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Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
9 juin 2022
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7 minutes
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Rencontre: Casey Cadwallader nous raconte les coulisses de sa vidéo Printemps-Été 2022 pour Mugler

Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
9 juin 2022

Rares sont les couturiers à bénéficier d'un regain d'intérêt tardif comme Thierry Mugler — et rares sont les créateurs à se synchroniser aussi parfaitement avec leur héritage que Casey Cadwallader, qui a dévoilé mercredi la vidéo de sa dernière collection pour la maison parisienne.

 

 
"C'est le troisième volet de la trilogie que j'ai réalisée avec Torso Solutions", précise fièrement Casey Cadwallader, que nous avons rencontré lors d'une avant-première exclusive de la vidéo de sa collection Printemps-Été 2022, tournée dans les studios Paramount à Los Angeles.
 
"Nous nous sommes un peu plus amusés que les autres fois, un vent de folie soufflait sur le plateau. Parfois, les filles nous demandaient : "Oh, mon Dieu ! Qu'est-ce que vous allez me faire faire maintenant ?"", confie le designer, qui a pris les rênes de Mugler en décembre 2017.


Casey Cadwallader - Photo : Courtesy of Mugler


Comme ses deux précédentes vidéos, celle-ci met en scène une série de muses éclectiques — des stars de notre époque comme Bella Hadid et Megan Thee Stallion qui s'affiche sur un panneau virtuel, jusqu'aux icônes Amber Valletta, Natasa Vojnović et Shalom Harlow, en passant par les stars de cinéma ou les rejetons de célébrités comme Chloë Sevigny ou Lourdes Leon.
 
Cette belle équipe propose une performance sensuelle tout au long de la vidéo, s'étalant et se bécotant sur des limousines interminables, glissant sur des dollies de caméra ou faisant des galipettes sur les trottoirs du studio. Décors : un mélange de petites villes américaines, d'entrées de métro new-yorkaises et de scènes de films de gangsters — un cadre idéal pour dévoiler la vision en mouvement, très dénudée, de Casey Cadwallader pour Mugler, où s'exposent sans rougir les fesses et les ventres des femmes. Tout en rendant hommage à la silhouette de super-héroïne imaginée par le fondateur Thierry Mugler, rafraîchie par des découpes audacieuses et des sangles et ceintures astucieusement placées. L'ADN anatomique de la maison s'épanouit dans de fabuleux corsets bio-morphiques qui se transforment en jeans de sirènes, comme celui porté par Adut Akech.


Mugler - Printemps-Été 2022


Des Valkyries règnent sur la Californie, vêtues de faux denim stretch, de mousseline de soie ou de cuir moulé ; puis le styliste lui-même marque un temps d'arrêt en se glissant sur le capot d'une Lincoln.
 
"Désormais, les gens savent à quoi s'attendre de ma part. J'ai voulu m'évader et tourner dans les studios Paramount, avec une ambiance rappelant New York mais à Los Angeles. Nous aimons ce surréalisme étrange... Sans doute mon côté bassement commercial à l'américaine", plaisante Casey Cadwallader.
  
"Nous avons tous pris des chemins détournés pendant la pandémie. À mon avis, une vidéo peut faire office de défilé de mode pour 10 millions de personnes. Si je me contente d'un simple défilé, je ferme une porte. Dans notre vidéo, Bella vous regarde droit dans les yeux. Impossible pour moi d'y renoncer".
 
La vidéo est publiée neuf mois après l'ouverture de la grande rétrospective sur Thierry Mugler au Musée des Arts Décoratifs, Couturissime, qui rend hommage à cet artiste multidisciplinaire unique dont les idées ont exercé une influence sur la mode, la photographie, les clips musicaux, la parfumerie et même les droits des personnes homosexuelles.
 
"Ce qui était si précieux chez Manfred, c'est qu'il enfreignait les règles et n'hésitait pas à faire ce qu'il voulait", rappelle Casey Cadwallader.


Mugler - Printemps-Été 2022


"Il a bouleversé le système en 1987, et même dès 1977 ; à l'époque, le public n'assistait pas aux défilés de mode. Seules les rédactrices y avaient accès, puis les vêtements apparaissaient dans un magazine six mois plus tard. Maintenant, pendant les défilés, les téléphones permettent de diffuser l'événement en direct. Il s'agit donc de donner un nouveau souffle au format de ce type d'événement : pour un créateur, c'est une tâche très difficile. Les shows sont à la fois très coûteux et très risqués", lâche-t-il en haussant les épaules.
 
Casey Cadwallader a découvert Couturissime à Montréal. L'exposition lui a donné l'impression "d'être giflé par une main géante... J'ai été particulièrement impressionné par ses grandes pièces couture. Elles étaient éblouissantes. J'en avais déjà vu beaucoup au bureau. Mais ça ne m'a pas empêché de prendre plein de photos de détails, c'était fou.
 
"Perdre Manfred juste au moment où je commençais à le connaître, car nous ne nous sommes vraiment rencontrés qu'au cours de sa dernière année, m'a rendu très triste. C'était un être extraordinaire. Je pense toujours à lui et j'espère qu'il aime ce que je fais. J'ai eu l'occasion de lui montrer que je l'avais compris", confie-t-il.
 
Lorsqu'on lui demande de définir l'ADN de Mugler, il répond : "Il y a tellement de couches différentes. Rien que la construction des vêtements est unique. La structure, la sculpture, le sens de l'anatomie et de la mise en valeur du corps. Sans oublier le sens du spectacle, éblouissant, et la volonté de représenter la version la plus puissante et la plus moderne de soi-même. Ou encore, l'idée qu'il existe tout un éventail de beautés et d'expressions de soi — les hommes peuvent être féminins et les femmes masculines et tout ce qui se trouve entre les deux !"


Mugler - Printemps-Été 2022

 
Mugler a commencé son parcours artistique en tant que danseur professionnel, un début de carrière auquel la vidéo rend un hommage appuyé. Dans un dernier passage, la danseuse étoile Maria Kochetkova et la superstar du voguing Barbie Swaee font virevolter une robe d'archive à sequins suspendue à un col en Perspex moulé.
 
Comme Thierry Mugler, originaire de Strasbourg, en France, Casey Cadwallader n'a pas grandi dans une métropole, mais dans l'État du New Hampshire, et a étudié l'architecture dans la célèbre ville universitaire de Cornell, avant qu'un stage d'été chez Marc Jacobs ne le conduise à la création de mode.
 
"Je me disais que la mode serait plus stimulante pour moi. Je pensais que l'architecture reviendrait un jour. Alors oui, j'ai fait le grand saut, et mon grand-père n'était pas très content. Il m'a dit : "Tu viens d'être diplômé de l'école d'architecture la plus difficile des États-Unis et maintenant tu vas travailler dans la mode ?" et j'ai répondu "oui !".
 
"Donc, quand j'ai terminé Cornell, j'ai déménagé à Brooklyn, et j'ai immédiatement commencé à travailler dans la mode. Ensuite, je suis allé à Madrid, chez Loewe. Puis à Londres, et à New York chez Narciso Rodriguez ; j'y suis resté cinq ans. Puis je suis revenu à Paris pour Acne Studios, et j'ai fait des allers-retours entre Stockholm et Paris pendant trois ans. Aujourd'hui, cela fait quatre ans que je suis ici. Quatre ans déjà... Ouah ! ", s'étonne le créateur de 42 ans.


Mugler - Printemps-Été 2022


"Quand j'ai appris que Mugler cherchait un nouveau designer, je me suis dit qu'il fallait que je me lance. Je ne suis pas Manfred, et je ne le serai jamais. J'aime beaucoup les codes de la maison, mais à ma façon. Ce que j'aime, c'est explorer la coupe et la ligne d'une hanche et d'un fessier bien galbés. Le goût des zones érogènes, avec un certain sens de l'humour. À la fois parisien et raffiné, mais aussi coquin et pervers", explique-t-il en riant.

Grâce au renouveau suscité par le jeune designer, Mugler est devenu l'une des marques préférées de Kim Kardashian West, Cardi B, Dua Lipa, Doja Cat et Miley Cyrus, qu'elles portent ses créations ou des pièces d'archives.
 
Quand a-t-il entendu parler pour la première fois de Thierry Mugler ?
 
"Devant Fashion TV que je regardais beaucoup quand j'avais 10 ans. Quand ses défilés passaient, je me disais "ouah ! C'est tellement différent des autres !". Ou alors, c'était dans le clip de "Too Funky" de George Michael. Tout le monde chez moi adorait George Michael, je me souviens que c'était tellement fou et décadent. À l'époque, je ne savais pas que c'était Manfred qui l'avait réalisé, parce qu'il laissait croire que c'était George Michael lui-même", s'amuse-t-il.


Mugler - Printemps-Été 2022


Quelle que soit la suite des événements, Casey Cadwallader est déterminé à innover à chaque saison.

"Manfred allait toujours de l'avant. Quel est le matériau le plus novateur ? Quel est le procédé le plus pointu ? Pour moi, il s'agit de perpétuer les constructions iconiques de Mugler, mais en trouvant de nouvelles technologies et de nouveaux tissus pour rendre les vêtements vraiment contemporains. Comme il l'aurait fait. Il était à toujours à l'affût de la nouveauté. À mon avis, l'univers de Mugler repose sur cet équilibre fragile entre raffinement et impudeur".
 
"Au studio, c'est une blague récurrente: nous regardons tout autant les défilés couture que des performances de stripteaseuses. Des choses bizarres, voire salaces, qu'on trouve sur internet, dont on se dit qu'on pourrait les rendre plus chics ! Mais il faut être capable de plonger dans cet univers. Vous savez, Manfred faisait défiler des stars du porno gay... En résumé, ici tout est acceptable, tout est possible."

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