Yves Rocher visé par une enquête pour "dénonciation calomnieuse" dans l'affaire Navalny

Rennes, 28 mars 2019 (AFP) - Une information judiciaire pour « dénonciation calomnieuse » visant la société de cosmétiques Yves Rocher a été ouverte à Vannes à la suite d'une plainte avec constitution de partie civile déposée par l'opposant russe Alexeï Navalny et son frère, a-t-on appris auprès du parquet.


Alexeï Navalny lors de son procès à Moscou, en février 2014 - AFP/Archives

Contacté par l'AFP, le groupe Yves Rocher n'a pas donné suite. « C'est en cours instruction. Le juge d'instruction a été saisi le 5 février 2019 », a indiqué le parquet de Vannes à l'AFP.

La plainte avec constitution de partie civile a été déposée en juin 2018, selon les avocats des frères Navalny, maître William Bourdon et maître Amélie Lefebvre. L'enquête préliminaire concernant une première plainte était alors toujours en cours. « Le parquet n'avait donc pas encore rendu de décision sur cette plainte », a indiqué le procureur de la République de Vannes, François Touron à l'AFP.

Alexeï Navalny, figure de l'opposition au président russe Vladimir Poutine, a été condamné en décembre 2014 à trois ans et demi de prison avec sursis pour le détournement de 360 000 euros, au détriment d'une filiale russe de la société française Yves Rocher. Son frère Oleg a été condamné à la même peine, mais ferme, pour blanchiment d'argent et escroquerie.

Dénonçant « une procédure totalement arbitraire », maître Bourdon et maître Lefebvre ont eux indiqué dans un message à l'AFP attendre de cette information « qu'elle permette d'identifier toutes les responsabilité pénales à l'origine de la dénonciation calomnieuse ».

En novembre 2014, Yves Rocher avait indiqué n'avoir subi « aucun dommage » à la suite de sa collaboration avec la société de transport des frères Navalny, Glavpodpiska. Cette société était tombée dans le collimateur des autorités russes fin 2012, et Yves Rocher Vostok, la filiale russe du groupe français, avait alors déposé une plainte contre X, selon un porte-parole de la société. « Nous avons ensuite mené un audit interne qui nous a permis d'établir que les prix exercés par Glavpodpiska étaient compétitifs : il n'y a donc pas eu de préjudice financier », avait expliqué ce porte-parole à l'AFP.

En octobre 2017, la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) a estimé que les frères Navalny avaient été privés du droit à un procès équitable, évoquant des décisions de justice « arbitraires et manifestement déraisonnables ».

Yves Rocher a été l'une des premières marques de cosmétiques étrangères à s'implanter en Russie, en 1991, au moment de la chute de l'URSS.

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