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Schiaparelli dévoile le deuxième volet de son prêt-à-porter chez Bergdorf Goodman

Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
today 14 déc. 2018
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Vendredi, Schiaparelli lance sa collection capsule, baptisée La Victoire Rose, chez Bergdorf Goodman. Une approche inédite pour relancer une légende, une maison née en 1927, bien avant la télévision et Internet. Sa longue relance est le fruit d'une démarche bien particulière, bien que marquée par une certaine logique à l'italienne. Rien d'étonnant non plus, puisque sa fondatrice et son propriétaire actuel sont tous deux italiens. Elsa Schiaparelli, née à Rome en 1890, fut l'une des plus grandes couturières et révolutionnaires de la mode de tous les temps - son coloris fétiche : le rose shocking. Diego della Valle, 64 ans, milliardaire originaire de la région des Marches, qui contrôle également Tod's, Hogan et le club de football de la Fiorentina, a racheté Schiaparelli en 2007.
 

Une tenue de la collection « Story #2, La Victoire rose » de Schiaparelli - Photo de Sharna Osborne

 
Vendredi, Schiaparelli dévoile Story #2, le deuxième volet de sa nouvelle division prêt-à-porter et accessoires, une garde-robe concise de 31 pièces, dans son point de vente éphémère récemment installé chez Bergdorf Goodman. Story #1 faisait référence à Man Ray et au surréalisme en photographie - la collection a été lancée en septembre dernier.

« L'idée est d'accumuler les histoires, chaque fois par le biais d'une collection capsule », explique Delphine Bellini, PDG de Schiaparelli, autour d'un café sur la place Vendôme. Une stratégie qui fait écho au nouveau projet « T Factory » concocté par Diego Della Valle pour Tod's, un nouveau centre de création consacré spécialement aux collaborations, qui ont débuté cet automne avec Alessandro Dell'Acqua.

La collection Story #2 fait des allers-retours entre l'imagerie antique de la jeunesse romaine de Schiaparelli, ses séjours à New York et l'obsession contemporaine pour le sportswear. Comme un bomber en fausse fourrure rose vif, avec une merveilleuse doublure en soie - imprimée de déesses ailées portant des casques de football américain et tenant des têtes d'Arcimboldo. Pour le soir, la marque parisienne a prévu des robes de cocktail envoûtantes, envahies de perles folles et de plumes torsadées.

En septembre, Delphine Bellini a également lancé un nouveau sac en cuir finement ouvragé, le Secret, avec fermoir en forme de cadenas doré, proposé en rose vif évidemment, ainsi que dans un motif dessiné noir et blanc représentant la lune. Le même motif est imprimé sur une veste du soir en soie grège noire. Des anoraks en nylon froncé, des robes-manteau en soie rose vraiment « shocking » et de superbes sweatshirts en cachemire ornés de motifs surréalistes - des yeux effrayés, des images de Dali et des photos de Man Ray. Des pulls et des vestes de baseball sur lesquels défilent des déesses casquées, arborant des serrures géantes en guise de trophées - le tout brodé de perles bleu océan, vraiment magnifiques. La collection est conçue par une équipe de créateurs - quant à la prochaine collection couture de la maison, dessinée par Bertrand Guyon, elle sera présentée le 21 janvier, à l'Opéra de Paris, comme la saison dernière.


Une tenue de la collection « Story #2, La Victoire Rose » de Schiaparelli - Photo de Sharna Osborne


L'éclectisme de la fondatrice romaine se manifeste dans des broches en forme de masques d'actrice tragique et dans ses fameux boutons de manchette en bronze, avec vernis à ongles rose. « La couleur donne un plaisir extatique.... Elle permet d'abaisser ou de relever les lignes, de modifier les courbes, d'accentuer tel ou tel point, mais l'harmonie doit rester. Les Grecs comprenaient cette règle et donnaient à leurs déesses la sérénité, la perfection et l'apparence fabuleuse de la liberté », écrivait Elsa Schiaparelli dans ses mémoires, Shocking Life.

Tous les nouveaux modèles sont exposés à l'intérieur du grand magasin dans des malles géantes ; des écrans vidéo reproduisent les panoramas de la place Vendôme, de l'aube au crépuscule.

Le prêt-à-porter Schiaparelli n'est pas vraiment bon marché : la robe de cocktail tape-à-l'œil coûte 6 000 dollars, mais les sweatshirts d'entrée de gamme coûtent 300 dollars. Le chiffre d'affaires de la maison équivaut à quelques millions et, pour l'instant, il n'y a pas de projets immédiats pour diffuser un parfum ou proposer du prêt-à-porter masculin. Selon les normes contemporaines, la maison se développe à la vitesse d'un escargot. Delphine Bellini explique : « Nous devons avancer prudemment. Nous ne voulons pas nous précipiter, nous venons de lancer le prêt-à-porter. Nous n'allons ni trop vite ni trop loin, nous devons respecter la maison et ses valeurs. Comme il ne s'agit pas d'une marque émergente, nous devons être très prudents. On ne peut pas jouer avec notre héritage, on n'a pas le droit d'échouer ! »

La maison mijote à petit feu. Chaque saison, de nouveaux éléments s'ajoutent au salon-boutique - comme ces deux anciens mannequins en bois du XIXe siècle, baptisés Pascal et Pascaline par Elsa elle-même. « Schiaparelli a même organisé une cérémonie de mariage pour ce drôle de couple, vous imaginez ? » sourit Delphine Bellini. Autres additions récentes : les étagères parfaites de Jean-Michel Frank, un tableau presque psychédélique avec des papillons, des arlequins, des duchesses et la colonne de Napoléon sur la place Vendôme.


La fondatrice de la maison, Elsa Schiaparelli - Photo : Schiaparelli


La nouvelle collection ne sera disponible que sur deux sites : chez Bergdorf Goodman et au siège de Schiaparelli, au 21 de la place Vendôme. On n'y trouve pas une boutique au rez-de-chaussée, mais un salon au troisième étage, du côté Nord, le plus ensoleillé de la place.

« À cause de la démocratisation de la mode, on trouve tout partout. Nous voulons absolument rester exclusifs. Et offrir la meilleure expérience », explique Delphine Bellini, qui porte une veste en soie imprimée d'un patchwork de photographies de Man Ray, ornée de boutons farfelus. Le photographe surréaliste est le leitmotiv de la première capsule, tandis que les boutons sont une signature emblématique de l'univers de Schiaparelli. Le sculpteur Alberto Giacometti les fabriquait spécialement pour Elsa.

« Madame Schiaparelli a tant donné aux femmes en termes de culture, d'art et de liberté. C'était une couturière entreprenante, ce qui est très inspirant pour les femmes d'aujourd'hui », insiste Delphine Bellini.

« Story n°2 est une garde-robe pensée pour correspondre à une journée décontractée, aussi bien qu'à une soirée branchée. L'année prochaine, nous voulons organiser des événements, d'autres boutiques éphémères, probablement d'autres villes. L'essentiel est d'apporter une certaine magie et une certaine surprise », conclut-elle.

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