Stephanie Phair (BFC) : "Développer les financements privés et créer un BFC plus durable"

Le week-end a été très chargé pour Stéphanie Phair, la nouvelle présidente du British Fashion Council, le conseil britannique de la mode. Elle aura assisté à plusieurs dizaines de défilés et d’événements au cours de la Fashion Week de Londres, a présidé un dîner pour le lancement d’une boutique phare Mulberry à Picadilly vendredi soir et a dansé dimanche à la fête organisée par Vogue pour le dixième anniversaire de Victoria Beckham. Elle a accueilli les invités lors d’une soirée à la National Gallery en l’honneur du géant chinois de l’Internet JD.com ce lundi et mardi clôture la saison londonienne au 10 Downing Street, lors d’un événement coorganisé avec Theresa May.



Et elle fait tout cela avec son aplomb habituel et sa personnalité positive. Sa nomination cet été au BFC marque une nouvelle étape dans une carrière impressionnante. Après avoir étudié au Mansfield College de l’université d’Oxford, dont elle est sortie diplômée en philosophie, politique et économie dans les années 1990, Stephanie Phair s’est installée à New York, d’abord en tant que chargée des RP pour Issey Miyake, quand le grand créateur japonais a ouvert un magasin amiral conçu par Frank Gehry. Avant de rejoindre le Vogue d’Anna Wintour en tant que rédactrice, où elle a senti pour la première fois que la mode « pourrait devenir sa carrière et non un simple job temporaire, avant de s’orienter vers le conseil en gestion », se souvient-elle. Stephanie Phair s’est ensuite engagée dans le secteur des technologies de la mode et a gravi les échelons jusqu’à devenir la PDG de The Outnet, la branche discount de Net-A-Porter, fondée par Natalie Massenet, qui l’a précédée en tant que présidente du BFC.

En termes de créateurs, Stephanie Phair adore Preen, les coupes d’Osman et les idées innovantes d’Edeline Lee. Bien que son accent dénote une pointe de snobisme très british, elle est née à Mexico et parle couramment l’espagnol et le français. Elle passe ses vacances sous des climats ensoleillés, dernièrement à Comporta, au Portugal, « qui m’a rappelé Punta del Este, où j’allais enfant et où je me suis mariée ». Stephanie Phair pense se rendre peut-être à Paris cette saison, mais son principal objectif est de capter autant de créateurs que possible à Londres et d’y être extrêmement présente.

Beaucoup diront qu’elle va avoir du fil à retordre pour succéder à Natalie Massenet, une femme qui a révolutionné pratiquement à elle toute seule à la fois la mode et la distribution sur Internet, en inventant l’e-tailing (vente au détail sur Internet), un véritable changement de paradigme. Elles ont cependant des parcours assez similaires, même si celui de Stephanie Phair est clairement encore plus orienté business.

Sous la houlette de Natalie Massenet ainsi que de la PDG de longue date du BFC, Caroline Rush, il y a déjà eu plusieurs cocktails organisés par Downing Street ces cinq dernières années, même si c’était Samantha Cameron qui s’en chargeait, et non son mari, David, le Premier ministre.

Nous avons rencontré Stephanie Phair ce week-end à Londres pour discuter de sa stratégie pour le BFC, de l’impact potentiel du Brexit sur les créateurs londoniens et les marques britanniques, et des nouveaux projets du BFC avec Google.
 
Fashionnetwork.com : Parlez-moi de l’événement de mardi à Downing Street !

Stephanie Phair : Nous sommes très heureux que le 10 soutienne la Fashion Week de Londres. Mais ce n'est pas juste une sauterie de plus entre créateurs. Il s’agit surtout de commerce international et nous avons concentré nos efforts pour inviter des distributeurs étrangers de premier plans et des rédacteurs en déplacement à Londres.

FNW : Avec votre parcours dans la mode et la technologie, qu’espérez-vous apporter au BFC à titre personnel ?

SP : J’ai débarqué en juillet et j’ai un parcours proche de celui de Natalie Massenet. En fait, j’ai rejoint Natalie quand j’ai commencé chez The Outnet et en sept ans, nous avons construit une entreprise de premier plan. Après cela, j’ai pris une année sabbatique avant de rejoindre Jose Neves chez Farfetch, d’abord comme directrice de la stratégie du groupe, c’est-à-dire que je travaillais notamment pour faire avancer l’entreprise vers l’avenir, favoriser l’innovation et créer des liens avec les start-up, et aussi sur la manière de traiter avec les grands groupes et les fusions et acquisitions. C’est toujours mon emploi principal.

L’un des plus grands défis auxquels est confronté le monde de la mode, ce sont les bouleversements induits par le numérique. On peut voir cela comme un frein ou comme un défi à relever, et aussi comme une nouvelle communauté. Être capable d’avoir un pied dans chaque secteur – la mode et la technologie – aide à imaginer les nouveaux chemins dont nous avons besoin. Et d’un point de vue personnel, je trouve cela très enthousiasmant.

FNW : Quels sont vos principaux objectifs ?

SP : M’appuyer sur le formidable travail réalisé par Natalie et Caroline. En me concentrant sur trois grands piliers : l’éducation, le business et la réputation. La mission du BFC est de catalyser les forces collectives de notre secteur. La direction que je veux prendre, c’est donc de suivre davantage les indicateurs, de développer les financements privés et de créer un BFC plus durable.

Pour ce qui est de l’axe business, nous avons déjà entamé des discussions sur certains sujets. Je crois que les créateurs doivent aussi mieux comprendre l’écosystème des investissements, pas seulement ceux qui démarrent, mais aussi les entreprises qui ont 10 ans d’existence.

Le BFC doit vraiment intervenir alors que les gouvernements le pourront peut-être de moins en moins. Nous le faisons déjà avec le programme NewGen et le Fonds pour la Mode, et à New York avec le Fonds pour la Mode du CFDA. Et nous avons vraiment besoin de mettre toute notre énergie à promouvoir le commerce international… et soyons francs, les déplacements à l’étranger coûtent cher.

Je suis assez obsédée par le besoin de trouver davantage de fonds privés pour compenser la baisse des financements publics. Le gouvernement doit définir ses priorités et nous devons l’accepter.

FNW : De quelle manière, plus précisément ?

SP : Nous sommes un secteur artistique et nous devons nous en souvenir. Par exemple, nous continuerons à soutenir nos Clubs du Samedi, qui permettent à des ados d’avoir une première approche des métiers de la mode dans les entreprises et les lycées. Cela permet de sensibiliser à la fois les jeunes et leurs parents aux métiers qui existent dans ce secteur. Pas que ceux de créateurs ou de mannequins, je parle aussi des personnes qui font les patrons, de ceux qui gèrent le merchandising ou pilotent les machines.

Et je crois que la question de la réputation sous-tend tout ce que nous faisons. Si vous y réfléchissez, le BFC est l’agence du secteur de la mode au Royaume-Uni. Et notre réputation est un pilier essentiel. Nous devons donc nous concentrer sur les initiatives et sur une communication valorisant notre créativité au niveau mondial.

FNW : Et le tout s’appuie sur le numérique ?

SP : Nous devons toujours considérer le numérique comme une opportunité. Les sociétés de technologie profitent déjà de toutes les belles images et des contenus générés par les saisons de mode. Google est un très grand soutien et ils ont proposé de mobiliser quelqu’un de chez eux sur chacun de nos axes. Le BFC, Google et Holition ont déjà créé un projet de data visualisation qui nous permet de mesurer l’impact réel de la Fashion Week de Londres.

Notre saison de mode est vraiment une grosse entreprise, mais nous avons aussi besoin de toutes les compétences en appui à toute notre créativité. Par exemple en aidant les créateurs à comprendre comment approcher les capital-risqueurs.  

FNW : Pourquoi cet événement avec Mulberry ?

SP : Nous sommes tombés d’accord là-dessus et c’était formidable à organiser. Johnny Coca est un créateur très doué et je m’entends très bien avec leur PDG, Thierry Andreatta. C’est une formidable marque britannique, avec de très belles références.

FNW : Et enfin, quel est votre point de vue sur le Brexit ?

SP : Je suis britannique et j’ai voté pour rester au référendum, comme presque tous les gens que je connais dans la mode. Le Brexit est un sujet très problématique dans notre secteur, qui est marqué par une forte mobilité (des gens comme des services). Mais quoi qu’il advienne, nous avons besoin de frontières frictionnelles et d’un accès libre de douane à l’Union européenne. Nous avons eu de bons échanges avec le gouvernement, mais toute cette incertitude ne facilite pas les projets d’avenir !

Traduit par Marguerite Capelle

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