×
Publicités

Schiaparelli : les débuts d'un Américain à Paris

Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
today 1 juil. 2019
Temps de lecture
access_time 4 minutes
Partager
Télécharger
Télécharger l'article
Imprimer
Cliquer ici pour imprimer
Taille du texte
aA+ aA-

Le monde de la mode raffole des débuts solo d'un créateur, surtout en haute couture. L'impatience était palpable, lundi matin, avant le premier défilé couture du créateur d'origine texane Daniel Roseberry.


Schiaparelli - Automne-hiver 2019 - Haute Couture - Paris - © PixelFormula


Devant le Pavillon Cambon, où avait lieu le défilé, les paparazzi s'agitaient pour saisir un cliché de Céline Dion, venue avec sa cour pour assister au show, entourée de dizaines d'influenceurs. À l'intérieur, quand les lumières se sont éteintes, Daniel Roseberry a donné le coup d'envoi du défilé en s'installant devant une table à dessin, au milieu du podium à peine éclairé. En bande-son, les bruits assourdissants d'un métro new-yorkais franchissant le pont de Manhattan.
 
« Le dessin, c'est le point de départ de la couture. Et cette collection a commencé dans un petit studio crasseux à Chinatown en septembre dernier », expliquait Daniel Roseberry, un charmant trentenaire à la barbe bien taillée, juste après le défilé.

Le créateur texan a passé plus de dix ans aux côtés de Thom Browne : le sens du spectacle cultivé par le créateur new-yorkais a clairement déteint sur Daniel Roseberry, dont le défilé avait des allures de performance artistique. Et comme son ancien patron, son assurance sereine pourrait presque être agaçante.


Schiaparelli - Automne-hiver 2019 - Haute Couture - Paris - © PixelFormula


Le défilé a commencé avec une douzaine de tenues de jour remarquables. Un blazer à la coupe impeccable, de superbes vestes militaires portées simplement avec un corset et des collants de couleur chair, et surmontées d'un petit couvre-chef métallisé. Une parka gris-vert - couleur baptisée « Grand Hotel Milano sofa » dans le programme du défilé - prolongée par une double traîne au dos. Une petite robe de cocktail en cuir sculpté métallisé portée par un mannequin qui arborait un immense serpent doré enroulé autour du cou.

Pour le soir, Daniel Roseberry a progressivement injecté des touches surréalistes, caractéristiques de la maison Schiaparelli, du motif animalier réalisé en minuscules perles jusqu'à ce mémorable mouchoir transformé en couvre-chef. Le jeune couturier a également présenté quelques robes cage sensationnelles, réalisées en rubans de cristaux, portées avec des vestes ornées de dizaines de pendentifs miniatures. Le finale avait de quoi impressionner, avec plusieurs robes géantes - des chefs-d'oeuvre de construction flou, comme d'immenses sculptures en barbe à papa.


Schiaparelli - Automne-hiver 2019 - Haute Couture - Paris - © PixelFormula

 
« À vrai dire, j'ai passé le mois de décembre à déambuler jusqu'à mon studio new-yorkais, à l'aube, au milieu de l'hiver. Et pendant quatre semaines, nous avons préparé une proposition que nous avons soumise à Diego della Valle pour la première collection. Voilà où nous en sommes », nous a-t-il expliqué, tout en nous présentant la collection en avant-première.

Daniel Roseberry dispose visiblement d'un talent considérable et, fait remarquable après seulement une saison de haute couture, il semble très à l'aise avec son atelier de fabrication.

Daniel Roseberry est le troisième créateur à prendre les rênes de Schiaparell depuis que le milliardaire italien Diego della Valle a racheté la marque, alors moribonde. Sa collection est probablement la plus aboutie des trois. Aujourd'hui, Schiaparelli a soudainement retrouvé sa pertinence et sa modernité. Et son sens de la concurrence... Le choix de l'emplacement ne peut avoir été fait au hasard : Daniel Roseberry a mis en scène son défilé à deux pas du magasin historique de Chanel, dont la fondatrice, Coco, était la plus grande rivale d'Elsa Schiaparelli. 


Schiaparelli - Automne-hiver 2019 - Haute Couture - Paris - © PixelFormula


Cela dit, Daniel Roseberry a peut-être souffert d'un des défauts de ses prédécesseurs : il s'est éparpillé. Schiaparelli avait une imagination si fertile que son ADN est illimité et ses successeurs se sont souvent attaqués aux codes de la maison sans vraiment les maîtriser.
 
Né à Dallas, Daniel Roseberry a déménagé à New York il y a 13 ans pour étudier le design au Fashion Institute of Technology pendant deux ans, avant de rejoindre Thom Browne, à sa sortie de l'université. Un conseil : il devrait s'inspirer des méthodes de Thom Browne, qui crée des collections finement ciselées, souvent coupées dans seulement deux types d'étoffes, comme le seersucker et la flanelle.
 
Ce lundi matin, Daniel Roseberry est descendu dans la fosse aux lions, faisant ses débuts solo devant le jury le plus sévère de la mode - les journalistes, critiques et stylistes de la couture parisienne, dont la réputation n'est plus à faire. Si sa collection était intelligente, riche et inventive, bourrée d'astuces stylistiques, de clins d'oeil et d'ornements, elle n'a pas réussi à impressionner autant qu'on l'attendait.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
© 2019 FashionNetwork.com