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29 nov. 2020
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Une réouverture des commerces marquée par les manifestations et les retrouvailles avec les clients

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29 nov. 2020

Samedi soir, les images d'affrontements place de la Bastille, au coeur de Paris, à l'issue des manifestations contre la proposition de loi sur la "Sécurité globale" circulaient sur tous les réseaux sociaux et faisaient la une des journaux télévisés. Des images fortes qui ont souvent pris le pas sur les revendications de ces manifestations mais aussi sur la réouverture des commerces après un mois de fermeture pour cause de deuxième confinement. Pourtant lorsque mardi dernier, Emmanuel Macron a annoncé la réouverture possible à partir de samedi, les propos ont suscité la satisfaction du secteur.


Merci avait fermé l'entrée de son café mais gardé ouvert son concept-store - OG-FNW


Ces manifestations ont réuni partout en France 133.000 personnes selon le ministère de l'Intérieur, 500.000 selon les organisateurs. A Paris, 46.000 manifestants selon la préfecture, 200.000 selon l'organisation, ont manifesté entre les places de la République et de la Bastille. De quoi affecter l'activité des commerces qui pouvaient rouvrir leurs portes sur les boulevards Beaumarchais et Filles du Calvaire, mais aussi sur les axes de la rue du Faubourg Saint-Antoine, de la rue Saint-Antoine et du quartier du Marais.

Pourtant, à l'inverse de ce qui occurrait lors de certaines manifestations de Gilets Jaunes, nombre de boutiques ont décidé de garder leurs portes ouvertes, même sur le trajet de la manifestation. Les magasins The Rolling Shop, Leon & Harper, Ami ou encore Merci ont par exemple accueilli des clients au coeur du cortège. "Nous avons eu du monde durant la matinée, explique-t-on chez Merci. Notre jauge nous permet d'accueillir jusqu'à 140 personnes et nous avons eu plus de 110 clients en même temps dans la matinée. Nous sommes satisfaits de pouvoir les retrouver et nous ouvrons aussi le dimanche. Avec la manifestation, il y a moins de monde durant l'après-midi et nous restons attentifs pour fermer si la situation se tend ".


La rue Commines, donnant sur l'axe reliant les places de la République et de la Bastille, était fermée à la circulation samedi, mais ses commerces ouverts - OG/FNW



De fait, avec les échos de premières tensions sur la place de la Bastille plusieurs commerçants ont décidé de fermer l'entrée de leur échoppe vers 16h00. Mais à l'écart de l'axe de la manifestation, les commerces ont accueilli leurs clients sereinement. "Tout le quartier a été bouclé par la police ce matin, mais nous avons quand même du trafic. "La manifestation a peut-être un léger impact car nous avons beaucoup de clients dans le quartier qui sont certainement en train de manifester, glisse le responsable de la boutique Royal Cheese, en haut de la rue de Turenne. Mais après un mois à attendre nous sommes vraiment heureux de pouvoir rouvrir".

A quelques centaines de mètres, rue Commines, un couple patiente sur un banc devant la boutique Bonne Gueule en regardant au bout de la route les manifestants défiler sur le boulevard des Filles du Calvaire. Ils attendent de pouvoir pénétrer dans la boutique de la marque française. "Nous avons eu du monde toute la journée, explique-t-on dans le magasin qui ne peut pas accueillir plus de cinq clients en même temps pour respecter la jauge de 1 client pour 8 mètres carrés. Ce n'est pas un samedi exceptionnel en termes de fréquentation mais nous sommes sur un chiffre d'affaires intéressant. Les membres de notre communauté sont heureux de venir nous voir et passent en couple pour faire leur commande pour noël. Avec la manifestation, nous n'avons pas trop de queue et c'est assez fluide".

Sur la rue du Faubourg Saint-Antoine, les boutiques, très majoritairement ouvertes comme Jordan, Bonobo ou Lacoste ont accueilli nombre de clients. La queue a même été au rendez-vous devant le magasin Hema, attractif en cette période pour les décorations de noël, mais aussi Gap, qui a affiché -50% et dont le départ d'Europe, pour ses magasins, pourrait se concrétiser en 2021. 

Toutefois, autour de la place de la Bastille, tous les commerçants n'ont pas eu le bonheur de voir les clients répondre présent. La rue Saint-Antoine a accueilli, sur quelque 300 mètres, véhicules de police et cars de CRS dès le samedi matin. Un décorum qui a semble-t-il refroidi, les clients des commerces de l'axe qui admettent avoir vécu un samedi de réouverture des plus calmes.


Sur la rue Saint Antoine les camions de CRS occupaient la rue entre l'église Saint-Paul et la place de la Bastille, lieu de la fin de la manifesation contre la loi de Sécurité globale - OG/FNW



Mais globalement, chez les commerçants rencontrés, le son de cloche est assez positif et optimiste vis à vis de la période de fin d'année. Chacun semble enthousiaste et satisfait de pouvoir renouer avec ses clients, soulignant notamment que l'état d'esprit des consommateurs est beaucoup plus ouvert qu'à l'issue du premier confinement.

Réouverture calme à Beaugrenelle



Au centre commercial Beaugrenelle samedi après-midi, dans le sud-ouest de Paris, les clients ont certainement profité des trois heures à présent disponibles et du temps ensoleillé avant d'envisager des courses de Noël.

Un tel samedi fin novembre "normalement, c'est 'full', le centre est bondé", note Jessica, 26 ans, vendeuse dans une boutique de montres, mais cet après-midi, "c'est vide, vide, vide", ajoute-t-elle, bras croisés avec sa collègue à attendre les clients. Les magasins les plus courus de cette première journée de réouverture ont cependant vu les files d'attente s'allonger à leur porte.



Pourtant, au fil de l'après-midi, la queue s'est allongée devant Zara et les plus grosses enseignes. A l'entrée du H&M, derrière une guérite, Abdelkader Imekhlaf tient le décompte: quand un client sort, il clique puis en fait entrer un de plus dans le magasin. "J'ai besoin de six personnes", lance l'agent de sécurité à ceux qui font la queue - la jauge est fixée à 198. "Un, deux trois...", compte-t-il, en leur demandant d'avancer.

Le nouveau protocole oblige les commerces à ne pas accueillir plus d'un client pour 8 mètres carrés de surface. Kevin Solere, le directeur adjoint du magasin, vient vérifier que le décompte manuel correspond au comptage automatique réalisé en parallèle.  "L'an passé, il y avait plutôt plus de monde", estime-t-il, car le "Black Friday" avait eu lieu une semaine plus tôt - et ce samedi, les gens font du repérage en vue de cette opération promotionnelle, repoussée au vendredi 4 décembre.

"On va essayer de rattraper ce qu'il est possible de rattraper", expliquait Sandro Douze, vendeur chez Aigle, mais "on va pas faire notre objectif du jour", estimait-il, en pointant du doigt la file qui grossit en face, pour la Fnac.

De grosses dépenses ?



Plus tôt samedi, à 10h00 tapantes, les grands magasins du quartier de l'Opéra à Paris avaient ouvert leurs portes. Aux Galeries Lafayette, une rangée de salariés ont applaudi les clients franchissant la grande porte sous les nombreuses caméras. Dans la queue, Anne Dubois, 59 ans, était venue de Ville d'Avray, en banlieue ouest, pour échanger un pull acheté avant le reconfinement -  et aussi "peut-être commencer les achats de Noël". A l'intérieur des Galeries, sous la grande coupole et son sapin de Noël géant, il n'y avait pas foule. "C'est fluide ce matin à l'ouverture", a confirmé à l'AFP le groupe, "nous organiserons des queues à l'extérieur si besoin."

Les clients seront-ils nombreux ces prochaines semaines ? Il ne faudra pas compter cette année sur les touristes étrangers, qui constituent habituellement une large partie de la clientèle de ces grands magasins. Pour le reste, c'est l'inconnu. "Pour nous, qu'il y ait du monde ou pas, c'est le quotidien qui revient à la normale", relève Tania, 29 ans, une responsable des boutiques L'Oréal Luxe aux Galeries Lafayette.

Les clients dépenseront-ils largement ? "Je pense qu'on va avoir du monde pour voir le sapin, des familles, mais pas forcément un fort pouvoir d'achat", estime Manon, 29 ans, vendeuse chez Isabel Marant au sein des Galeries Lafayette.

Les Français, surtout aisés, ont beaucoup épargné cette année avec la crise sanitaire: 90 milliards d'euros en plus sur les trois premiers trimestres, selon le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau. Reste à voir si la magie de Noël les incitera à plonger dans ces bas de laine.

Avec AFP

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