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13 oct. 2022
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Textile: la pandémie fait-elle reculer le droit syndical en Asie ?

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13 oct. 2022

Au Cambodge, Sri Lanka et Bangladesh, ainsi qu'en Inde et Indonésie, certains fournisseurs de grandes marques d'habillement continueraient d'invoquer la crise sanitaire pour justifier discriminations, menaces voire violences face aux volontés d'organisation de leurs salariés, selon un rapport du Business & Human Rights Resource Centre (BHRRC). Une ONG dont les récentes alertes sur la situation des ouvriers textiles birmans ont récemment été relayées par l'Organisation internationale du travail, émanation de l'ONU.


BHRRC



Ce dernier vient de publier un rapport de 44 pages portant sur les témoignages provenant de 13 fabricants, et recueillis auprès de 24 leaders syndicats et 124 salariés et avocats en droit du travail. Ces fabricants produiraient, pour l'ONG, pour 15 grands noms de la mode: Adidas, Asda, Benetton, Bestseller, C&A, Sainsbury’s, Etam et H&M, ainsi qu'Hugo Boss, J.Crew, OVS, Mango, Next, Primark et Under Armour".

Pour 61% des personnes entendues par l'ONG, les possibilités de négociations collectives auprès des entreprises textiles ont empiré depuis le début de la crise sanitaire. Discrimination, intimidation, surveillance voire blacklistage des ouvriers syndicats se seraient renforcés, de même que les licenciements discriminatoires. "Les mesures d'urgence introduites par les gouvernements en réponse à la pandémie ont exacerbé cette suppression des droits syndicaux" résume le BHRRC, à propos d'une répression accrue des grèves et opérations syndicales.

Plus d'un quart des professionnels consultés rapportent que la pandémie a été invoquée pour justifier d'empêcher, par divers moyens, la formation de syndicats. Et quand ceux-ci se forment malgré tout, la pandémie servirait de motif pour refuser de les reconnaitre officiellement. Le Covid-19 aurait par ailleurs été largement invoqué pour suspendre des négociations précédemment entamées. Les syndicats rapportent qu'il leur devient plus difficile d'accéder aux lieux de production. Certaines entreprises auraient recours à des fausses accusations pour faire arrêter les représentants syndicaux, ou feraient directement appel à des "goons" (gorilles) pour venir les agresser violemment.

Pendant que les syndicats sont tenus à l'écart, les salariés doivent eux faire face à des vols de salaires ou d'indemnités de licenciement, selon 58% des personnes interrogées. Une pratique sur laquelle l'OIT a récemment elle-même relayé les alertes de la BHRRC dans le cas particulier de la Birmanie post-coup d'État. Quelque 40% des témoins évoquent par ailleurs des pratiques de sécurité, notamment incendie, qui ont régressé avec la crise sanitaire. Les discriminations et violences liées au genre se seraient en revanche renforcées parmi les treize fabricants observés par ce rapport, consultable sur le site de la BHRRC.


BHRRC


En juillet, la BHRRC a rejoint un consortium d'ONG autour d'une initiative citoyenne européenne (ICE) visant à imposer dans la loi européenne que les fournisseurs des marques d'habillement garantissent aux ouvriers du textile un salaire vital ("living wage"). Cette coalition se donne un an pour recueillir au moins un million de signatures: cap permettant de saisir la Commission européenne et d'imposer un débat parlementaire.

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