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Van de Velde : visite guidée dans les coulisses d'un groupe de lingerie centenaire

Publié le
today 16 janv. 2020
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C'est à l'exact endroit où se trouvait le premier atelier de confection ouvert par la famille Van de Velde en 1919, à Schellebelle en région flamande, qu'a été reconstruit le siège social du groupe de lingerie belge il y a quatre ans. Dans cette commune d'un peu moins de 4000 habitants, à quelques kilomètres de Gand, a donc démarré une histoire qui s'y perpétue encore aujourd'hui, 100 ans après la fondation. Cotée en Bourse à Bruxelles, la société est néanmoins restée sous contrôle familial et perpétue une organisation traditionnelle en conservant le maximum d'activités sur un seul et même site. Un site que FashionNetwork.com a pu visiter, dans le cadre de ce centième anniversaire fêté sur place en décembre et dans quelques jours à Paris, en marge du Salon International de la Lingerie, à l'occasion d'un défilé spécial le 18 janvier.


L'atrium du siège de Van de Velde à Schellebelle - Van de Velde


Si Van de Velde, qui détient les marques de lingerie Marie Jo, PrimaDonna et Andrès Sarda, et comme l'essentiel des acteurs grand public de ce secteur, a dû progressivement délocaliser l'assemblage de ses dessous à partir du milieu des années 90, en ouvrant son propre atelier en Tunisie, puis en créant une joint-venture avec un partenaire en Chine, c'est bel et bien une démarche intégrée qui caractérise son business-modèle.

En dehors de l'assemblage donc, l'ensemble des opérations tient en deux bâtiments situés à Schellebelle et dans le village voisin de Wichelen. Ce sont plus de 500 salariés qui sont ainsi répartis sur une chaîne qui démarre de la conception des collections jusqu'à la plateforme logistique unique qui achemine les produits finis jusqu'à leurs clients (exception faite du studio et du marketing d'Andres Sarda, restés dans le fief de Barcelone depuis le rachat de la griffe catalane par le groupe belge en 2008).

Pour concevoir les collections Marie Jo et Prima Donna, deux plateaux distincts au sein desquels les stylistes, patronnières et chefs de produits bénéficient du soutien d'un atelier de prototypage à proximité immédiate : dans la pièce d'à côté. Grand luxe aux yeux des stylistes : trois couturières chevronnées participent à la première étape de création des collections, donnant vie à toutes les idées des créatifs.


L'atelier de prototypage de Schellebelle - FNW/AL


Une fois validées, les pistes sont confiées à une trentaine de petites mains polyvalentes pouvant monter les prototypes de A à Z, sur plusieurs dizaines de machines. Centrale, la salle d'essayage est le lieu d'incessants allers-retours entre techniciennes et concepteurs, qui peuvent aussi s'appuyer sur une technologie de miroir 3D morphologique, également présent dans plusieurs dizaines de magasins des enseignes du groupe (Lincherie, Rigby & Peller) et des revendeurs clés avec une interface pour définir la bonne taille des clientes.

Mais ce n'est pas un gain de temps qui est visé avec cette proximité des équipes et ces outils : ici l'apport se fait sur la technicité des produits : "Chez Prima Donna il peut y avoir jusqu'à 69 tailles sur un seul modèle de soutien-gorge, donc autant d'adaptations, c'est la quête du produit le plus abouti possible qui nous guide", explique Carole Lambert, directrice des collections de la marque.  


Le studio de création de PrimaDonna et des modèles de la capsule des 100 ans lancée fin 2019 - FNW/AL


L'un des projets actuels auquel les équipes produits s'attellent ainsi dans les locaux de Schellebelle est un nouveau défi technique : le lancement du bonnet K. "Nous y travaillons, il y a une demande, notamment sur certains marchés, et comme nous travaillons avec une notion de service aux femmes en tête, nous voulons y répondre. Difficile de dire quand nous serons prêts pour le lancement, c'est en cours d'élaboration, cela peut prendre 18 mois, moins ou plus, l'essentiel est de présenter un produit abouti", explique Carole Lambert.

D'abord fabricant en marque blanche pour des boutiques spécialisées, puis pour d'autres marques, avant de construire ses propres labels dans les années 80 (dont subsiste aujourd'hui Marie Jo), le groupe rachète en 1990 la marque allemande PrimaDonna, dont il était fournisseur. Celle-ci est aujourd'hui la locomotive de Van de Velde, grâce à son positionnement alliant grandes tailles et mode, réalisant plus de la moitié du chiffre affaires annuel, suivie donc par Marie Jo (qui a également profité de cette expertise et peut désormais tailler jusqu'au F) et Andres Sarda.


Stock de matières premières avant vérification et découpe sur place, au siège - FNW/AL

 
Aux côtés des équipes produits, des techniciennes qui préparent actuellement les collections printemps-été 21. Viennent ensuite les auteurs des lourds cahiers techniques répondant de toutes les spécificités de la corseterie, spécialement avec une telle étendue de tailles et de variétés. Les équipes achat, marketing et administratives partagent un même bâtiment avec celles-ci, accompagnées des commerciaux qui disposent d'un showroom sur place pour les plus gros clients du groupe aux 5000 revendeurs dans le monde.

A quelques kilomètres de là seulement se dévoilent les autres facettes de Van de Velde : la découpe et préparation avant assemblage, le contrôle qualité des matières et fournitures, mais aussi des produits finis, la mise sous emballage et enfin l'entrepôt qui est le seul et unique à livrer l'ensemble des collections des trois marques dans le monde entier. C'est également là que toutes les matières premières sont enregistrées pour la traçabilité et, pour les petits éléments, stockés dans un "kardo" : meuble robotisé comprenant 12 mètres d'étagères qui organise informatiquement et distribue à la demande, à la manière du stockage des médicaments dans les pharmacies.


Opératrice du contrôle qualité opérant des vérifications sur des nouveaux modèles finis avant stockage à l'entrepôt - FNW/AL

 
Un énorme plateau comme une mécanique bien rodée qui rassemble presque 300 personnes à ces différentes fonctions, entre tables de découpes informatisées autour desquelles s'affairent des opérateurs d'une grande dextérité pour former les "kits" qui seront envoyés en Tunisie et en Chine, mais aussi une multitude de machines pour préparer les matières. De la "table de relaxation" sur laquelle les rouleaux de matières sont ré-enroulés à la bonne tension, la "tension Van de Velde", jusqu'à l'inspection de leurs défauts, leurs tests de résistance à l'abrasion, au lavage, l'étirement, etc. De plateau en plateau, ils sont des dizaines à contrôler jusqu'à la dernière étape : l'emballage et le stockage dans l'entrepôt.

Un monstre de plusieurs dizaines de mètres de hauteur, rassemblant plusieurs dizaines de rangées de paniers contenant chacun les exemplaires d'un modèle par taille et par coloris : un million de pièces sont ainsi entreposées au siège, avant d'être envoyées au "picking", semi-automatisé, qui permet à Van de Velde de préparer en 24 heures les commandes, qu'elles viennent de clients wholesale ou de clients de ses sites e-commerce.


Le stock de Van de Velde, conservant environ un million de pièces et entièrement robotisé - FNW/AL


De tous ces salariés au siège, auxquels s'ajoutent 388 employés répartis dans les points de vente en propre du groupe, -qu'il s'agisse de corners ou de ses boutiques multimarques Lincherie et Rigby & Peller (sur les marchés néerlandais, belge, allemand, danois, britannique, américain et canadien)-, le groupe a décidé de parler publiquement. Ainsi, le centenaire a été l'occasion de cette prise de parole, lors d'un événement de trois jours en décembre en Belgique, au cours duquel, salariés, presse, et partenaires ont pu notamment découvrir un défilé mettant en lumière des membres des équipes. Un événement qui va être réédité ce 18 janvier, en marge du Salon International de la Lingerie dont le groupe est un fidèle, avec une soirée et de nouveau ce défilé anniversaire pour lequel des salariées fouleront le podium, dans une démarche alliant inclusivité et culture d'entreprise.
 
Une démarche qui va d'ailleurs connaître un prolongement en 2020. En octobre prochain sera ainsi dévoilée une campagne shootée par la photographe belge Charlotte Abramow mettant en scène les femmes qui font le groupe, dans un esprit d'intimité et d'optimisme.
 
Décidément chantre de l'inclusivité, le groupe a également orchestré une petite révolution pour s'adresser de la même manière à toutes les femmes avec la fin de la tarification selon la taille et l'introduction à compter du PE20 d'un prix unique, quelles que soient la largeur et la profondeur du modèle.

 

Le showroom commercial des marques au siège de Schellebelle - FNW/AL


A l'instar des travaux de reconstruction et d'agrandissement du siège qui ont eu lieu il y a quatre ans, le groupe a donc beaucoup grandi avant d'avoir 100 ans, même s'il est aujourd'hui confronté à un marché assez complexe, notamment en Europe. Van de Velde avait ainsi connu un recul de 1,8 % de son chiffre d'affaires à 205,2 millions d’euros en 2018, et publiera ses chiffres 2019 en février, avec une tendance annoncée à -1,2 % au premier semestre. Mais le groupe soutient toujours ses ventes avec des lancements réguliers de nouvelles catégories de produits bien accueillies  : le maillot de bain (en 2014 pour PrimaDonna et 2018 pour Marie Jo) ou encore le sport pour Prima Donna depuis deux ans, gamme qui va encore s'agrandir en 2020.
 
Et d'entretenir à la fois un caractère prudent et humble dans l'approche de la croissance, mais aussi son caractère familial. Dans ses rangs, l'entreprise compte toujours plusieurs membres de la troisième ou quatrième génération, à différentes fonctions selon leurs formations, c'est toujours l'un des héritiers qui préside le conseil d'administration, Herman Van de Velde, mais depuis 2005, ce sont des CEO extérieurs à la famille qui ont piloté l'entreprise, à l'instar de Marleen Vaesen qui a été nommée il y a un an. Première femme PDG de l'entreprise, elle entend boucler la boucle d'un groupe qui fait de la satisfaction et de la relation avec la cliente une priorité, considérant la lingerie comme un métier à part.
 

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