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Vivarte : quel avenir pour le groupe dans les mains de ses créanciers ?

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today 12 juil. 2019
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Voyant qu’il ne parviendrait pas à rembourser sa dette de 100 millions d'euros dont l'échéance est fixée en octobre et n’attirant aucun repreneur pour sa chaîne Minelli - qui aurait pu générer du cash -, le président de Vivarte depuis 2016, Patrick Puya annoncé le 11 juillet qu’une proposition a été faite à ses créanciers pour prendre le contrôle du groupe et ainsi effacer sa dette. Mais si ses prêteurs prennent la main, cela pose la question de la pérennité d’un mastodonte de l’habillement qui s’est largement détricoté au fil des années, plombé par la morosité de la consommation de mode, mais aussi par des stratégies de relance différentes et non menées à terme, succédant à deux LBO massifs effectués en 2004 et en 2007.


En 2017/18, le groupe Vivarte pesait 1,4 milliard d'euros (-4,1 % à périmètre comparable) - DR


En 2014 déjà, ses créanciers d’alors (les fonds Alcentra, Babson, GoldenTree et Oaktree) ont pris le contrôle du groupe, en acceptant d’effacer 2 milliards de dette. Mais toujours sous pression financière, les cessions d’actifs se sont enchaînées depuis trois ans : Naf Naf, Pataugas, André, Kookaï, Besson Chaussures... Il ne reste plus que cinq marques au portefeuille (contre 14 en 2016) et deux doivent encore être vendues : San Marina et CosmoParis.

La chaîne Minelli et ses 200 boutiques était quant à elle sur le marché depuis plusieurs mois, mais n’a pas su déclencher d'offre suffisante. Le groupe annonce donc son retrait de la vente.

Qualifiés de fonds vautour par les syndicats, qui sont inquiets et affirment depuis deux ans que la finalité du groupe sera un démantèlement total, le nom de ses actuels créanciers n’est pas divulgué par la direction. Ce qui n’est pas forcément très rassurant pour ses 10 000 salariés, informés de la situation par une note interne signée Patrick Puy, au lendemain de la publication d'un article des Echos dans lequel il prenait la parole.

Ce dernier, interrogé par l’AFP, maintient un enthousiasme à toute épreuve : « Bien sûr que les faits générateurs (de cette situation, ndlr) ne sont pas brillants puisqu'on n'a pas réussi à vendre Minelli et que les résultats ne se sont pas améliorés autant qu'on aurait dû, mais la conséquence sera très positive : on se retrouvera en septembre avec zéro dette et plein de cash ».

Si la fiducie est activée, Vivarte atteste qu’il pourra « tout particulièrement amplifier le plan d’investissement qui est pour cette seule année 2019 de 58 millions d’euros ». « Ce programme d’investissement portera essentiellement sur l’optimisation de la logistique (La Halle), mais également la modernisation des boutiques et la digitalisation des enseignes (La Halle et Caroll), et le développement à l’international de Caroll et de Minelli », nous expose la direction. Questionnée sur le maintien des dirigeants actuels à la tête du groupe (Patrick Puy à la présidence et Stéphane Roche à la direction générale), la réponse est : « Quelles que soient les circonstances, ces décisions reviennent toujours aux actionnaires ».

Et Patrick Puy d’ajouter auprès de l’AFP : « Nos nouveaux actionnaires seront nos créanciers donc on les connaît bien. Bien sûr, dès lors qu'on change d'actionnaires, on se conformera à leurs souhaits, (…) Ils voudront valoriser l'entreprise, soit pour la vendre, soit pour la garder ». 


Minelli, qui a été retirée de la vente, a pourtant su rester à flots en 2018 avec une légère progression de 1 %, pour 129 millions d’euros de chiffre d’affaires - Minelli/Facebook


Rappelons que La Halle connaît une actualité perturbée : l’enseigne de périphérie ayant généré 873 millions d’euros en 2017/18 (-2,5 %) a enregistré le départ de son directeur général, Philippe Thirache, en mai 2019. Et son périmètre devrait continuer à fondre puisque fin décembre, Patrick Puy affirmait que le parc de la chaîne avait vocation à passer de 835 à 500 magasins en dix ans.

La marque de mode féminine Caroll est quant à elle présentée comme la pépite du groupe, mais a essuyé une baisse de 9 % de ses ventes l’an dernier, à 230 millions d’euros. Même dégringolade chez San Marina (-9 %, à 120 millions d’euros), au contraire de la jeune marque Cosmoparis, qui a généré une vingtaine de millions d’euros (+3 %).

Les actuels actionnaires de Vivarte ont quinze jours pour signifier s’ils comptent réinjecter de l’argent frais dans l’entreprise. Dans le cas extrêmement probable où ils refusent, les créanciers prendront ensuite la décision d’engager la fiducie : ce processus pourrait être validé fin août-début septembre. Espérons que l’officialisation des futurs propriétaires s’accompagnera de plus amples détails sur leurs intentions.

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