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Traduit par
Marguerite Capelle
Publié le
10 mars 2021
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8 minutes
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Zooms sur Paris : Altuzarra, Elie Saab, Dice Kayek, Zadig & Voltaire et Givenchy

Traduit par
Marguerite Capelle
Publié le
10 mars 2021

Le week-end dernier était chargé pour la Fashion Week virtuelle de Paris, avec des vidéos en ligne filmées pour la plupart à des milliers de kilomètres de la capitale française. Des défilés enregistrés un peu partout, d’Istanbul et Beyrouth à Manhattan. Rencontre avec cinq griffes qui expriment avec puissance le désir de renaissance et de réjouissances après la longue nuit du confinement.

Altuzarra: chrysalide et cachemire




Altuzarra - Automne/Hiver 2021-22 - Prêt-à-porter féminin - Paris - Photo: Altuzarra

 
Cette saison à Paris, ou partout d’ailleurs, très peu de créateurs sont parvenus à montrer autant de talent que Joseph Altuzarra, qui dévoilait samedi une collection poétique. Filmés avec des mouvements de caméra gracieux dans ce qui ressemble à un appartement du West Village, les vêtements reflétaient l’obsession de notre époque pour la sécurité, et une certaine aspiration à plus de féminité dans la mode.

"J’ai été intuitivement attirée par une histoire de chrysalide qui se change en papillon. Je suis tombée sur des photos d’ailes de papillon et j’ai commencé à faire des collages pour créer un imprimé. C’est devenu le point de départ de la collection, et l’inspiration de son fil conducteur narratif", expliquait le créateur.

Altuzarra a toujours été un coloriste subtil: ce week-end plus que jamais, alors que cette inspiration de départ donnait naissance à des robes en mousseline de soie aux motifs tachetés en tie & dye dans des teintes orange sanguine, bleu électrique ou turquoise délavé absolument parfaites.

Joseph a ajouté une nouvelle dimension pour l’automne avec des mailles cachemire, merinos ou chenille pleines de classe. Avec notamment des twin-sets intégrant de jolis corsets, ou des manteaux couvertures portés par un trio de mannequins, dont certaines arboraient des tiares hérissées de fleurs.

Et ses coupes témoignaient d’un élan remarquable – talent visible notamment dans les manteaux à col cheminée et redingotes masculines qui inauguraient la vidéo. Plus impressionnant encore, un tailleur boyfriend à carreaux fenêtre, comme si Gatsby le Magnifique l’avait fait reprendre pour que Daisy Buchanan puisse le porter.

Élégiaque, élégant, et excellent.
 

Elie Saab: une mode majestueuse née dans les ruines de Beyrouth




Elie Saab - Automne/Hiver 2021-22 - Prêt-à-porter féminin - Paris - Photo: Elie Saab

 
Même en plein effondrement mondial, et alors qu’il vit dans un Liban en crise et que la maison pour laquelle il crée a ses bureaux tout près du lieu de l’explosion géante qui a ravagé les docks l’année dernière, Elie Saab est tout de même parvenu à imaginer une collection luxuriante et pleine de glamour pour la saison à venir.

Depuis le début de la pandémie, les vidéos d’Elie Saab mettent en valeur la topographie et l’architecture de sa terre natale. Celle-ci ne faisait pas exception. Les mannequins défilaient avec énergie au milieu d’une enfilade spectaculaire de colonnes et bassins gris ardoise, dans le quartier central de Beyrouth 2030, en pleins travaux de rénovation.

Elie a commencé par le soir, avec un trio de superbes robes aux superpositions de mousseline de soie coupées en cascade. Celles-ci étaient associées à des bottes qui donnaient aux mannequins une allure de princesses ou de dignitaires. Pour le jour, Elie Saab suggère cet hiver des robes de femme d’affaires à pois, et des tailleurs en panneaux de laine noir et blanc, évoquant Carnaby Street au sommet de sa gloire.

Mais le clou du défilé, c’était les robes de gala en faille noire, ruchées et portées par des tops arborant des chignons et des boucles d’oreille longues en diamants. Tout était en noir et blanc, avec quelques pointes d’émeraude et de rose poudré, et l’ensemble était présenté sur un formidable remix techno dance du classique de Kylie Minogue, "Can’t Get You Out of My Head".

Elie Saab à l’œuvre sur ce qu’il sait faire de mieux: du glamour moderne et grandiose, même en plein cauchemar mondial.
 

Dice Kayek: Du Grand Guignol au Pera Palace




Dice Kayek - Automne/Hiver 2021-22 - Prêt-à-porter féminin - Paris

 
Il faut rendre justice à Dice Kayek: voilà une maison qui sait réaliser des vidéos stylées. Intitulée "Qui a tué Philippe Stone”, celle-ci était un faux policier tourné dans le lobby d’un des plus célèbres hôtels historiques d’Istanbul, le Pera Palace, avec une troupe de femmes fatales dansant de façon mélodramatique. Et un personnage de chanteuse à la Edith Piaf, en smoking masculin, pour ajouter encore à l’effet théâtral.

Toutes arboraient des versions très classieuses de ce qu’on peut se mettre pour une réception du genre haut de gamme. Des robes cocon en soie noire, avec des cols blancs de trente centimètres de large, des petites robes noires avec des fleurs argentées appliquées, d’autres en mousseline de soie, avec une profusion de manches à demi transparentes.

"Je t’aime tant, plus que jamais peut-être", roucoule la chanteuse, tandis que la clameur s’élève et qu’on découvre le cadavre de Monsieur Stone. Un groom commence par pointer du doigt une suspecte toute fardée, avec une coupe à la Jeanne d’Arc, qui danse au milieu d’une suite grandiose en tailleur plissé bleu poudré, avant d’accuser l’ensemble des mannequins. Ceux-ci apparaissent alors dans des flashback à l’image tremblotante, affublées de manteaux grand-guignolesques, plusieurs arborant en outre la pièce signature de Dice Kayek: ces chemises chics d’un blanc faussement virginal.

Quand soudain les suspectes se retournent d’un seul élan vers le groom, sur lequel on découvre une fiole de poison et une fléchette: elles mettent alors le meurtre sur le dos du jeune homme.

Parfaitement mis en scène par le vétéran français Franck Benhamou, et joué avec une ferveur certaine, le film était un écrin idéal pour mettre en valeur les dernières créations mode de Dice Kayek. Qui reste, depuis 30 ans, la marque la plus influente de Turquie.
 

Zadig & Voltaire: Plus classe, et toujours cool




Zadig & Voltaire - Automne/Hiver 2021-22 - Prpet-à-porter féminin - Paris - Photo: Zadig & Voltaire


Rien de tel qu’un peu de narcissisme, en particulier en cette époque sombre. Et pourquoi pas dans la mode ? C’était particulièrement vrai chez Zadig & Voltaire, dont le dernier défilé s’intitule "Love Yourself".

"Je pense qu’après ces 12 derniers mois, ça ne fait pas de mal d’adopter une attitude positive envers soi-même", opinait la directrice de création de la maison, Cecilia Bönström, lors d’un café avant de dévoiler son défilé vidéo ce dimanche.

Filmée sur un énorme plateau sonorisé au Studio 217 d’Aubervilliers, juste au nord de Paris, la vidéo offre de spectaculaires vues de capitales en guise de décors: de la Tour Eiffel à la Banque d’Angleterre, Times Square ou l’Hôtel de ville en briques rouges de Stockholm, où a lieu le banquet des prix Nobel.

Zadig & Voltaire incarne la quintessence du cool parisien, même si c’est le genre de Française qui a vécu à l’étranger. Une fille qui a l’audace de porter une saharienne camouflage en coton souple avec un jogging sculpté, ou encore une jupe, une chemise et un pantalon bouffant en veau froissé. Avec cette coiffure légèrement ébouriffée, l’image idéale de l’amante française dont tant d’hommes rêvent.

Des tailleurs pantalons fringants à rayures poudre d’or, des robes du soir à froufrous imprimé léopard, portées avec de super nouveaux collants au logo ZV, suite à une collab avec Fogal. Et pour cette saison marquée par les ponchos, Cecilia Bönström en proposait même un à rayures mexicaines, parmi les meilleurs vus cette semaine. Rien d’incroyablement révolutionnaire, mais néanmoins une mode extrêmement flatteuse.

Pour ce défilé mixte, les mecs portaient des pulls souples d’étudiants en art, en mohair à rayures, des pantalons en cuir de rockeurs, ou encore des parkas matelassés en tartan. La créatrice a eu deux grandes idées cette saison, chacune aussi maligne que l’autre: un nouveau sac chic de taille intermédiaire, le "Cecilia", fait de cuir coloré avec des teintures végétales et disposant d’une chaîne ajustable, de sorte qu’il peut servir de grande pochette ou de petit sac en bandoulière.

Son autre invention évoquait Voltaire, dont elle a imprimé les formules lapidaires sur des tuniques militaires kakis, tandis que son portrait ornait des tee-shirts gris. Le philosophe, qui adorait les effets de juxtaposition, aurait approuvé.
 

Givenchy: Dernière évolution en date d’une maison en perpétuel changement



Givenchy - Automne/Hiver 2021-22 - Prêt-à-porter féminin - Paris


S’il y a bien une maison qui est passée par toute une série de redéfinitions de son identité, c’est Givenchy. Depuis que son fondateur, Hubert de Givenchy, a pris sa retraite en 1995, la maison a connu une demi-douzaine de créateurs, parmi lesquels des poids lourds comme John Galliano, Alexander McQueen ou Riccardo Tisci. Ce qui définit Givenchy – à part son logo graphique à la lettre G – est donc un peu brouillé.

Pendant des décennies, le look Givenchy le plus célèbre était le corsage Bettina, une chemise en coton blanc immaculé, très enveloppante. Riccardo Tisci l’a entraîné vers des terrains plus rudes, où le nouveau créateur maison Matthew M. Williams est manifestement à son aise. Une des premières silhouettes de son défilé vidéo montré dimanche était celle d’un mannequin portant pantalon et soutien-gorge transparent. Pas très Bettina.

De plus, là où Hubert habillait Holly Golightly pour boire des cocktails dans l’Upper East Side, Matthew M. Williams équipe ses tops pour danser toute la nuit dans une rave berlinoise. Avec des tas de blousons clubbing chic en cuir SM, de doudounes de mauvais garçons, de parkas en fausse fourrure et manteaux de trappeurs Canadiens de la rivière Klondike.

Pour ce défilé mixte, la plupart des tops portaient d’épaisses cagoules en laines et des gants fourrés – et tous défilaient sous des lampes à arc sur un podium en PVC humide. Une palette de noir, anthracite, brun terreux et violet foncé... pourquoi pas ?

Cette collection était à 1000 kilomètres (et 50 années d’écart) de l’enfance choyée d’Hubert, petit aristocrate protestant de province, mais dégageait d’une certaine manière le même esprit ambitieux. Alors que Matthew M. Williams vient d’un univers tout à fait différent, et qu'il épouse une autre esthétique, cette collection parvenait à sonner juste. Elle n’aurait pas dû, mais en fait si.

Tout ce qu’il faut maintenant au créateur, c’est un nouveau Truman Capote pour écrire un roman digne de finir adapté en film, dans lequel pourront tourner tous ces séduisants personnages.

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