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10 févr. 2016
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Textile : les difficiles conditions de travail des ouvriers européens

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Reuters
Publié le
10 févr. 2016

A l'entrée d'un atelier de confection textile à Calafat, une ville du sud de la Roumanie, des centaines d'ouvriers sont rassemblés autour d'étals de fortune pour acheter nourriture et boissons avant d'aller travailler.

Maglierie Cristian Impex, une usine de tricot aux capitaux italiens, est le principal employeur de la région et aussi une des plus importantes usines textiles du pays, avec environ 1 000 employés.


S.C. Maglierie Cristian Impex srl


Depuis 1997, l'usine travaille pour des griffes comme Kenzo, Escada, Marc O'Polo, Façonnable ou encore le groupe Inditex, qui contrôle Zara et Massimo Dutti.

Pourtant, des travailleurs se plaignent de ne pas être payés et d'autres assurent n'avoir reçu leur salaire qu'une fois tous les deux ou trois mois au cours de l'année dernière.

« Du travail, du travail, du travail - mais pas de salaire », se plaint ainsi Cristina, une travailleuse de 34 ans, qui a souhaité garder l'anonymat.

Alors que ces dernières années l'attention des groupes de défense des travailleurs du textile s'est portée vers l'Asie, les conditions de travail des ouvriers dans des pays comme la Roumanie ou la Bulgarie restent marquées par des salaires particulièrement bas, des horaires extensifs et un travail intensif et pénible.

Tout comme en Asie, des activistes demandent que les grandes griffes assument leur responsabilité face à cette situation, en incitant les propriétaires des usines à améliorer les salaires et, plus généralement, les conditions de travail.

Selon les chiffres officiels, en Roumanie et en Bulgarie, l'industrie textile et du cuir emploie 345 000 personnes, réparties entre 10 000 usines. Le secteur est aussi une des principales sources d'exportation pour ces deux pays.

Les travailleurs, le plus souvent des femmes, sont généralement recrutés au salaire minimum, lequel est inférieur à 200 euros. En outre, les salaires peuvent parfois être inférieurs au minimum légal, selon la fondation Fair Wear et Clean Clothes Campaign.

En avril 2014, plus de 300 employés de l'usine Maglierie ont ainsi déclenché une grève sauvage, réclamant le versement de salaires non payés.

Cristi Deseanu, une ex-employée, précise que les travailleurs ont finalement été payés, mais affirme aussi que les grévistes les plus actifs dans la contestation - y compris elle-même - ont été licenciés.

L'usine de Calafat est contrôlée par Enzo Mantovani, le fondateur d'une marque de vêtements haut de gamme en cachemire, et ses fils. Selon Reuters, les propriétaires de l'usine n'ont pas souhaité commenter en détail ces allégations.

Inditex a déclaré en septembre dernier qu'un audit avait conclu que l'usine respectait le code de conduite établi par le groupe. Toutefois, en janvier, le groupe espagnol a précisé que cette dernière était maintenant sujette à la mise en oeuvre d'un « plan correctif ».

Selon un communiqué d'Inditex, « dans les semaines à venir, les équipes d'audit visiteront à nouveau ce fournisseur. Celui-ci, en fonction des résultats de l'audit, recevra alors une autorisation de continuer à travailler pour Inditex, ou alors il sera mis définitivement fin à cette relation ».

Selon Catalin Mohora, inspectrice du travail, un employeur a la possibilité de verser des salaires inférieurs au minimum légal et de réduire les horaires de travail pendant des périodes de faible activité.

Certains employeurs essayent par ailleurs d'éviter de payer les salaires ou leurs impôts en modifiant les contrats après leur signature et en forçant les employés à faire des heures supplémentaires non payées.

Les propriétaires d'usines, de leur côté, se plaignent de la pression sur les coûts qu'ils subissent de la part des grandes marques.

« Ils veulent que les prix soient bas, très bas, et c'est tout », déclare ainsi Radina Bankova, la présidente de l'Association bulgare des producteurs et exportateurs textiles.

Certains employeurs ont toutefois choisi d'améliorer les conditions de travail de leurs employés, en partenariat avec les griffes de mode.

Ainsi, en 2007, les travailleurs de Pirin-Tex, la plus grande usine textile de Bulgarie, se sont mis en grève, demandant une augmentation de 100 euros par mois. Depuis la création de l'usine en 1993, Bertram Rollman, le propriétaire allemand de l'usine, avait accepté le principe d'une augmentation graduelle des salaires, créant par ailleurs une crèche et investissant dans la formation de ses employés.

Certaines marques ont accepté de prendre en charge une partie de ces dépenses liées aux revendications de ouvriers et la grève a pris fin grâce à une augmentation de 60 euros par mois. En 2015, le salaire moyen dans l'usine atteignait 415 euros, un chiffre largement supérieur au salaire minimum de 180 euros.

Beltram Rollman estime que les conditions de travail et les salaires s'améliorent progressivement au fur et à mesure que les marques prennent conscience des exigences des consommateurs en matière d'éthique. « Ils commencent maintenant à réagir », conclut-il. « L'état d'esprit du public est en train de changer. »

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