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5 avr. 2012
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Sites "communautaires" de créateurs: atouts et faiblesses

Publié le
5 avr. 2012

Etsy, Alittlemarket, Dawanda… les sites consacrés à l’artisanat sur internet se multiplient sur la toile. Le principe, réunir le plus grand nombre de créateurs, généralement amateurs, pratiquant le fait-main ou cultivant le goût du vintage, et proposer leurs produits à vendre. Un immense showroom ouvert sur la planète. Et une vitrine où les talents en herbe espèrent gagner en notoriété… plus qu’en chiffre d’affaires.


Les boucles d'oreilles corset de Passyflore, sur alittlemarket

Leader sur le marché, et d’abord lancée aux Etats-Unis, Etsy est la première "communauté" d’artisans à avoir été imaginée, en 2005, à Brooklyn. Un Américain, Rob Kalin, constatant les grandes difficultés des jeunes créateurs à percer, décide de fonder une plateforme rassemblant tous les talents. "Créer un monde où les micro-entreprises jouent un rôle prépondérant dans le développement de l’économie, où les économies locales prospèrent, mettre du cœur à rendre le monde plus juste, plus durable et plus amusant tout en rendant le commerce humain". Voilà le défi, ambitieux, que se lance la société.

Derrière, Dawanda, née à Berlin un an plus tard, s’ancre sur le marché européen avec comme slogan des "Products with love", tous faits à la main. Enfin, Alittlemarket, entreprise lancée en 2009 par trois geeks surdiplômés, mise exclusivement sur le marché français, le made in France comme leitmotiv, très dans l’air du temps...

Et en quelques années, ces idées semblent avoir fait du chemin. Avec plus de 800 000 vendeurs, 13 millions de produits en boutiques, et près de 500 millions de dollars générés en 2011*, Etsy décroche la première place du podium, devant Dawanda, second avec 130 000 créateurs et 2 millions d’articles déposés, et Alittlemarket comptant, lui, 25 000 créateurs et 560 000 articles en ligne.

Question mode, avec 200 000 articles répertoriés sur Etsy, 16 000 chez Alittlemarket et 15 000 sur Dawanda, le choix peut paraître large, mais reste bien inférieur aux bijoux, catégorie best-seller dont les prix bas et les formats, plus pratiques à envoyer qu’une robe, un blouson de cuir ou une paire de bottes, expliquent en partie le succès. Mais, si l’on en croit ces sites, la tendance mode n’en serait qu’à ses débuts... "C’est l’une des catégories qui connaît les progressions les plus fortes en termes de produits mis en ligne et d’achats", reconnait Nicolas Cohen, fondateur de Alittlemarket.

Mais dans la masse, comment les créateurs peuvent espérer sortir du lot ? "C’est vrai que les vendeurs sont nombreux - 2000 environ pour la section mode sur notre site - leur succès dépendra de leur talent bien sûr mais aussi de la qualité des articles mis en vente", résume Nicolas Cohen. Appelée à collaborer avec l'enseigne britannique TopShop dans le cadre d'un pop-up store, la Canadienne Angie, conceptrice de la marque Norwegian Wood, a ainsi été repérée directement sur le site d'Etsy.

Côté frenchy, c'est la fondatrice de la marque Louisabonheur, Christelle Chausson qui, depuis son inscription en 2009 sur Alittlemarket, connaît un engouement étonnant. "En moyenne, je réalise une vente par jour, explique-t-elle. Et aujourd’hui, les ventes sur ce site représentent 40% de mon chiffre d’affaires, les 60% résultant de ventes sur ma boutique en ligne et autres portails dédiés aux créateurs". Un véritable conte de fées pour la créatrice dont les efforts consentis sur la communication et le visuel l’ont probablement beaucoup aidée. "C’est une des clés du succès, résume Nicolas Cohen. En éduquant la communauté de créateurs à davantage travailler sur l’image, à connaître les basiques du e-commerce, vous les aidez à améliorer leur trafic, leur visibilité et leurs rendements".


Headband de WoodooChild (sur DaWanda)

Mais les belles histoires sont rares... Formée au modélisme et au stylisme, Charlotte Couture fait partie des "vendeuses" n’ayant jamais trouvé acquéreur sur les sites de mode artisanale. "J’ai créé ma propre marque, Louie (www.mode-louie.com), en avril 2011, explique la créatrice. Je ne souhaitais pas coller aux marques et aux modes de distribution traditionnels, alors j’ai commencé à créer avant de lancer ma e-boutique, et de vendre mes produits sur Alittlemarket et Etsy. Résultat: zéro vente, à l’inverse des sites multicréateurs**, connus d’une clientèle spécifique, souvent pointue, et qui m’ont ouvert une véritable fenêtre".

Jugés trop grand public pour certains créateurs, Etsy, Dawanda et Alittlemarket ne permettraient aujourd’hui qu’un petit complément de revenu. Preuve en est "l’arrivée en nombre aujourd’hui de jeunes actifs, explique Stéphanie Tramicheck, chargée du développement France d’Etsy, et de blogueuses mode très nombreuses à ouvrir leur boutique, pour compléter leur salaire". Avec une moyenne de 50 à 100 ventes à l’année, le quart d’heure de gloire est effectivement encore loin pour un grand nombre de créateurs***…

Alexis Chenu

*A titre comparatif, eBay annonçait un chiffre d’affaires pour 2010 de 9,5 milliards de dollars.
** Claudine, L’Exception, Balthazard…
*** Sur un panel de 100 créateurs français présents sur les sites Etsy, Dawanda et Alittlemarket.

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