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Sphere : pleins phares sur la jeune création

Publié le
today 17 janv. 2020
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Designers Apartment change de format et de nom, rebaptisé "Sphere - Paris Fashion Week Showroom". Cette plateforme dédiée à la jeune création, pilotée par la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, se tient pour la première fois pendant la Fashion Week masculine. Une bonne idée pour renforcer le soutien aux talents débutants, qui permet de mieux faire découvrir les collections de menswear et de présenter les pré-collections des marques féminines.

Le duffle-coat revu par Gamut - ph Dominique Muret


Au lieu de se tenir deux fois par an pendant la Semaine du prêt-à-porter féminin, comme auparavant, ce nouveau showroom, se tiendra aussi pendant l’homme, donc quatre fois par an. La première édition de Sphere s'est tenue du 15 au 19 janvier, au Palais de Tokyo avec neuf labels.
 
Cinq figuraient dans la sélection précédente de Designers Apartment.  A commencer par Mossi, la maison aux lignes épurées mêlant art et couture, créée en 2018 par Mossi Traoré, qui côtoie à nouveau dans ce showroom Gamut, née en 2017 sous l’impulsion d’un collectif formé à l’école de Bruxelles La Cambre. Le label se concentre sur un vestiaire pour l’hiver de quelques pièces inspiré de la figure du motard, avec de belles trouvailles en termes de coupes. 

Présent également Egon Lab lancée en 2019 par Florentin Glémarec et Kevin Nompeix, qui met en avant quelques pièces en particulier, comme cette chemise-doudoune matelassée blanche à rayures bleu ciel ou ce blouson en cuir hérissé de clous. 

On y retrouve aussi Ester Manas et son associé Balthazar Delepierre avec sa mode inclusive déclinant tous ses modèles dans une taille unique accessibles à tous les gabarits. Elle lance cette saison les bijoux avec des créations originales à partir de perles récupérées. Sans oublier la marque de prêt-à-porter féminin Boyarovskaya fondée en 2016 par la styliste biélorusse Maria Boyarovskaya et le photographe de mode ukrainien Artem Kononenko.
 
Parmi les nouveaux entrants quatre marques à découvrir : Simon Lextrait, Kits, Mansour Martin et Blue Marble, qui présentent chacun une démarche originale intéressante avec de très beaux produits. Après avoir grandi en Ardèche, Simon Lextrait (28 ans) développe une passion pour l’art moderne et la nature. Deux éléments qui embrassent sa mode avec des pièces toutes particulières et profondément pensées, comme l’illustre cette quatrième collection avec ces t-shirts en maille s'ouvrant sur des béances couvertes d’un filtre en tulle pour un effet optique reprenant le principe lenticulaire.
 

Simon Lextrait et deux de ses modèles - ph Dominique Muret


Un pantalon en coton avec jambes et poches blanc et noir, en miroir inversé, est inspiré de l’avant-garde russe, ou encore un tricot fin en jersey de lin parsemé de fleurs, qui semblent peintes à l’aquarelle, est obtenu par une technique d’impression japonaise consistant à positionner des fleurs fraîches sur le tissu et à les marteler pour que leurs couleurs s’y imprègnent.
 
"Je fais des pièces pragmatiques dans lesquelles j’essaie d’apporter une âme romantique", résume le créateur, attentif aux matières et à sa production essentiellement française. Après une prépa au Beaux-Arts de Lyon, l’HEAD (l’Haute Ecole d’Art et de Design) et un Erasmus à Amsterdam en Fashion design, ce passionné de modélisme a débuté chez Kostas Murkurdis, connu pour avoir été l’assistant d’Helmut Lang. Simon Lextrait a lancé sa marque de menswear en 2017 et est aujourd’hui résident des Ateliers de Paris.
 
Mansour Martin suit un peu la même démarche, avec une approche profondément responsable et le désir de s’ouvrir et nourrir le label au gré des rencontres en collaborant avec des artistes, des ateliers d’artisans et des personnes innovantes. Une grande attention est portée au produit et aux matières avec 85 % de la production réalisée en France, la maille étant fabriquée en Belgique et le jersey au Portugal.
 
Le nom de la marque, crée en 2019, est composé des prénoms des deux fondateurs Belges Mansour Badjoko, pour moitié d’origine congolaise, et Martin Liesnard, auxquels s’est ajouté l’entrepreneur Christophe Trad, actif dans les énergies nouvelles, qui a investi dans la marque et la dirige. C’est avant tout une histoire d’amitié. En particulier entre les deux designers passionnés de mode.
 
Après La Cambre et l’IFM, Mansour Badjoko (33 ans) a lancé quelques projets mode localement sur Bruxelles en enchaînant les stages chez Thom Browne et Balenciaga. Martin Liesnard (34 ans), diplômé en management du luxe et du design, a débuté, après des stages chez Chanel et L’Oréal, en travaillant sur des projets pour Christian Louboutin, puis a intégré la maison AMI pour s’occuper du marketing et de la communication pendant quatre ans.
 

Le sweater signé Mansour Martin - ph Dominique Muret


"Nous aimons le mouvement brutaliste et les formes amples très linéaires", souligne Martin Liesnard. Les deux ont mûri leur projet autour de Mansour Martin pendant deux ans en choisissant un positionnement unisexe. Leur deuxième collection pour l’hiver 2020/21 est composée surtout de pièces à manches toutes assez uniques : un ciel changeant semble se poser sur sweat-shirt à capuche peluche en laine brossée tie and dye, un autre est réalisé avec un brocart retourné avec de l’organza en soie.
 
Un jogger en polyester recyclé à partir des déchets marins est imprimé par sublimation, sans utiliser d’eau, avec un dessin de l’artiste Julien Colombier. Une chemise en soie est décorée de pois en velours dévoré.
 
Autre marque, autre univers. Kits existe depuis 2017 et cinq collections. Comme son nom l’indique, le concept tourne autour du kit de survie du stylist de mode contenant épingles, ciseaux et autre matériel de couture, ainsi que des basiques tels que collants et sous-vêtements. L’idée en est venue à Dorian Walleck (30 ans), originaire de Toulon. Après avoir entamé des études de médecine, ce dernier a bifurqué vers la mode et est devenu stylist photographe travaillant notamment pour le magazine Numéro.
 
C’est au Studio Berçot, qu’il rencontre Kim Tran (30 ans). Cette Américano-Vietnamienne a quitté San Francisco pour s’installer en France en 2012 après avoir obtenu une bourse. Après un stage chez Rick Owens, elle travaille désormais comme directrice artistique de Sprung Frères, maison spécialisés dans les peaux lainées. Les deux stylistes s’associent à Saveria Mendella (25 ans), qui opère dans la communication après des études en linguistique. Le trio lance Kits en 2017 et compte déjà quelques clients entre les Etats-Unis et le Japon.
 
"J’ai commencé en découpant des collants pour faire des hauts, des culottes, etc. J’en suis venu à créer une ligne de basiques pour moi et mes collègues stylist photographes. C’est ainsi qu’est née la marque. On fait du recyclage en inventant des nouveaux basiques fabriqués en nylon provenant de collants invendus", raconte Dorian Walleck, en montrant leurs créations : des tops et des robes moulantes couleur chair.
 

Les tops en collants recyclés de Kits - ph Dominique Muret


Ces vêtements sont composés comme des patchworks à partir de plusieurs morceaux de tissus cousus entre eux au point de bourbon dessinant des trames bien visibles. Kim Tran s’occupe des teintures, des couleurs naturelles qu’elle obtient en pressant des fruits, telles que myrtilles et grenades.
 
En creusant cette idée de "faciliter le styling", le trio a imaginé des pantalons plus larges dont les flans peuvent se rabattre sur le devant ou une chemise froncée dans le dos, comme si un stylist avait placé une pince derrière pour la resserrer. Un pantalon est reconstruit quant à lui à partir de trois vieux pantalons, mais semble avoir été remonté à l’envers avec la poche de derrière sur le côté et celle devant sur le derrière.
 
Sur les quatre marques, Blue Marble est sans doute la plus connue, puisqu’elle est déjà distribuée dans une dizaine de magasins multimarques aux Etats-Unis, en Asie, France et Dubaï ainsi que dans une boutique en propre à Paris.
 
Le label de streetwear a vu le jour en 2017 sous le nom de OneCulture, s’inspirant pour chacune de ses collections d’un lieu ou d’une ville différente. Rebaptisée début 2019 Blue Marble, en référence à la première image de la terre capturée par la mission Apollo 17, le label a gardé son concept et son designer fondateur Anthony Alvarez. Sa collection s’inspire pour l’hiver prochain de la ville écossaise de Glasgow en déclinant quatre profils types (la pop star, le fan de foot, l’aristo et le school boy).
 

 

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