Sommet de la mode de Copenhague : un appel (urgent) à jouer collectif

Face aux messages d’alerte des scientifiques sur les dangers du réchauffement climatique et la menace de scandales sanitaires et sociaux, nombre d’acteurs majeurs du luxe et de la mode ont placé les sujets sociétaux et environnementaux dans leurs agendas. Reste que savoir n’est pas agir. A Copenhague, le sommet de la mode qui depuis dix ans fédère l’industrie sur ces questions est allé au-delà des appels à la prise de conscience. Au regard d'une urgence climatique de plus en plus prégnante, le rendez-vous qui a animé la capitale danoise ces 15 et 16 mai 2019 a mis en exergue la nécessité pour le secteur de changer de braquet.


Helena Helmersson, directrice des opérations d’H&M, pense que les hausses de salaires doivent se décider au niveau de l'industrie toute entière - DR

En ouverture du sommet, la princesse Mary de Danemark a notamment souligné que la moitié des acteurs du secteur n’avaient pas encore amorcé de stratégie. « Tous les acteurs doivent mettre en place des actions. Mais il faut aussi mieux comprendre les attentes des consommateurs. Sur la nourriture, ils attendent des produits sains. Mais sur le vêtement, l’émotion et l’affect entrent en jeu. C’est plus complexe d’avoir un discours rationnel, a-t-elle lancée. Il y a pourtant urgence ! Nous ne pouvons pas attendre que le client fasse la demande du produit comme dans l'alimentaire. L’approche doit être inversée. Soyez l’inspiration ! ».
 
Dans un contexte économique délicat en Europe et aux Etats-Unis et face aux incertitudes géopolitiques globales, les dynamiques d’avancées sur les questions sociales et environnementales se sont ralenties par rapport à 2018, selon l’étude Pulse of the Industry présentée lors du salon. Si les petites marques et les labels d’entrée de gamme, qui étaient à la traîne sur ces sujets, ont fait des progrès, les marques de luxe et les géants de la mode ont stagné.

Pour des acteurs qui ont déjà fait les premiers pas et dont l’indice est au-delà de 65 sur 100, les avancées sont plus complexes à réaliser. Souvent cela nécessite de travailler en profondeur leur chaîne de valeur. Des actions qui ont besoin d’être coordonnées. C’est aussi pourquoi, tout au long du sommet, les intervenants ont appelé à des actions collectives.

L'urgence de passer aux actes

« Aujourd’hui les structures existent ; il est possible d’avancer ensemble. Mais les entreprises doivent passer aux actes », a martelé Dorte Rye Olsen, directrice écoresponsabilité du groupe de prêt-à-porter danois Bestseller (Jack&Jones, Only, Vero Moda...) lors d’une table ronde sur les priorités du secteur.

De fait, les challenges sont sur la table, mais « les acteurs du privé qui se battent pour gagner des parts de marché doivent apprendre à travailler ensemble pour avoir un impact significatif »,  a appuyé dans sa prise de parole Paul Polman, président de la Chambre de commerce internationale.

A en croire Carlo Capasa, président de la Chambre de la mode italienne, c’est par le travail collectif que les dossiers prennent de l’ampleur. « En Italie, nous avons créé deux guides avec les entreprises sur le volet environnemental. Même les tanneries y ont participé. Chacun présente ses problématiques et partage l’information. Nous créons une ambiance où chaque société se sent en sécurité pour apporter sa contribution. »

A grande échelle, c’est ce qu’a en projet François-Henri Pinault. Le PDG de Kering a, lors du premier jour du salon, annoncé sa volonté de fédérer les PDG des grands noms de la mode et du luxe afin que tous s’engagent sur un projet commun dans le cadre du prochain G7 qui se tiendra du 24 au 26 août 2019 à Biarritz. Ce "fashion pacte" a pour ambition de proposer des engagements sur les déchets plastiques dans les océans, la biodiversité et le changement climatique.


Martin Frick appelle les marques à travailler avec le monde politique. - DR

Un changement climatique qui est au cœur de la charte de Nations Unies initiée l’an passé. Martin Frick, profondément engagé depuis plus de dix ans sur la question du changement climatique, a lui aussi enjoint les marques à travailler avec les gouvernements et décideurs pour accélérer l’application de projets. Toutes les sociétés du secteur peuvent rejoindre la charte des Nations Unies et avoir un engagement fort sur les questions environnementales.

La question climatique sur toutes les lèvres, les problématiques sociales à la marge

Sur le versant social, les responsables écoresponsabilité Noel Kinder de Nike, Marie-Claire Daveu de Kering, Marissa McGowan de PVH et Anna Gedda d'H&M estiment que les groupes discutent et travaillent déjà ensemble. La prochaine étape sera selon eux d’améliorer la coopération avec les fournisseurs, mais aussi les représentants des salariés.

Si le réchauffement climatique est une urgence, l’impact social, dont il a été assez peu question tout au long du sommet danois, reste un défi majeur d’un secteur qui « s’est construit sur la recherche du coût salarial le plus bas », comme l’expliquait Jenny Holdcroft, d’IndustriAll, organe de défense des droits des salariés. « Un projet isolé n’a pas d’impact, explique Helena Helmersson, directrice des opérations d’H&M. Si vous travaillez sur une usine, un fournisseur, un produit, cela n’a pas de poids. Vous devez travailler à une plus grande échelle. Augmenter les salaires doit se faire au niveau de l’industrie car un même fournisseur peut travailler pour plusieurs marques ».

Reste que l’industrie garde ses vieux réflexes. « J’ai récemment visité des unités de production en Ethiopie où de nombreuses marques font maintenant produire. Les conditions sont vraiment mauvaises », a relevé la représentante du syndicat d’ouvriers bangladais Sommilito Garnments Sramik, qui possède pourtant une connaissance aiguë des conditions de production textile.

Si les déclarations d’intention sont là, le chemin est donc encore long avant qu'elles soient suivies d'effet. Un engagement commun des grands décideurs du secteur serait un signe. Au cours de ces deux jours, l’urgence était sur toutes les lèvres. Le sommet fini, l’heure n’est donc plus aux paroles, mais aux actes.
 
 

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