Vivarte ou la décomposition d’un grand groupe de mode français

La vente à la découpe se poursuit. Alors qu’il regroupait 14 enseignes de mode en 2017 et employait encore près de 20 000 personnes avant l'accélération de sa cure d’amaigrissement, Vivarte ne réunira seulement plus que deux actifs dans quelques mois (La Halle et Caroll). Le groupe Vivarte a annoncé lundi qu’il cherchait des repreneurs pour San Marina, Minelli et Cosmoparis. Cela n’était pas prévu, mais force est de constater que la direction revient parfois sur des préceptes qu'elle écrit pourtant noir sur blanc.


Vivarte affirme avoir réalisé 1,8 milliard d’euros de ventes en 2017, contre 3,1 milliards générés en 2012 - Vivarte - André

Après avoir spécifié qu’il ne céderait pas André, puis énergiquement certifié, après l'avoir finalement vendu ainsi que Naf Naf, qu’il conserverait cinq marques à son portefeuille, le groupe assure aujourd’hui qu’il se recentre sur La Halle et Caroll afin de focaliser ses investissements sur ces deux marques. On ne peut évidemment pas éviter d’évoquer un démantèlement total, au vu de l’historique fluctuant de la communication du groupe.

Une autre question se présente : la mise en vente de toutes ces enseignes - et donc la dislocation du groupe - était-elle décidée depuis près de deux ans par la direction ? Certains syndicats soutiennent cette hypothèse. « Nous entrons dans la phase finale du démantèlement de Vivarte, comme une voiture que l’on transforme en pièces détachées, livre Jean-Louis Alfred, délégué CFDT du groupe, qui s’étonne du silence des politiques sur ce dossier. Patrick Puy savait qu’il vendrait tout dès son arrivée. »

Spécialiste du retournement énergique d’entreprises en difficulté, Patrick Puy est arrivé fin 2016 en tant que PDG du groupe. Certaines sources, soutenant qu’il ne souhaite pas être associé médiatiquement à la possible mort du groupe, l’annoncent déjà prochainement au chevet du groupe français Bourbon (installations pétrolières). Mais la communication de Vivarte soutient qu’il reste.

La conjoncture économique du secteur de l’habillement n’est certes pas au beau fixe, comme l'a précisé le groupe, mais ce qui motive ces multiples cessions, c’est avant tout l’échéance du remboursement de sa dette fixée en octobre 2019. D’ici là, un maximum de cash doit être dégagé pour satisfaire aux exigences de l'agenda convenu avec les actionnaires. Et c’est dans cette optique que Caroll pourrait, selon le scénario évoqué par les syndicats, à son tour être cédée dans le courant de l’année prochaine.

Une renégociation de la dette avait déjà eu lieu en 2017, celle-ci ayant été réduite de 846 millions par les créanciers pour atteindre environ 600 millions d’euros. Avec le fruit de la vente de Besson et Naf Naf notamment, il resterait 400 millions à combler. Les ventes des enseignes de souliers Minelli et San Marina y parviendront difficilement...

Cette situation critique a progressivement été induite par les LBO opérés sur le groupe en 2004 et surtout en 2007. Flash-back. Le groupe s’est progressivement créé autour d’André (aujourd’hui passé dans le giron de Spartoo), acteur historique de la chaussure qui a démarré son activité en 1896. Il se diversifie plus tard dans le vêtement en créant La Halle en 1984 et enchaîne les acquisitions dans les années 1980 et 1990 jusqu’à réunir 24 marques. Un changement de mains s’opère en 2004 : c’est l’acquisition par le fonds PAI Partners, qui le revend en 2006 à Charterhouse par une incertaine opération à effet de levier qui creuse une dette abyssale.

Se succèdent alors à la tête du groupe une série de patrons qui ne parviendront pas à redresser l’activité, alors que la crise économique de 2009 secoue le mastodonte. En 2014, ses créanciers (les fonds Alcentra, Babson, GoldenTree et Oaktree) ont pris le contrôle de Vivarte en acceptant d’effacer 2 milliards de dette et en consentant à injecter 500 millions d’euros de liquidités. Sous pression financière, les cessions d’actifs commencent alors à se dessiner.

Devant rembourser des intérêts assez élevés, de l'ordre de 13,4 %, selon la CFDT, Vivarte ne sera donc plus un groupe si une vente de Caroll se confirmait et qu’il ne restait finalement que La Halle. Et cette dernière, en cours de fusion (chaussures et vêtements), qui a déjà subi deux PSE en 2015 et 2017, doit encore réussir sa mue pour survivre.

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