchés très intéressants avec des réflexions, des plateformes entre l’Europe et l’Asie. Nous allons vers une imbrication des cultures. C’était le cas au XVIIIème et au XIXème siècles ? Et nous commençons à le voir dans d’autres secteurs comme l’art. Cela va aussi avoir un impact sur l’équipement de la personne. Une nouvelle génération de société est en train de réinventer le marché avec une approche du marketing mais aussi de l’éthique. Nous sommes dans une mutation générationnelle, avec les millennials qui influencent le marketing, et géographique avec un poids de l’Asie de plus en plus prégnant. Il faut intégrer ces nouvelles influences.
 
FNW : Vous visez une enveloppe de 200 à 250 millions d’euros. Comment allez-vous investir ce capital ?

RD : Notre volonté est d’investir 75 % du capital dans des entreprises de croissance, réalisant entre 10 et 50 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’idée est de réaliser des investissements autour de 15 millions d’euros dans une dizaine de sociétés. Pour les 25 % restants, nous visons aussi une dizaine d’investissements dans des entreprises « early stage ». Ce sont des sociétés qui réalisent entre 1 et 10 millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous voulons sélectionner les futures success stories. Elles doivent déjà avoir des capitaux solides et un modèle validé.
 
FNW : Avez-vous déjà validé des investissements ?

RD : Non pas encore. Mais nous avons un flux d’affaires très important et de qualité. Et nous avons identifié cinq entreprises intéressantes. Le marché est actuellement intéressant car il y a de plus en plus de sociétés qui sont globales ab initio.  Auparavant vous lanciez votre activité sur la France, vous grandissiez avant de penser à l’Europe et vous deviez encore franchir des étapes avant de vous projeter à l’international. A présent, ces sociétés sont natives sur le digital mais aussi natives sur l’approche globale et natives sur l’écoresponsabilité. Nous voulons avoir réalisé nos investissements d’ici fin 2022.
 
FNW : Comment accompagnez-vous les sociétés ?

RD : Nous accompagnons les sociétés sur le marketing, en particulier digital, l’internationalisation de leur activité, l’évolution de leurs produits avec une approche responsable et les ressources humaines. Ensuite nous les aidons pour mettre en place un management qui permet de porter la croissance, de se structurer pour intégrer le fonctionnement avec un investisseur, nous leur apportons l’expertise à l’international avec certains de nos partenaires qui sont des acteurs de la distribution au Moyen-Orient et en Asie. Nous travaillons aussi sur la digitalisation des activités. Et enfin, comme nous l’avons fait avec Zapa pour Tara Jarmon, nous pouvons accompagner les opérations de croissance externe.
 
FNW : Justement que faites-vous avec les sociétés dans lesquelles vous avez investi avec Mirabaud Patrimoine Vivant ?

RD : Nous identifions les chantiers de croissance. Par exemple, Korloff a réalisé la rénovation de son flagship. Pour la première fois, la marque a aussi proposé une expression nouvelle avec des produits griffés Korloff. Elle a aussi recruté un directeur marketing. Chez Zapa cela s’est traduit par la croissance externe mais aussi le développement intégré d’une nouvelle marque pensée sur le modèle DNVB (Digital Native Vertical Brand) nommée Dualist et qui propose ses premiers produits. Notre savoir-faire est réellement sur ce volet de structuration des entreprises.  
 

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