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6 févr. 2013
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Chine: la lutte contre les inégalités va entraîner une forte hausse du salaire minimum

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6 févr. 2013

Pékin a dévoilé son plan visant à réduire les inégalités dans le pays. Parmi les 35 axes annoncés figure une augmentation des salaires. Sachant que la hausse du coût du travail a depuis plusieurs saisons redessiné la carte mondiale du sourcing, notamment textile, cette annonce soulève de nouvelles interrogations chez les professionnels.


Photo AFP

Les autorités chinoises préconisent en effet de rehausser le salaire minimum de 40% d’ici 2015. D’autres mesures concernent une hausse des dépenses d’éducation et de santé, et une hausse de la rémunération de l’épargne pour les ménages. Mais c’est bel et bien la question du salaire qui est au centre des attentions, "l’usine du monde" ayant bâti son succès sur le bas niveau de ce dernier. La hausse de 22% des salaires minimum menée en 2011 a depuis causé la réorientation du sourcing mondial vers d’autres pays d’Asie, comme l’Indonésie, les Philippines ou encore le Vietnam.

"Cela ne va toucher pour l’instant que ce qu’on appelle les usines gouvernementales, situées autour des grandes villes, Shanghaï, Pékin, ou au Guangdong", explique Samuel Alimi, cofondateur de la société d’approvisionnement SL Sourcing. "Pour notre part, nous sommes donc en train de nous éloigner vers des zones plus reculées de la Chine, où les usines ne se prendront pas cette hausse de plein fouet. Mais, face à cette hausse des coûts attendue de 15% dans un premier temps, cela va être à nous, sourceurs, de trouver des solutions pour amortir cette augmentation, alors que nos clients nous demandent un sourcing toujours moins cher".

De son côté, l’économiste chinois Andy Xie voit dans cette évolution le passage d’un point de non-retour. "La stratégie économique a mené à une décennie de croissance forte. A présent, la Chine a épuisé sont potentiel de croissance permise par un trop plein de main-d’œuvre, le développement d’infrastructures, et la hausse des exportations", explique-t-il au site chinois Caixin.com. "Pour la prochaine étape de cette croissance, la Chine doit se diriger vers une hausse de la productivité du travail via la montée en gamme des produits et technologies côté offre, et vers une hausse de la consommation côté demande. Même si cette transformation est un succès, la croissance sera beaucoup plus faible que par le passé, peut-être moitié plus faible".

Une montée en gamme de la production chinoise qui serait à l’œuvre de longue date dans le textile, Lin Yun Feng, vice-président de la Chambre chinoise de commerce et d’industrie textile (CCPIT Tex), expliquait il y a un an à FashionMag.com que la hausse des salaires avait poussé la Chine à quitter l’entrée de gamme. "Les entreprises qui restent compétitives, pour maintenir leurs positions, prennent le pari de la qualité", explique-t-il. "Pour cela, ils font notamment appel à des designers européens. Mais, bien sûr, je n’exclus pas que les entreprises qui ont échoué dans cette évolution aillent vers la faillite. Tout simplement parce que c’est la loi du marché".



Pour sa part, Samuel Alimi a d’ores et déjà intégré cette montée en gamme dans son réseau de sourcing. "Il n’y a pas encore de pays ayant une force de frappe pour prendre le relais", explique-t-il. "Nous allons donc moins acheter de basiques en Chine, en allant notamment vers le Bangladesh et le Vietnam. Et on va demander à la Chine d’être plus créative, d’avoir une plus grande force de proposition, et aussi d’aller plus vite dans sa production".

De plus en plus tournée vers son marché intérieur à la demande grandissante, l’industrie chinoise tourne peu à peu le dos aux exportations, plongeant donc les commanditaires dans une quête de nouveaux paradis de la production. Que ce soit via un sourcing dans des pays voisins de la Chine, mais aussi par des opérations de relocalisations aux Etats-Unis et en Europe, ou encore via un sourcing régional, avec le Maghreb et la Turquie dans le cas de l’Union européenne.

Reste à savoir si les nouvelles décisions de Pékin aboutiront à une accélération de ces phénomènes, et si elles provoqueront dans les pays voisins un renforcement des revendications salariales. Car, en dopant son salaire minimum, c’est peut-être à long terme ceux de toutes l’Asie que la Chine vient de rehausser.

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