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Thomas Plantenga (Vinted) : "Nous ne sommes pas une entreprise de mode"

Publié le
today 14 oct. 2019
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Difficile d'échapper à Vinted. Le nom du portail est devenu indissociable de celui de la mode de seconde main. Un succès qui surprend en premier lieu l'équipe de l'entreprise lituanienne, qui avait bien failli disparaître il y a trois ans. Désormais bien installé en France, qui représente la moitié de son volume d'affaires, et dix autres pays d'Europe, le portail fondé à Vilnius en 2008 par Milda Mitkute et Justas Janauskas veut se déployer sur l'ensemble du Vieux Continent. De passage à Paris, son directeur général, Thomas Plantenga, nous parle de sa vision de l'avenir, de la montée en gamme progressive de l'offre aux ambitions extra-européennes en passant par de possibles collaborations avec les marques.


Thomas Plantenga - MG/FNW


FashionNetwork.com : Vinted place l'offre au cœur de sa stratégie pour atteindre la rentabilité. Faut-il comprendre que le site pourrait voir au-delà de la mode ?

Thomas Plantenga : Pour l’heure, notre offre mode est si vaste et grandit si rapidement que nous voulons surtout rester sur notre activité cœur, et devenir toujours meilleur dans la mode. Je dis souvent que nous ne sommes pas une entreprise de mode. Je le dis pour mettre en exergue le fait que nous n’avons pas d’opinion sur la mode. Je ne suis moi-même pas très fashion. On essaie surtout de laisser les consommateurs décider de ce qu’ils jugent vendable, et leur fournir l’environnement qui leur permet de le faire. Donc, plus que de comprendre la mode, il s’agit de comprendre les besoins de ces vendeurs et de ces clients. Nous ne voulons pas prétendre être ce que nous ne sommes pas.

FNW : Des marques ont exprimé leur volonté de travailler avec vous. L'équipe de Vinted est-elle ouverte à ce type de partenariat ?

TP : II est crucial pour nous de rester indépendants. Comment pourrions-nous collaborer avec des marques pour rendre l’économie de la mode plus circulaire ? Je n’en ai tout simplement aucune idée. Nous sommes super occupés déjà aujourd’hui à travailler à notre développement, et nous ne trouvons pas le temps de répondre à toutes les sollicitations de sociétés de mode qui nous parviennent. Est-ce que ce type de partenariat serait possible ? Absolument. Nous ne fermons aucune porte. Mais nous sommes encore une jeune équipe qui manque de temps pour explorer ce domaine. Notre concentration va vers le développement d’outils pour nos utilisateurs.

"Nous n’avons pas d’autre stratégie que de tout rendre rapide, simple et sécurisé"



FNW : A l’image, par exemple, du portefeuille intégré que vous proposez ?

TP : Nous l’avons développé avec Mangopay, une société française. C’est un dispositif qui a un objectif simple : celui de rendre l’achat très facile. Pour nous, le système doit être le plus fluide possible, rendant les transactions de vos ventes ou achats naturelles. En réalité, nous n’avons pas d’autre stratégie que de tout rendre rapide, simple et sécurisé. C’est cette logique qui a fait que nous avons pu nous relancer après 2016.

FNW : Les acteurs de la seconde main évoquent aujourd’hui la baisse de qualité des pièces vendues du fait de la fast-fashion. Est-ce votre cas ?

TP : Notre offre est un parfait reflet de l’état du marché. Quand les gens achètent, un nombre grandissant revend ces pièces et nous assistons donc à cette évolution. Mais nous constatons également dans notre audience que la clientèle de jeunes femmes est progressivement rejointe par des femmes plus mûres qui amènent d’autres types de produits, souvent plus chers. De même que les utilisateurs masculins alimentent surtout des catégories bien spécifiques. Et on constate aussi des spécificités en termes d’achat : nous voyons par exemple un gros succès des lots de vêtements pour bébé, car il vous en faut toujours beaucoup.

FNW : Une montée en gamme de votre offre est-elle en train de s’opérer ?

TP : Nous avons été orientés vers l’habillement "normal" jusqu’à présent. Mais nous assistons désormais à une croissance accélérée des ventes de produits haut de gamme. Il nous faut donc adapter notre outil technique à cette évolution, car il faut faire évoluer la sécurisation, et travailler avec des tiers pour nous assurer de proposer la meilleure expérience. Aider à vendre des produits à 15 euros, nous sommes bons là-dessus. Mais si nous devenons également bons sur les ventes de produits de gammes supérieures, cela voudra dire que nous sommes devenus excellents sur tout le reste, car cela nous aura forcés à mieux répondre à des problèmes plus importants.


Le portail a été créé à Vilnius en Lituanie en 2008. - Vinted


FNW : Et renforcer au passage la lutte anti-contrefaçon ?

TP : Sur ce terrain, notre approche a été le développement d’un contrôle technologique. Il y a trois ans, nous avons mis en place toutes sortes d’outils en machine learning (apprentissage automatique, ndlr) afin d’identifier les arnaques et contrefaçons. En parallèle, nous avons entrainé notre service client à se montrer vigilant et apporter les bonnes réponses. Nous allons continuer comme cela, car nous avons de très bons résultats dans ce domaine. Je ne sais pas vous dire si nous irons un jour vers le contrôle manuel des produits, ce qui serait la dernière étape du processus. Mais pour l’heure nos solutions sont efficaces et surtout évolutives.

FNW : En termes de territoire, songez-vous à vous implanter hors d'Europe, aux Amériques ou en Asie ?

TP : Notre focus premier est l’Europe. Nous voulons nous consolider en développant Vinted dans tous ses pays. Et, honnêtement, c’est déjà un sacré challenge pour nous de tout préparer pour cela. Je ne veux pas stresser inutilement mes équipes et apporter un mauvais service consommateur en sortant trop vite d’Europe. Nous nous concentrons actuellement sur notre montée en puissance en Espagne, en Belgique et aux Pays-Bas. A terme, rien ne s’y oppose, mais chaque chose en son temps. Avant d’y penser, nous devons être solides sur nos appuis. Je pense qu’il y aura dans le futur une économie circulaire de la mode au niveau mondial. Pour l’heure, c’est en Europe que le changement de mentalités s’opère.
 

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