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Solomeo, l'atelier-village expérimental du "Roi du cachemire" italien

Par
AFP
Publié le
today 21 déc. 2007
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SOLOMEO (Italie), 21 déc 2007 (AFP) - Sauvé de ses ruines il y a vingt ans par un entrepreneur utopiste, Solomeo, minuscule village du centre de l'Italie, abrite aujourd'hui l'une des entreprises leader sur le marché du cachemire Made in Italy, qui se targue d'avoir réussi à allier capitalisme et humanisme.


Bruno Cucinellli dans ses ateliers de Solomeo - Photo : Filippo Monteforte/AFP

C'est en 1985 que Brunello Cucinelli, jeune propriétaire d'une petite société de cachemire, rachète pour le restaurer le château délabré de ce bourg médiéval aux portes de Pérouse où il transfère son activité deux ans plus tard.

Ateliers et bureaux se sont au fil du temps étendus à une dizaine d'autres maisons de Solomeo. L'entreprise de Brunello Cucinelli, que la presse italienne a surnommé "le Roi du cachemire", emploie aujourd'hui 440 salariés, collabore avec 1 300 sous-traitants en région Ombrie et réalisera en 2007 un chiffre d'affaires de quelque 116 millions d'euros.

"J'avais envie d'un lieu de travail un peu spécial, pour explorer une nouvelle voie et rendre plus humains les rapports entre employeur et salariés. Et ainsi redonner au travail la dignité qu'on lui a enlevée", explique en souriant Brunello Cucinelli, 54 ans. L'entreprise a ainsi "aboli" les titres hiérarchiques et la pointeuse.


A Solomeo, "quasiment" tous les salariés ont la clé des ateliers. Ils ont des salaires plus élevés que la moyenne. Ils finissent à 18h car "il faut qu'ils prennent soin de leur âme" et de leur corps en faisant du sport ou en se cultivant "pour ne pas perdre la part de créativité qu'il y a en chacun".


Atelier de confection à Solomeo
Photo : Filippo Monteforte/AFP

Et surtout, il doivent prendre le temps de manger à la cantine du village où, autour de grandes tablées, une armée de salariés en pulls de cachemire vient dévorer pour 2,50 euros les plats mitonnés par des cuisinières locales.

"On peut dire qu'on est privilégiés, notre situation n'est pas comparable à ce qu'on peut voir ailleurs, les salaires sont plus hauts, on a des avantages côté vêtements... et puis surtout on travaille sur des produits sublimes", indique timidement Patrizia, affectée au contrôle qualité.

"On a juste besoin d'un peu plus d'humanité, pour pouvoir réaliser ensemble de belles choses", résume Brunello Cucinelli, ponctuant ses phrases de citations de Socrate et Saint-Augustin, roulant entre ses doigts des mèches de laine brute, blanche pour celle en provenance d'Asie, marron pour celle de Mongolie.

Prélevé sur la gorge des chèvres, là où le pelage est le plus doux, le cachemire arrive brut de Chine et de Mongolie pour être filé en Italie, dans un souci de contrôler le plus en amont possible la qualité des quelque 755 000 pièces produites chaque année par la société.


Atelier de confection à Solomeo - Photo : Filippo Monteforte/AFP

Au coeur du château du XIVe siècle, d'immenses photos de chèvres au poil long semblent surveiller les longues étagères de bobines de laine colorée, qui seront tissées à deux fils pour les pulls en maille fine, et jusqu'à dix pour les chandails les plus épais.

Des ouvrières ajoutent les derniers détails à un gilet soyeux, tandis que d'autres contrôlent la qualité des pièces reçues de sous-traitants, auxquels l'entreprise fait de plus en plus appel en raison de l'augmentation des commandes.

Avec ses luxueuses collections - la boutique du village n'affiche pas de prix - Brunello Cucinelli a réussi à se placer dans la petite niche du haut de gamme italien encore peu concurrencée, principalement faute de savoir-faire, par la concurrence chinoise.

Car pour l'entrepreneur "il suffit juste d'être très rapide et efficace, de proposer un produit qui soit quasiment sur mesure, artisanal et de très bonne qualité. Et surtout qui sache raconter l'Italie".

Par Katia DOLMADJIAN

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