Un vent de création s'est engouffré dans la rue des Gardes

Rafik Mahiout, vous avez créé la marque Dognin avec Luc Dognin, quels sont vos parcours personnels ?
Rafik Mahiout, general manager
Luc a fait une école de mode et moi une école d’ingénieur. Il est diplômé de l’Institut Français de la Mode et de l'AICP (Academie Internationale de Coupe de Paris). Puis, il a travaillé deux ans et demi en tant que chef de produit chez Céline dans la maroquinerie. Ma grande passion est l’architecture mais c’est très proche de la mode. J’ai toujours rêvé de monter mon entreprise et lui d’avoir sa propre marque. Nos deux passions se sont croisées et nous avons créé Dognin il y a 4 ans. Nous sommes installés rue des Gardes depuis 3 ans où nous avons monté un studio de création et un atelier de fabrication. Je m’occupe de l’entreprise et lui plutôt du studio.
Luc Dognin, designer
Quelles sont les spécificités de vos créations ? Dans notre atelier, au sous-sol de notre show room de la rue des Gardes, nous développons de nouvelles techniques de création. Trois personnes y travaillent. Notre société se compose donc de cinq personnes. Par exemple, nous avons mis au point une technique de moulage qui nous permet d’obtenir un ovale parfait. Grâce à cela, nous avons développé une ligne de bureau. En fonction de ce que l’on veut obtenir, nous développons de nouvelles techniques de fabrication. Au premier coup d’œil nos créations paraissent assez sobres mais en réalité, elles ne sont pas du tout classiques ni dans la façon de faire, ni dans le style. La mise au point d’un seul de nos modèles peut prendre une année. Luc est-il particulièrement attiré par l’innovation technique ? Luc est tout d’abord un grand bricoleur. Il a toujours était intéressé par la mode, la technique et l’innovation. Cette démarche n’est pas celle d'un maroquinier mais plutôt une démarche de mode appliquée à la maroquinerie. La différence entre le travail du vêtement et celui du cuir est qu’en maroquinerie, ce sont les machines qui s’adaptent au cuir et non le contraire. Pour cette raison, le cuir nécessite une multitude de machines. Dans quels lieux votre marque est-elle vendue ? Dans des boutiques de luxe. Dernièrement, le magasin le plus prestigieux du Japon, Matsuya, a édité un catalogue avec l’un de nos sacs en couverture. A Paris, nous sommes vendus dans notre show room de la rue des Gardes, dans une boutique de la rue du Faubourg St Honoré, Costume de bain, ainsi que chez Egset, rue Vauvilliers. L’ouverture de notre show room au public est très récente. Avant, c’était un show-room uniquement professionnel. Avez-vous déjà été récompensé par des prix ? Nous avons reçu pas mal de prix. D’un point de vue économique nous avons été, il y a deux ans, élus entreprise de l’année. Nous avons été lauréat du Festival International de la Mode qui s’est déroulé à Osaka. Nous avons participé à une exposition sur les nouveaux créateurs au musée Galliera et 2 de nos sacs font dorénavant partie de la collection permanente. Ces deux sacs sont innovants aussi bien du point de vue du style que de la technique. Quelle est la place de votre atelier dans la production ? Nous fabriquons la totalité de nos pièces dans l’atelier. C’est un travail assez lourd mais qui nous permet de mieux gérer notre fabrication. Je préfère affronter les problème d’un atelier que ceux liés à la production. Cependant, nous sommes en phase de développement et je ne sais pas si nous pourrons poursuivre notre propre production. En France, il est aujourd’hui difficile de faire de la maroquinerie, il faut aller en Italie… Etait-il compliqué au départ de produire les quantités qui vous étaient commandées ? Oui, ce fut très difficile. Nous avons été obligés de refuser des commandes et nous avons fait beaucoup de nuits blanches. Maintenant, nous sommes capables de livrer à temps. L’année 2003 fut terrible en raison du SRAS et de la guerre en Irak. Nous en avons profité pour restructurer l’entreprise. Nous avons arrangé la boutique et pris un conseiller en industrialisation. Nous avons mis en place une structure de fabrication de manière à pouvoir produire mieux et plus vite dans un espace réduit de 80m². Il faut gérer au mieux notre surface. Tous nos stocks sont ici mais nous travaillons à flux tendu. Nous produisons les commandes plus quelques modèles supplémentaires à chaque fois pour le stock de la boutique/show-room. Déposez-vous des brevets pour les techniques de fabrication ? Tous nos modèles sont déposés ainsi que toutes les techniques. Cela représente un gros investissement mais il est nécessaire. Nous sommes conscients de nos qualités d’innovateur et nous ne voulons pas nous faire voler le fruit de notre travail. Quels sont vos marchés les plus porteurs ? Le japon et les Etats-Unis. La France ne représente que 10% de notre chiffre d’affaire. Il est très difficile de se faire connaître en France. Quels sont les marchés que vous visez ? Le marché russe qui n’est pas encore très structuré mais qu’on ne peut pas ignorer. Nous allons y faire de la prospection et essayer de rencontrer les bonnes personnes. Je travaille avec un conseiller en commerce international. Cette année, nous nous concentrons sur les Etats-Unis et la Russie. Avez-vous l’impression qu’il y ait une reprise du marché américain ? Il reprend mais d’une manière différente. L’euro a augmenté de 40% et nos prix sont devenus inabordables aux Etats-Unis. La situation est très compliquée. Il ne faut pas se décourager. Au mois d'avril nous organisons un show-room à New-York. Puis, début mai, nous participerons, à Montréal, au salon Naffem. Il est important d’avoir un bon produit et en face, des gens qui en ont envie. Pouvez-vous nous parler de l’association «Créateurs–Goutte-d’Or» ? Lorsque nous sommes arrivés rue des Gardes, j’ai fondé cette association qui regroupait les 13 créateurs de la rue. Le but est de communiquer autour de la rue et de la mode. C’est un projet de la Ville de Paris, du Conseil Régional et de la Fédération Française du Prêt-à-Porter Féminin. Il s’agit de faire connaître cette rue à travers les événements que nous organisons. Le dernier en date a eu lieu au mois de septembre. C’était une exposition sur le design avec comme invité d’honneur, la ville d’Osaka. Cette exposition m’a demandé un an de travail. Il a fallu inviter des designers, des artistes… A travers Dognin, nous faisons partie de plusieurs associations franco-japonaise et nous avons participé aux événements France/Japon dans le cadre de l’année du Japon en France et de l’année de la France au Japon. Ce partenariat est géré par le Ministère des Finances. Nous avons représenté les entreprises françaises aux Japon. Grâce à cela, nous avons obtenu beaucoup de contacts institutionnels qui m’ont permis d’organiser cette exposition et d’inviter la ville d’Osaka. Nous n’avons pas monté cet événement avec Tokyo en raison du jumelage entre Paris et Tokyo qui nous obligeait à passer par la Ville de Paris. Avez-vous d’autres événements prévus ? Nous allons accueillir des élèves des Beaux-Arts. Je suis en train de préparer également une exposition autour du Brésil car, après la Chine, ce sera l’année du Brésil. C’est un pays en plein développement qui est très porté sur la mode. Propos recueillis par Sonia Chevalier

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