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Une Semaine Haute Couture virtuelle riche en enseignements

Publié le
9 juil. 2020
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4 minutes
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Paris a essuyé les plâtres avec sa première Fashion Week digitale cette semaine, centrée sur les collections Haute Couture pour l’automne-hiver 2020/21. Cette première immersion sur la Toile pour les maisons parisiennes s’est révélée des plus intéressantes, reflétant de manière singulière, à travers la mode et les différents regards des designers, la situation actuelle. Celle d’un monde en pleine évolution, meurtri par la pandémie du Covid-19, plus conscient des diversités et aspirant au changement.


Une silhouette masquée signée du créateur indien - Rahul Mishra


Confinement et coronavirus étaient forcément présents, dominant parfois les vidéos et le propos, ou apparaissant en filigrane à travers de nombreux films, via les masques, bien sûr, portés par les petites mains et les designers, faisant même partie intégrante des looks parfois, comme chez Rahul Mishra ou La Métamorphose.

Les difficultés liées à cette période étrange se respiraient aussi dans certaines mises en scène centrées en un seul espace avec souvent une seule et unique mannequin pour endosser tous les modèles. A travers les écrans aussi. De la mannequin de Maison Rabih Kayrouz, isolée dans son atelier, communiquant via son smartphone, au japonais Yuima Nakazako dialoguant avec ses clients via son ordinateur.

Le Covid-19 s’est emparé de certaines présentations, comme chez Schiaparelli, où le directeur artistique Daniel Roseberry, nous parle de New York, où il est resté bloqué pendant le confinement et a dessiné les croquis de sa collection. La styliste chinoise Guo Pei estime dans son film que la crise sanitaire a changé "notre perception de la vie". Franck Sorbier a quant à lui fait le lien entre la peste et la situation actuelle en conviant dans son histoire située à l’époque victorienne une certaine Madame Covid…
 

Les habits couture anti-Covid-19 du duo néerlandais - Viktor & Rolf



Ronald Van Der Kemp déroule un film en huit chapitres, interrogeant notamment le futur, qui s’achève sur une série de premiers plans de visages de tous âges et horizons. On y voit à un certain moment, une mannequin esquisser des pas de danse en dressant un drapeau blanc... Viktor & Rolf  joue la carte de l’humour avec une collection intitulée "Change" (changement), proposant entre autres des manteaux hérissés de pointes pour mieux se protéger des dangers extérieurs ou de cylindres pailletés pour une mise "permettant de garder les distances tout en restant attractive".
 
Ces longs mois de confinement ont porté le plus grand nombre à reconsidérer l’impact de l’homme en général, et de l’industrie de la mode en particulier, sur la planète. Beaucoup ont pris conscience encore plus fortement des enjeux environnementaux. Cela s’est traduit chez plusieurs stylistes par un attrait renforcé pour la nature. En particulier Rahul Mishra, Guo Pei et Yanina Couture toutes deux inspirées par la faune sauvage,  ou encore Elie Saab qui en appelle au "retour aux sources" dans son très beau court-métrage, où textures naturelles et textiles fusionnent, tandis que le pluie se transforme en gouttes de cristaux.

Le couturier libanais ne dévoile aucun modèle. Comme une poignée d’autres designers, il a utilisé la plateforme digitale de cette Fashion Week pour diffuser un teaser, dévoilant juste à travers ces quelques sensations visuelles une idée de la collection qui sera présentée en septembre prochain. Même démarche pour Maison Margiela, qui en 45 secondes d’images aux couleurs saturées nous donne un avant-goût de sa collection, dévoilée dans son intégralité le 16 juillet prochain.

 

Le théâtre silencieux des mannequins inanimés d'Adeline André - DR



L’auteur du film est le photographe anglais Nick Knight, qui signe également la bande-annonce de Valentino, dont la collection sera dévoilée quelques jours plus tard, le 21 juillet, dans les studios romains de Cinecittà. Frank Sorbier a, lui, intitulé son film "Prélude", promettant la projection de la suite et du film entier le 21 septembre au sein du Musée des Arts et Métiers.
 
Habile stratégie de communication ? Histoire de créer du buzz en un feuilleton virtuel... Dans certains cas, l’impression était d’avoir affaire à des collections visiblement plus restreintes ou inachevées. Certains stylistes n’ont présenté qu’un seul et unique look. D’autres juste quelques modèles. Comme Azzaro, qui va révéler la partie prêt-à-porter de sa collection au cours de la saison. Son film tenait d’ailleurs plus du clip-vidéo que d’une présentation couture.
 
Un genre, qui a séduit d’autres designers, tel Chanel, Alexandre Vauthier et Valentino avec, à l’écran, une simple étoffe prenant forme sous des jeux de lumière, accompagnée de la voix de la chanteuse FKA Twigs. L’art en général, mais aussi la danse ont animé certains films, tel celui d’Aelis, ou encore celui d’Ulyana Serergenko avec des chorégraphies dignes des comédies musicales des années 1940.
 

La présentation dansée d'Aelis


 
Une dominante de silhouettes rouges, blanches ou noires se distinguaient ici et là. Autre signe de ces temps confus, le recours aux poupées ou mannequins-pantins (Dior, Aganovitch Adeline André, RVDK), symboles d’un nouveau monde qui se cherche ou tout simplement de l’absence de défilés en chair et en os…
 

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