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6 déc. 2016
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Savoir-faire : la transmission face aux technologies nouvelles

Publié le
6 déc. 2016

Le 6 décembre se tenait à la Gaîté Lyrique (Paris IIIe) le premier Forum de la Mode. Une journée de conférences qui, parmi les nombreux sujets abordés, a permis d’évoquer la question de la transmission des savoir-faire à l’heure de l’émergence de nouvelles formes de production.
 

Table ronde "Savoir-faire et nouveaux modes de production" - MG/FNW


« Nos savoir-faire, ils étaient jusque-là dans nos entreprises. Il faut maintenant les faire sortir de la production pour les amener à la rencontre des nouvelles générations », a ainsi expliqué devant une salle comble Jacques Martin-Lalande, président du groupement de la Fabrication Française (GFF). Pour le gérant de France Luxury Shirt, même le calendrier semble idéal. « On sent actuellement une passion nouvelle des jeunes générations pour le travail manuel. Il suffit de voir ce qu’il se passe dans l’univers de la cuisine, qui fait d’un coup l’objet d’un engouement incroyable. Je sens un renouveau. C’est pour moi un vent porteur. »
 
« On n'est pas arrivé en Europe, en France comme en Italie, à rendre nos métiers sexy », déplore Maurizio Liotti, directeur industriel du prêt-à-porter femme et homme Christian Dior Couture. « Nous avons perdu la main sur la communication. Les gens en sont venus à penser que, chez nous, on peut être soit vendeuse soit designer. De fait, on n'a aucun impact sur le processus de formation. En plus, à Paris, les principaux efforts sont portés sur la création et le modélisme. Il faut faire en sorte que les gens découvrent la passion pour ce métier. C’est un métier dur, pas facile. Sans passion, ce n’est pas possible. »

Un constat partagé par le dentellier nordiste Sophie Hallette. « On a découvert que si on n'allait pas voir les élèves des écoles de mode, ils ne connaîtraient pas nos matières », explique sa directrice marketing, Maud Lescroart, qui évoque les programmes d’accompagnement de jeunes designers mis en place. « Il faut du temps, car nos machines leavers sont capricieuses, tant à l’apprentissage qu’à l’usage. Il n’y a pas de limite à la création, avec désormais des dentelles incluant silicone, cuir, même des bandes de cassettes VHS… Il nous faut deux ou trois mois pour dessiner une nouvelle dentelle, pour qu’ensuite nous proposions nos propres créations aux marques. Le facteur important est de nous laisser le temps d’innover. »
 
Innovation qui n’est pas étrangère à Catherine Gorgé. La secrétaire générale de Prodways Technology et administratrice du groupe Gorgé est une des spécialistes de l’impression 3D, déjà employée par nombre de marques. « En impression 3D, il n'y a pas de minimum de commande. On va avoir bien souvent des budgets très compétitifs », explique-t-elle. « On vient nous voir parfois très tôt dans les process, pour aider à déterminer les matières d’une collection. Mais, maintenant, certains arrivent avec leurs propres modèles 3D et nous traitons de plus en plus avec des chefs de produit, directeurs artistiques, voire directeurs de production. Car l’évolution technologique permet de s’adresser clairement à cet univers : l’an passé, nous avons fabriqué 600 000 pièces via 30 machines tournant jour et nuit. »
 
« Il faut remettre l’usage au centre de nos questionnements », pour Pascal Denizart, directeur général du Centre européen des textiles innovants (Ceti). « Beaucoup de gens viennent nous voir sans réel cahier des charges, mais avec en tête un usage spécifique auquel un tissu doit répondre. Le travail est donc fait en amont d’une réflexion purement commerciale », explique le responsable, pour qui l’enseignement est un devoir clef de la filière. « Nous estimons que c’est notre rôle d’aider les jeunes créateurs et les projets d’étudiants. Nous sommes là pour accompagner la professionnalisation de leurs concepts. Mais, forcément, nous sommes un peu élitistes car cette activité se fait de notre initiative ». Un appel du pied à l’Etat, à de multiples reprises invité durant le Forum à davantage soutenir la transmission du savoir-faire.

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