Tourisme : les Gilets jaunes marquent la fin d’une embellie

La France, à l’instar de l’Europe, bénéficiait encore il y a quelques semaines du désamour des touristes chinois pour les Etats-Unis, ainsi que de taux de change favorables avec le dollar. Mais alors que les images du chaos parisien entourant la mobilisation des Gilets jaunes font le tour du monde, Bercy a pour la première fois relevé lundi 3 décembre une conséquence touristique : les réservations hôtelières sont en chute de 15% à 20 %. Mettant fin à l’espoir d’un retour à la normale après le plongeon ayant suivi les attentats de l’année 2015.


Les professionnels redoutent l'impact des images de guérilla urbaine à Paris sur les touristes étrangers - AFP

Première destination touristique mondiale, la France avait connu en octobre 2018 une hausse de 12 % du chiffre d’affaires des ventes détaxées, contre 5 % pour l’Europe, selon les chiffres du fournisseur de services de détaxe Planet. Une hausse qui provient en grand partie d'une clientèle extra-européenne, principalement issue de Chine.

Des Chinois qui boudent les Etats-Unis au profit de l'Europe. Dans l'empire du Milieu, les réservations de billets à destination des Etats-Unis ont reculé de 17 % en l’espace d’un an. Une chute largement attribuée aux tensions politico-économiques entre les deux nations. « Pendant l’été, l’ambassade de Chine a mis en garde ses citoyens contre les "dangers" de se rendre aux États-Unis », note Planet.

Ainsi, durant les congés chinois de la Golden Week (du 1er au 8 octobre 2018), les départs vers les Etats-Unis se sont effondrés de 42 % par rapport à l’année précédente. A contrario, l’Union européenne a connu cette même semaine une explosion de 30 % des achats détaxés effectués par des touristes chinois. La France a enregistré à elle seule un bond de 39 % du nombre de touristes chinois en octobre, et de 35 % depuis le début de l’année.

En termes d’achats détaxés, les dépenses des touristes chinois et américains sur le sol hexagonal ont respectivement explosé de 27 % et 46 % en octobre 2018, par rapport à octobre 2017. De quoi porter à respectivement 12 % et 20 % les hausses constatées sur les neuf premiers mois de l’année. L’engouement américain pour la France étant directement lié à la faiblesse de l’euro face au dollar.

Un rebond interrompu

Mais face aux violences lors des rassemblements des Gilets jaunes qui ont fait les gros titres de la presse internationale, l'embellie touristique dont bénéficie l'Hexagone pourrait être comprise. « On va interrompre une tendance qui, après deux années difficiles ayant suivi les attentas, marquait un rebond touristique pour la France », déplore Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du commerce, qui fédère notamment les grands magasins, très dépendants des dépenses touristiques, et en particulier de celles émanant de la clientèle chinoise. « Aujourd’hui, tout le monde a peur des conséquences de ces images. Les professionnels craignent une année 2019 plus compliquée, désormais, au niveau touristique. Et cela aura forcement des conséquences économiques considérables sur les acteurs liés au tourisme, dont le commerce ». Une fois que la mobilisation sera apaisée, il faudra très rapidement avoir une politique forte pour re-crédibiliser l’image de la France à l’étranger. Et rassurer tous les touristes internationaux qui veulent se rendre chez nous, pour leur dire que nous sommes un pays accueillant ».


La France a jusque-là bénéficié du désamour des touristes chinois pour les Etats-Unis, et de l'incitation que représente la faiblesse de l'euro par rapport au dollar pour les Américains - Planet

Président du Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs, Didier Chenet témoigne d’ores et déjà d’un impact notable sur l’activité. « Pour ce qui est de l’hôtellerie, nous sommes inquiets face aux annulations et départs anticipés de certains touristes », expliquait-il lundi 3 décembre, au sortir d’une rencontre avec Bruno le Maire. Nous en sommes déjà à un recul de 15 % de l’activité hôtelière, et la tendance est à la chute pour les réservations (…) Je ne veux même pas craindre le week-end qui arrive. Nous espérons tous qu’il n’y en aura pas. Car on ne veut même pas imaginer l’impact que cela pourrait avoir ! »

Des projections contrariées

Alors à quoi faut-il s’attendre sur le plan touristique pour les prochains mois, alors que le creux annuel dans ce domaine intervient traditionnellement en janvier-février ? Pour Planet, sur le trimestre allant de début novembre à fin janvier, l’Europe devrait connaître une augmentation de 0,8 % de la fréquentation touristique, après une hausse de 8,4 % sur la même période un an plus tôt. Et, selon les projections révélées le 29 novembre, toutes les destinations devaient croître, à l’exception de l’Allemagne (-2,9 %), et de la France (-1,8 %), qui pourrait en réalité enregistrer un recul plus sévère, suite aux heurts du samedi 1er décembre. Un repli qui pourrait faire les affaires de l’Autriche et de l’Italie, pour qui les projections annonçaient respectivement des hausses de 5,8 % et 5,5 %.


L'Europe profite du recul des touristes chinois aux Etats-Unis sur les trois premiers trimestres de 2018 - Shutterstock

La France pourrait notamment ne pas profiter de la hausse attendue des touristes asiatiques en Europe sur la période de novembre à janvier, notamment des visiteurs nippons, taïwanais et thaïlandais, à la faveur du rapprochement du baht thaïlandais face à l’euro. « L’amplification des arrivées des Japonais se fera surtout sentir en Espagne et au Royaume-Uni, avec des prévisions de croissance respectives de +25 % et +19 % », relève Planet. Selon ces mêmes projections, la France devait, elle, profiter d’une augmentation de 27 % des touristes en provenance de Taïwan. Mais les récents affrontements lors des manifestations des Gilets jaunes pourraient bien changer la donne.

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