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Publié le
16 mai 2021
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Rym Trabelsi (Clear Fashion): "C'est grâce aux consommateurs que l'industrie textile va évoluer"

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AFP-Relaxnews
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16 mai 2021

(ETX Studio) - Après avoir enrichi son application du scan des codes-barres en janvier, Clear Fashion ajoute une fonctionnalité qui permet aux consommateurs de partager des avis sur la qualité de leurs vêtements. Rym Trabelsi, cofondatrice de Clear Fashion, nous en dit plus sur cette nouveauté, et nous explique comment l'équipe travaille avec les marques pour permettre aux consommateurs de choisir leurs vêtements en toute transparence.





ETX Studio: Pouvez-vous nous parler de la toute nouvelle fonctionnalité* de Clear Fashion ? 

Rym Trabelsi: Nous avons déjà plusieurs fonctionnalités sur l'application, dont l'analyse des marques qui est la fonctionnalité phare généralement utilisée en amont des achats, et le scan des codes-barres qui permet aux consommateurs de scanner les vêtements en boutiques. Et depuis plus d'un an, on réfléchit à un moyen de créer un indicateur qui va permettre de savoir combien de temps vont durer les vêtements que nous achetons. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'on analyse déjà l'impact environnemental de la production des vêtements, mais une grande partie de cet impact dépend également de leur durée de vie. La difficulté c'est qu'il n'y avait pas de méthodologie existante et applicable qui pouvait permettre d'évaluer cette durée de vie. Nous avons donc pensé que la meilleure façon était de demander directement aux consommateurs. Plus nous aurons d'avis sur la qualité des vêtements, plus les informations seront pertinentes et précises. 

ETX Studio: En quoi cela aidera les consommateurs ?

RT: Cela leur permettra d'abord d'acheter plus responsable. Si les consommateurs se tournent vers un label, des matières bio, voire une fabrication locale pour l'achat d'un jean, par exemple, mais que celui-ci ne dure que trois mois, c'est problématique. L'idée est donc de leur permettre d'avoir un avis, qui peut les guider, sur la qualité d'un vêtement avant de l'acheter. Cela permet de mieux consommer, mais également de faire potentiellement des économies. Il s'agit aussi pour nous d'avoir des données pour faire prendre conscience aux marques que leurs produits sont plus ou moins qualitatifs. C'est un argument que l'on pourra utiliser pour inciter les marques à améliorer leurs pratiques, et notamment leurs techniques de conception et de fabrication.

ETX Studio: N'avez-vous pas peur que ces avis soient biaisés car très subjectifs ?

RT: Il faut savoir que cette fonctionnalité fait partie de la recherche appliquée, la recherche scientifique. Nous sommes accompagnés par des laboratoires, des experts, pour améliorer nos méthodes. Nous avons effectivement pensé à ce problème, mais pour y remédier, nous avons fait le choix de ne pas juste demander un avis. Nous demandons une note, un commentaire, mais aussi des questions précises sur les potentielles altérations (jaunissement, bouloches, problème de coutures, etc.), et nous posons également des questions sur la façon dont les consommateurs utilisent les vêtements. C'est nécessaire pour relativiser, car la durée de vie d'un vêtement peut considérablement varier selon la fréquence de lavage ou l'usage qui en est fait. A partir de ces informations, et en fonction du nombre d'avis, nous allons pouvoir faire des statistiques qui vont permettre de rendre les avis de plus en plus pertinents. 

ETX Studio: Cette nouvelle fonction intervient seulement quelques mois après le lancement du scan des codes-barres. La transparence est-elle devenue un critère primordial pour les consommateurs ?

RT: Oui, tout à fait. Aujourd'hui, nous avons plus de 200.000 utilisateurs et c'est un bon signe car malgré la fermeture des magasins, ils ont continué à utiliser l'application. Il y a vraiment une prise de conscience de la part des consommateurs, qui se rendent peut-être plus compte en période de crise qu'il faut construire le monde de demain et que ça passe par leurs achats. Cela explique sans doute qu'il y ait de plus en plus de consommateurs qui utilisent Clear Fashion malgré le fait que la situation ne soit pas idéale en ce moment. 

ETX Studio: Vous travaillez également directement avec les marques. Sont-elles conscientes des efforts à fournir en termes de transparence pour répondre à ces nouvelles attentes ? 

RT: Bien sûr, elles s'en rendent compte. Chaque mois, nous regardons le nombre de recherches qu'il y a eu sur chacune des marques, et le nombre de demandes de référencement sur chacune des marques. Plus il va y avoir de recherches et de demandes de la part des consommateurs, plus nous allons avoir d'arguments pour tenter de convaincre les marques d'être plus transparentes. Car il n'est plus ici question de tendances, mais de chiffres concrets. Quand on contacte les marques, on va leur dire, par exemple, qu'il y a eu 5.000 ou 20.000 recherches les concernant; ce qui signifie très concrètement que leurs clients sont en quête d'informations sur leurs pratiques, les lieux de production des produits, etc. C'est chiffré, c'est objectif, donc les marques n'ont plus vraiment le choix, elles prennent forcément conscience que cette demande existe, qu'elle est réelle. Les marques ne peuvent donc plus fermer les yeux. Et ce qui est positif, c'est qu'il y a quand même beaucoup de marques qui réagissent, qui nous répondent, et qui acceptent de renseigner ces informations. Et il faut préciser que ce n'est pas forcément dans leur intérêt, car ce n'est pas parce qu'elles fournissent ces informations qu'elles auront des bonnes notes. Mais au moins, elles font l'effort de dire aux consommateurs où elles en sont.

ETX: Est-il possible que les marques vous donnent certaines informations, sur les matières par exemple, tout en refusant d'aborder d'autres sujets comme les conditions de travail ?

RT: Nous avons un questionnaire avec plus de 60 questions, et les marques peuvent répondre à tout ou une partie de ce questionnaire. Mais si elles ne répondent pas à telle ou telle question, nous allons considérer que c'est un manque d'information. Ca va finalement avoir un effet malus sur les notes de la marque, car on va se dire que soit la marque a l'information mais n'a pas envie de la donner car ce n'est pas valorisant, soit elle n'a pas du tout l'information. Dans les deux cas, ça ne peut pas être positif en termes de notation. Finalement, pour nous, ne pas répondre est une information, voire une problématique.

ETX: Comment savoir si une marque donne de "vraies" informations ? 

RT: Le questionnaire est très factuel. On pose des questions sur les lieux de production, les ateliers, les audits réalisés, les matières, ou les contrôles de matières des collections actuelles, et on ne prend pas en compte les futurs engagements des marques. Et surtout, chacune de ces déclarations doit être justifiée avec des preuves. Cela peut être des documents de tiers indépendants, des contrats, des extractions de documents internes, etc.

ETX: Avez-vous observé un changement de comportement de la part des consommateurs avec la crise sanitaire ?

RT: C'est difficile à dire car Clear Fashion est très jeune. Nous ne sommes là que depuis septembre 2019, et six mois après on était déjà confinés. Il est donc impossible de faire une comparaison avec l'avant-pandémie. Quand nous avons lancé l'application, il y avait beaucoup plus d'usage en boutiques, et forcément les habitudes ont changé. Pendant la première phase de Covid-19, beaucoup de gens utilisaient l'application pour faire le tri dans leurs vêtements, découvrir de nouvelles marques, et avoir une penderie en adéquation avec leurs valeurs. Finalement, avant, on avait des consommateurs qui étaient plutôt curieux, qui voulaient s'informer avant d'acheter, alors que désormais ça prend plus la forme d'un engagement. On sent qu'il y a eu une prise de conscience plus forte. 

ETX: Au-delà d'accompagner les consommateurs au quotidien, est-ce que les applications comme Clear Fashion cherchent également à éveiller les consciences ? 

RT: Forcément, car nous sommes convaincus que c'est grâce aux consommateurs que le secteur va évoluer. D'un point de vue économique, les consommateurs c'est la demande. Et en changeant la demande, en envoyant des signaux aux marques, on va changer l'offre pour la rendre plus vertueuse et responsable. Donc nous voulons fédérer les consommateurs, leur donner les clés, pour leur permettre de faire en sorte que les marques évoluent et changent leurs pratiques. Si les marques changent de fournisseurs, par exemple, c'est l'ensemble de la filière qui va évoluer.

ETX: Avez-vous d'ores et déjà de nouveaux projets pour 2021 ?

RT: Nous avons d'autres projets, bien sûr. Depuis le début de cette aventure, nous sommes convaincus que ce qu'il y a de mieux pour informer les consommateurs, c'est leur permettre de rentrer dans un magasin et d'avoir directement les étiquettes des articles avec la note sociale, environnementale, bien-être animal, et santé. Nous sommes donc en train de travailler avec des marques qui ont fait évaluer leurs vêtements pour qu'elles puissent utiliser nos notes et les étiqueter en physique ou en ligne. Ca serait les mêmes notes que sur l'application, mais plus accessible et à plus grande échelle.

ETX: Peut-on dire que le jour où Clear Fashion ne sera plus indispensable, ce sera une bonne chose ?

RT: C'est marrant, car nous nous sommes récemment demandé si Clear Fashion avait une durée de vie. Je le dis franchement, je rêve que les consommateurs n'aient plus besoin de s'informer sur les marques car la norme est devenue l'éco-responsabilité. Ca serait l'idéal, et j'en serais ravie. On aurait tout gagné. Mais l'application pourrait malgré tout avoir une autre utilité. Aujourd'hui, les consommateurs l'utilisent pour éviter d'acheter certains produits, que ce soit parce qu'ils ont été faits par des enfants ou dans la maltraitance animale ou parce qu'ils polluent trop. Dans le futur, même si l'éco-responsabilité est la norme, je pense qu'il sera toujours nécessaire de s'informer, sauf que ce sera cette fois pour privilégier certains facteurs. Cela pourra être pour soutenir une région, par exemple, ou pour soutenir le lin français. Il sera toujours intéressant de savoir qui a fait nos vêtements, même si c'est fait dans de bonnes conditions.

* La fonctionnalité est déjà disponible. Pour celles et ceux qui disposent déjà de l'application, il suffit d'une mise à jour.
 

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