Valentino prône une mode inclusive et pleine de fantaisie

Mercredi soir dernier, le défilé Valentino nous a invités à entrer dans un monde de fantaisie extrême. Il venait clôturer quatre jours de défilés haute couture et prenait clairement position en faveur d’une mode inclusive.


Valentino - Automne-hiver 2019 - Haute Couture - Paris - © PixelFormula

Avec une troupe multiraciale et une bande sonore composée de grands classiques de la soul, le défilé et la collection sont aussi remarquables l’un que l’autre et viennent consolider la réputation de Pierpaolo Piccioli comme designer fétiche du moment.
 
Ce mélange d’une grande opulence et d’une délicieuse excentricité était servi par un casting parfait. Les splendides torques n’avaient rien à envier à celles des pharaons. Résultat : une ovation générale du public, dans les rangs duquel se trouvaient notamment Gwyneth Paltrow, Céline Dion et Naomi Campbell.

Les premiers looks ont déclenché des acclamations. On retiendra notamment l’ensemble jaune canari avec sa jupe à cascade de volants, le top à fleurs et la perruque de poupée en fils de laine. À noter aussi, le tee-shirt couleur ocre qui paraissait avoir réchappé d’un accident de voiture, avec un pantalon lilas et une ceinture en soie jaune. Un grand cri d’enthousiasme a salué l’apparition de l’actrice Lauren Hutton sur le podium, vêtue d’une robe en soie couleur citron vert et d’un manteau en cachemire double face couleur avoine à rabat.

Ce sont 71 looks qui ont défilé au total, mais la deuxième moitié nous a transportés dans une autre dimension. Des paysages de fantaisie sur des colonnes de sequins, des capes en tissu tourbillonnant, des robes à superpositions et motifs cachemire, le tout orné de pompons, perruques en laine et élégantes couronnes en toile de princesse nubienne. Un de ces rares moments dans la mode où tous les rédacteurs, stylistes, critiques et amateurs se regardent et hochent la tête en cœur d’un signe approbateur avec un immense respect.
 
Pendant que des manteaux ayant demandé 1 700 heures de travail défilaient, Nina Simone résonnait en fond sonore. Dans le programme, chaque look était attribué à l’une des couturières de l’atelier de Valentino.
 
Mais que faut-il retenir de cette étrange beauté ? Au moins partiellement, la haute couture doit proposer une vision critique de son temps. L’explosion notoire de la mode au cours des deux dernières générations n’aurait pas pu avoir lieu sans un demi-siècle de démocratie libérale et d’émancipation progressive des femmes.


Valentino - Automne-hiver 2019 - Haute Couture - Paris - © PixelFormula

Avec son mélange de styles excentriques et romantiques, cette saison de haute couture est aussi un appel à la sensibilité et à l’élégance à un moment où des hommes politiques machistes, vulgaires, autoritaires et liberticides contrôlent beaucoup des grandes nations de ce monde. Cela ne signifie pas que la haute couture doit absolument devenir politique, mais il ne faut pas oublier que les propriétaires de Valentino sont la famille royale du Qatar. Un pays qui souffre actuellement d’un boycott économique orchestré par un prince saoudien buté, dont beaucoup de gens pensent qu’il a ordonné l’assassinat et l’exécution du principal opposant de son régime, Jamal Khashoggi.
 
« En fait, l’inclusion est un acte aussi créatif qu’humain », argumente Pierpaolo Piccioli dans ses notes sur le programme.
 
Et ce n’est pas pour rien que le salut final de Pierpaolo Piccioli a été si émouvant. Tout son atelier est monté sur scène : toutes les petites mains ont fait un tour complet sur le podium de l'hôtel. Ensemble, ils ont reçu la plus grande ovation qu’on ait vu à Paris ces dernières années.

Traduit par Clémentine Martin

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